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Algues, la nouvelle vague ? (entretien original)

Dernière mise à jour le mercredi 8 février 2012

Article paru sur le site "Agrobiosciences" - Lundi 06 Février 2012
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Algues, la nouvelle vague ? (entretien original)

Une interview de Jean-Paul Simier, directeur des filières alimentaires à l’Agence économique de Bretagne

On parle beaucoup des algues comme d’une ressource végétale prometteuse, mais on a l’impression que leur culture ne décolle pas vraiment en France. Les choses seraient-elles en train de changer, en Bretagne du moins ? Pourra-t-on enfin parler des algues en Bretagne sans qu’elles soient systématiquement associées à la pollution et à la mort de la faune sauvage ?
Récemment, le journal Le Télégramme posait la question « Le malheur des huîtres fera-t-il le bonheur des algues ? »
Réponses avec Jean-Paul Simier, Directeur Filières Alimentaires (Bretagne Développement Innovation) qui travaille sur le programme BreizAlg, porté justement par un groupe d’ostréiculteurs.
Cette interview a été réalisée en janvier 2012, dans le cadre de l’émission radiophonique mensuelle de la Mission Agrobiosciences, consacrée aux défis de la pêche et de l’aquaculture.

Algues, la nouvelle vague
Une interview de Jean-Paul Simier, directeur des filières alimentaires à l’Agence économique de Bretagne, par Sylvie Berthier, Mission Agrobiosciences.

Sylvie Berthier : Vous travaillez actuellement sur le projet BreizhAlg. Quels en sont les objectifs ?
Jean-Paul Simier : Ce projet vise à développer une filière structurée de production d’algues, essentiellement destinées à l’alimentation humaine (elongata ou haricot de la mer, Palmaria palmata ou dulse, Porphyra pour les shusis, Ulva…). Elle associera tous les métiers qui composent la chaîne de production, des algoculteurs aux transformateurs agroalimentaires, en passant par les professionnels du conditionnement et du séchage des algues.
A l’échelle mondiale, la production d’algues s’évalue à prés de 16 millions de tonnes par an et est concentrée essentiellement en Asie, à 95%, sachant que ces algues sont issues, à plus de 90%, de l’aquaculture et non de la cueillette.
L’Europe, elle, n’est productrice qu’à hauteur de 500 mille tonnes et la France, qui voit sa production effectuée majoritairement en Bretagne, plafonne à 60 mille tonnes.
En terme de chiffre d’affaire, l’algue alimentaire représente prés de 5 milliards d’euros dans le monde et seulement 10 millions d’euros en France. Cependant, notre pays dispose d’un potentiel très fort puisque les zones de production asiatiques, saturées et hyper-polluées, tendent à atteindre leurs limites alors que, parallèlement, la demande alimentaire continue de croître. Comme vous le savez, la FAO dit qu’il faudra augmenter la production alimentaire de 70% en 2050. Sachant que la Terre est couverte à plus de 70% de mers et d’océans, et les terres arables vont sans doute manquer, l’algue porte une promesse importante pour les ressources alimentaires du futur.

Quelles sont les qualités nutritionnelles de ces produits ?
Les algues sont des végétaux marins. Elles rejoignent donc la tendance actuelle de consommation alimentaire des végétaux. Par ailleurs, elles sont riches en Omégas3 et en iode.

On parle beaucoup des algues à destination de la production de biocarburants. Est-ce un volet de votre projet ?
Non pas du tout. Il faut différencier les macro-algues, visibles à l’œil nu et destinées à la confection de produits alimentaires, des micro-algues, microscopiques comme leur nom l’indique, utilisées à moyen terme pour la production de biocarburants. Le projet BreizhAlg est tourné uniquement vers l’exploitation des macro-algues, pour l’alimentation humaine.

Quelles sont ces macro-algues ? On parle de wakamé…
Entre autres. Aujourd’hui, la législation européenne autorise la consommation alimentaire de seize espèces d’algues en Europe. Ces algues, que l’on retrouve dans nos océans européens, sont les macro-algues brunes (le goémon, l’haricot de mer, le wakamé), les macro-algues rouges dont Porphyra, pour la préparation des sushis, mais aussi en tartare, en accompagnement d’omelettes) et les algues vertes, ramassées en Asie en vue d’être cuisinées, sous le nom de « laitue de mer ».

Ce sont celles qui ont tué les sangliers. Elles sont donc comestibles ?
Oui tout à fait ! Ces algues vertes ne sont dangereuses que lorsqu’elles sont en décomposition.

Quelles sont vos attentes quant au développement économique de la Bretagne ?
La Bretagne est actuellement la seule région de production d’algues en France. Nous avons une ancienne tradition dans le ramassage et la production d’algues. Depuis des siècles, les Bretons les ramassent et les font sécher sur le littoral. L’utilisation des algues est ancienne et multiple : engrais, combustibles, pain de soude pour fabriquer le verre à la cour de Louis XIV, teinture…
Près de Brest, nous avons encore aujourd’hui quarante navires goémoniers, qui collectent des algues. Des Bretons ramassent ces végétaux marins, pour l’alimentation…
De plus, bien que notre production conchylicole soit en crise du fait de la mort des naissains d’huîtres, nous disposons potentiellement de plusieurs milliers d’hectares de concession conchylicole, qui peuvent être exploitées aussi pour produire des algues. Déjà, une trentaine d’hectares et une vingtaine de producteurs sont lancés et j’espère que, dans un an, ces chiffres auront doublé.

Emission de janvier 2012 de "ça ne mange pas de pain !". Pour que la mer monte... Les défis de la pêche et de l’aquaculture



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