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Cent ans après le naufrage, le Titanic fascine encore

Dernière mise à jour le mercredi 11 avril 2012

Article paru sur le site "Ouest-France" - Mardi 10 Avril 2012
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Cent ans après le naufrage, le Titanic fascine encore

Jean-Louis Michel et Guy Sciarrone, ingénieur et pilote à l’Ifremer, ont découvert et exploré l’épave du paquebot de luxe, coulé par 4 000 m de fond le 15 avril 1912.

« J’ai vu un changement de couleur du fond. On est passé du gris des sédiments à quelque chose de moucheté. Et puis des bastingages, des échelles et une grosse pièce métallique, avec des rivets comme ceux de la tour Eiffel. » Jean-Louis Michel venait de retrouver le Titanic, le 1er septembre 1985, 73 ans après son naufrage au large de Terre-Neuve.

L’ingénieur de l’Institut français de recherches pour l’exploitation de la mer (Ifremer) était alors chef de mission, aux côtés de l’Américain Robert Ballard. Il avait décortiqué les documents, jusqu’à déceler des erreurs d’estimation de position, dans la panique qui a précédé le naufrage du 15 avril 1912. Jean-Louis Michel définit alors une zone de 400 km2 à passer au peigne fin.

En deux morceaux

Après trente jours de recherches infructueuses, le paquebot de 270 m est localisé à l’aide d’une caméra à intensification d’images. Il est 1 h du matin, à bord du Knorr, le navire scientifique américain. L’épave est en deux morceaux, séparés de 600 m et reposant droit par environ 3 800 m de fond. Les cinquante personnes embarquées sur le Knorr déboulent dans le poste d’observation des vidéos.

« Pour nous, c’était un mythe, un challenge. Gamin, j’avais vu le film. L’aspect humain a pris le dessus. Les cris des gens qui ne pouvaient regagner les chaloupes dans la mer glacée m’avaient touché au coeur. J’ai lu tous les bouquins pour préparer l’expédition. Les plans du chantier tapissaient les murs du poste de commandement de notre navire. C’était comme si je me tenais aux côtés de Thomas Andrews (concepteur du Titanic) comptant les compartiments envahis d’eau et calculant l’heure à laquelle il coulerait. »

La collaboration franco-américaine a continué, avec l’aide d’investisseurs en tous genres. L’objectif : remonter des milliers d’objets pour les exposer, pas pour les vendre. L’Ifremer, soutenu par Taurus et missionnée par Oceanic Research Exploration, y est allé de 1987 à 1998 à l’aide du sous-marin habité Nautile. Jusqu’à cinq heures de travail sur le fond, éclairé de projecteurs portant à 10 mètres. Trois hommes à bord, protégés par une sphère de titane supportant à une telle profondeur l’équivalent du poids du Titanic.

« Les premières trente minutes, il n’y avait aucune parole », se souvient Guy Sciarrone, pilote aux trente-six plongées sur le Titanic. « Plusieurs rangées de hublots, l’ancre, très peu de sédiments. Nous étions émerveillés. La visibilité était bonne, avec les particules en suspension dans les projecteurs, on aurait dit une journée d’hiver avec un peu de neige. »

Ne pas trop farfouiller

Vue, la cabine du commandant éventrée, sa baignoire, quelques meubles. Très peu de poissons. Vue, la salle de gym avec un rameur. « On se demandait si c’était réel. » Vues, les hélices et les stalactites de rouille pendant un peu partout comme autant de pièges à sous-marin. Pour les images, revendues à prix d’or, il a rapidement fallu brosser les lettres de coque « Titanic ». Puis les plongeurs ont collecté, avec les bras articulés du Nautile : valises, instruments de musique, bittes d’amarrage, vaisselle, dollars, bijoux, vêtements, photos et même une tôle de 17 tonnes !

« Par consigne et par déontologie, seulement les objets éparpillés autour, précise le pilote. On n’a rien prélevé sur l’épave. On ne voulait pas aller trop farfouiller. » Même si aucun reste humain ne pouvait subsister après si longtemps, le Titanic est aussi un immense tombeau de 1 500 âmes.

Sébastien PANOU



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