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Climat : les poissons mettent le cap au nord

Dernière mise à jour le vendredi 17 mai 2013

Article paru
sur le site "Le Figaro" - 15 Mai 2013
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Nombreuses sont les études montrant que des plantes remontent en altitude, que des oiseaux ou des insectes migrent plus au nord, tous à la recherche de contrées plus fraîches en raison du réchauffement climatique. Les recherches effectuées par une équipe de scientifiques canadiens et australiens, publiées dans la revue ­Nature du 16 mai, révèlent qu’il en va de même avec les poissons dans la quasi-totalité des océans du monde, et ce depuis déjà une quarantaine d’années.

Pour effectuer ce travail gigantesque, les scientifiques ont réalisé une cartographie des poissons pêchés depuis 1970 dans quelque 52 grandes zones à travers le monde. Des écosystèmes marins qui servent de référence pour les scientifiques. « Chaque poisson a une température préférée dans laquelle il évolue, et cette température ne change pas », explique Daniel Pauly, océanographe des pêches à l’université de Colombie-Britannique (Canada), l’un des auteurs de l’étude. Un poisson qui vit à la température de 15 °C pourra tolérer quelque temps 12 °C ou au contraire 18 °C, mais il cherchera en permanence à retrouver ce qui lui convient le mieux, soit 15 °C.
A la recherche des eaux froides

L’évolution au fil des ans des quantités et des espèces de poissons pêchés selon les lieux montre qu’ils se déplacent en quête d’eau plus froide. Du coup, cela donne une très bonne indication de l’évolution de la température de l’eau. C’est ainsi que le ballon à bandes argentées (Lagocephalus sceleratus) est remonté de la mer Rouge pour envahir la Méditerranée orientale. « Ces poissons sont devenus un gros problème pour les pêcheurs, car ils détruisent les filets et sont immangeables à cause de leurs viscères toxiques », raconte Daniel Pauly. La croissance rapide de prises de rougets de vase (Mullus barbatus) autour de la Grande-Bretagne est un autre exemple cité par les chercheurs, alors qu’il s’agit d’une espèce connue jusqu’à présent pour évoluer dans des eaux plutôt chaudes.

Les poissons tentent parfois de trouver le frais en quittant les eaux de surface pour rejoindre les profondeurs, « mais ils sont très vite confrontés à des problèmes de nourriture, qu’ils ne trouvent plus, et au manque d’oxygène », poursuit Daniel Pauly. Dans les zones tempérées, des espèces des basses latitudes ont ainsi remplacé des espèces des hautes latitudes.

Certains poissons qui ne peuvent pas bouger en raison de leur dépendance à une autre espèce ou à un biotope pourront peut-être s’adapter. « Mais il faut une grande population pour qu’il y ait une sélection naturelle selon les lois de Darwin », rappelle le chercheur. Or, ce n’est plus le cas pour la plupart des espèces en raison de la surpêche. C’est le problème majeur des zones tropicales. Beaucoup de poissons ont déserté ces mers devenues trop chaudes. Certains grands récifs coraliens ont ainsi perdu leur couverture vivante. Si l’on ajoute à cela la surexploitation de la ressource, les stocks ne cessent de diminuer sans possibilité de remplacement « et sans savoir d’ailleurs ce qui est le plus impactant ».
Même phénomène en rivière

Le phénomène provoque d’ores et déjà d’importants changements pour l’industrie de la pêche. Mais les poissons marins ne sont pas les seuls touchés. La situation est en effet similaire pour les poissons d’eau douce, selon une étude menée à l’échelle de la France par des chercheurs du laboratoire Évolution et diversité biologique (CNRS-université Paul-Sabatier) et publiée dans la revue Ecography.

Celle-ci s’appuie sur des données récoltées depuis trente ans par l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema).

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