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De nouveaux défis attendent « la mer entre les terres »

Dernière mise à jour le mardi 28 février 2012

Article paru sur le site "La Croix" - Lundi 20 Février 2012
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De nouveaux défis attendent « la mer entre les terres »

La convention de Barcelone sur la protection de la Méditerranée s’est réunie à Paris du 8 au 10 février. Outre les pollutions classiques, cette mer doit se préparer à des risques environnementaux accrus.

Belle et fragile, la mer Méditerranée suscite toutes les convoitises : celle des habitants de ses 21 pays riverains, celle des pêcheurs et des touristes, ou encore celle des pétroliers. Ces derniers mois, rapports et études se sont multipliés pour tirer la sonnette d’alarme sur l’état de santé environnementale de la « mer au milieu des terres ». Le diagnostic est connu : les problèmes de pollutions d’origines diverses, de surpêche ou même de changement climatique sont plus aigus qu’ailleurs dans cette mer semi-fermée dont les eaux se renouvellent très lentement. Une convention internationale, dite de Barcelone, mise en place en 1976 avec l’ensemble des pays riverains, tente de définir une politique cohérente pour restaurer l’environnement de la grande bleue. Mais de nouveaux défis apparaissent.

Une pression démographique qui se poursuit

Ces trente dernières années, la population des pays méditerranéens a crû de 50%. Et ce n’est pas fini. D’ici à 2030, ce mouvement de croissance est appelé à se poursuivre sur la rive sud de la Méditerranée (+ 41%). Comme partout ailleurs, ces habitants supplémentaires ont tendance à vivre de plus en plus en ville et sur le bord de mer. Les rivages de la Méditerranée comptent désormais 85 villes dont la population évolue entre 300 000 et 1 million d’habitants, et la tendance devrait encore s’accentuer dans les années à venir.

Cette pression démographique est renforcée par l’attrait touristique de 46 000 km de côtes, baignées d’eaux turquoise et d’un climat chaud et sec. Deux cents millions de visiteurs s’y pressent chaque année, et ils devraient être 150 millions de plus en 2030. Une belle opportunité économique… mais une source de pollutions diverses.

Si les pays de la rive nord ont quasiment réglé la question des pollutions organiques, il n’en est pas de même en effet des pays du Sud. Ainsi, d’après le sénateur Roland Courteau, auteur d’un rapport sur la Méditerranée publié en juin dernier, « de 60 à 80% des habitants de la rive sud du bassin soit ne sont pas reliés à des réseaux d’assainissement, soit sont desservis par des systèmes d’épuration incomplets ou au fonctionnement intermittent » . Des eaux mal ou non traitées, qui se retrouvent in fine dans le milieu marin.

De même, toute présence humaine se traduit encore par l’accroissement des déchets mis à la mer. Qu’ils soient encombrants – et dangereux pour la faune marine – ou microscopiques. On compte ainsi en Méditerranée de 115 000 à 890 000 microdéchets plastiques par km2 . « Rien qu’en interdisant l’utilisation des sacs en plastique, on réduirait considérablement cette source de pollution » , souligne Philippe Cury, chercheur à l’IRD (Institut de recherche pour le développement).

« C’est le grand chambardement !, assure Philippe Cury. Avec le réchauffement – qui est ici particulièrement rapide –, toute la biodiversité est chamboulée ». Certaines espèces de poissons migrent vers le nord de la Méditerranée pour retrouver des eaux plus fraîches. À l’inverse, on voit apparaître des espèces amatrices de chaleur comme les barracudas. Bref, les effets du réchauffement se font d’ores et déjà sentir et la tendance devrait encore s’accentuer.

Les experts du Groupement international sur le climat (Giec) estiment ainsi que le bassin méditerranéen figurera au cours du XXIe siècle au rang des régions les plus sévèrement touchées par les changements climatiques. D’ici à 2100, les températures moyennes devraient grimper de 2 à 4 degrés. La modification de la température de l’eau favorise en partie l’implantation d’espèces exotiques, qui entrent en Méditerranée par le canal de Suez et trouvent là des eaux favorables à leur épanouissement, au détriment parfois des espèces endémiques.

Le risque d’un écart croissant entre rive nord et rive sud

« Les choses bougent dans les pays riverains de la rive nord, estime le chercheur Bruno Andral (Ifremer). Ces derniers sont en train de mettre en œuvre la directive européenne sur les milieux marins. Services de l’État et centres de recherche sont mobilisés en ce moment pour faire un état des lieux et définir des indicateurs de suivi de la qualité des milieux marins. » De nouvelles obligations qui suivent celles imposées, là encore, par Bruxelles sur le traitement des eaux usées. Bref, « en vingt ans, les choses se sont nettement améliorées au Nord sur le front de la pollution, une amélioration qui va se poursuivre, alors que les pays de la rive sud ont d’autres soucis » , s’inquiète Bruno Andral.

Ces divergences se font sentir au sein de la convention de Barcelone. « La préoccupation environnementale n’est pas du tout absente au Sud, tempère un expert du ministère des affaires étrangères. Mais les pays du Sud ont une optique davantage tournée vers le développement durable que vers la préservation. L’intérêt de cette enceinte, dans laquelle siège aussi l’Union européenne, est de faire converger ces différentes approches ».

Les enjeux pétroliers

L’exploitation pétrolière n’est pas nouvelle en Méditerranée. On y dénombre une dizaine de plates-formes de recherche, notamment en Italie et en Égypte, et 64 plates-formes d’exploitation en Italie, en Tunisie et en Libye. Mais ce sont les nouveaux projets de forage en grande profondeur qui inquiètent les associations environnementales. « Les progrès technologiques permettent la production d’hydrocarbures à des profondeurs de plus en plus importantes en off shore, explique François Roure, expert à l’Institut français du pétrole. Dès lors, les compagnies pétrolières s’intéressent à nouveau à la Méditerranée. ». Un intérêt relancé par la découverte d’un gisement de gaz très prometteur au large d’Israël. Des explorations sont donc menées au Liban, en Syrie, à Chypre et en Égypte, autant de pays qui préparent leur droit minier à une éventuelle exploitation.

Bref, c’est le branle-bas de combat, y compris au large des côtes provençales. L’entreprise américaine Noble détient en effet un permis de recherche – dont le renouvellement est en cours d’instruction – sur une zone de plusieurs milliers de kilomètres carrés dans le golfe du Lion, dans un secteur qui présenterait des similitudes avec le gisement israélien. « Nul ne peut prétendre maîtriser quoi que ce soit par de telles profondeurs dans une zone naturellement instable » , avertissent les associations France nature environnement, Greenpeace et WWF. Les conséquences d’un accident similaire à celui de la plate-forme pétrolière Deepwater dans le golfe du Mexique, dans une mer semi-fermée comme la Méditerranée, font frémir les écologistes. Le gouvernement a jusqu’à mi-avril pour se prononcer.


UN HAUT LIEU DE BIODIVERSITÉ

Avec 17 000 espèces répertoriées, la Méditerranée compte de 7 à 8% des espèces marines connues, pour une étendue représentant seulement 0,8% des océans mondiaux.

Les zones littorales abritent deux écosystèmes remarquables : les herbiers à magnoliophytes (comme la posidonie) et les concrétions coralligènes.

19% des espèces méditerranéennes sont menacées. Le phoque moine est classé en danger critique d’extinction.

On compte actuellement 800 aires spécialement protégées, représentant 5% de la surface de la Méditerranée. L’objectif fixé par la convention de Barcelone est de passer à 10% d’aires marines protégées en 2020.

EMMANUELLE RÉJU



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