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Des oiseaux déboussolés par le bruit électromagnétique

Dernière mise à jour le samedi 10 mai 2014

Article paru
sur le site "Pour la science" - 07 Mai 2014
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les rouges-gorges familiers, qui voyagent de nuit lors de leurs migrations, s’orientent notamment grâce au champ magnétique terrestre. Dans les zones urbaines, le bruit électromagnétique d’origine anthropique perturbe leur boussole magnétique.

Le bruit électromagnétique dans lequel nous baignons est-il dangereux pour la santé ? Aucune étude fiable ne l’a montré, et l’électrohypersensibilité constatée chez certaines personnes pourrait résulter d’un effet de suggestion mentale. Mais d’autres animaux sont plus sensibles aux champs magnétiques que l’homme. C’est le cas des oiseaux migrateurs, qui s’orientent au moins en partie grâce à celui de la Terre. Svenja Engels, de l’Université d’Oldenburg, en Allemagne, et ses collègues ont montré que le bruit électromagnétique d’origine anthropique empêche les rouges-gorges familiers (Erithacus rubecula) de s’orienter au décollage.

Les rouges-gorges familiers sont des migrateurs partiels, c’est-à-dire que seule une partie des individus migre. À l’automne, ils gagnent l’Afrique du Nord depuis l’Europe, et font le trajet retour au printemps. Ils s’orientent grâce à divers signaux, qui incluent l’inclinaison du champ magnétique terrestre.

Pour étudier leurs mécanismes d’orientation, les éthologistes placent des oiseaux dans de petites cages en forme d’entonnoir tapissées de papier et fermées par un filet (voir la figure ci-contre). L’animal sautille pour s’envoler et les traces sur le papier permettent de reconstituer la direction moyenne dans laquelle il veut partir. En observant des oiseaux dans de tels dispositifs sur le campus de leur université, S. Engels et ses collègues ont constaté qu’ils étaient désorientés : au printemps et à l’automne, au lieu de partir dans leur direction de migration, ils décollaient dans une direction aléatoire.

Les éthologistes ont alors bloqué le bruit électromagnétique grâce à des écrans en aluminium (qui ne suppriment que les champs variables, dont l’intensité était divisée d’un facteur 100, et non le champ terrestre, statique). Ainsi isolés des perturbations, les rouges-gorges cherchaient à s’envoler dans leur direction de migration. Quand un bruit électromagnétique artificiel imitait les émissions anthropiques, ils étaient à nouveau désorientés.

Le bruit électromagnétique d’origine anthropique perturbe donc l’utilisation de la boussole magnétique des oiseaux. D’où vient ce bruit ? Les fréquences qui le composent ne correspondent pas aux émissions liées aux lignes à haute tension ou aux téléphones portables. Les perturbations proviendraient plutôt des émissions radio AM et des appareils électroniques usuels.

L’intensité magnétique du bruit considéré reste faible : elle est plus de 50 fois inférieure à celle du champ magnétique terrestre (de l’ordre de 49 microteslas sur le lieu de l’expérience). Les mécanismes par lesquels un bruit magnétique aussi faible perturbe les oiseaux sont mal compris. Selon la théorie dominante, les rouges-gorges perçoivent l’inclinaison du champ magnétique terrestre grâce à des paires de protéines de leur rétine, dotées de moments magnétiques qui s’alignent sur ce champ. Les éthologistes suggèrent alors que le bruit magnétique pourrait interférer avec le processus d’alignement, mais cela conduirait à réviser les théories décrivant ce processus, qui n’est pas censé être affecté par un bruit aussi faible. Une influence de la composante électrique du bruit électromagnétique est aussi envisagée.

Ce phénomène pourrait-il perturber la migration au point de mettre massivement en danger les animaux ? La question est d’autant plus importante que les oiseaux migrateurs connaissent un déclin accéléré.

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