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Des parcs à prix d’or

Dernière mise à jour le mercredi 11 avril 2012

Article paru sur le site "Sud-Ouest" - Lundi 09 Avril 2012
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Des parcs à prix d’or

Avec les surmortalités des jeunes huîtres, les surfaces de captage de naissain naturel sont convoitées en Charente-Maritime. Les prix de ces parcs flambent donc dans l’estuaire de la Charente||sur le bassin Les huîtres d’Arcachon pondent bien moins qu’avant et rien n’explique cette réalité.

Naissance d’une huître. Elle est le fruit d’une subtile alchimie. Température estivale de l’eau, salinité idoine du milieu marin, douceur de saison. En été, les fleuves ont un débit maigrelet, le soleil réchauffe les pertuis, les mouvements de la houle sont apaisés. C’est l’instant.

L’huître creuse libère ses gamètes dans le milieu. Sur les parcs, en mer, les professionnels alignent des collecteurs pour fixer les larves. Sur ces supports de plastique, elles grandiront jusqu’au printemps. Le naissain sera alors prêt à rencontrer la main de l’homme et les vibrations de la machine qui le détacheront du collecteur, le trieront, lors d’étapes qui annonceront son élevage. Encore deux, voire trois années de travail avant de garnir les tables d’huîtres charnues.

Un dénominateur commun

Ce scénario constitue le plus évident dénominateur commun des centres de production ostréicoles de la Charente-Maritime et d’Arcachon. Même si le réchauffement climatique et la remontée de la température des eaux repoussent jusqu’en Bretagne nord les limites septentrionales des zones de captage naturel (observé jusqu’en rade de Brest), le rôle de nurserie demeure LA spécificité des deux estrans du sud du golfe de Gascogne.

Un savoir-faire rudement éprouvé depuis 2008 avec les premiers gros ravages des surmortalités sur les jeunes huîtres. Le métier de naisseur est plus improbable que jamais, « sans visibilité », résume un ostréiculteur de Fouras, rive droite de l’estuaire de la Charente. L’embouchure est, avec l’amont de la Seudre, l’un des « spots » charentais du babyboum ostréicole.

Le prix a doublé

Les performances de captage sont aléatoires d’une saison à l’autre. Et, jamais depuis 2008, la profession n’a échappé aux 80 % de pertes moyennes sur les huîtres d’un an. Mais, en dépit de la poussée des écloseries et leurs efforts de sélection génétique, les ostréiculteurs ne mettent pas toutes les larves dans le même panier. Le naissain naturel défend ainsi plutôt bien sa position sur le marché.

L’un des plus importants courtiers de Charente-Maritime n’emprunte aucun détour : « Les huîtres d’écloserie, on en entend beaucoup parler, et je ne les refuse pas. Mais elles ne représentent pas plus de 5 à 10 % de mes volumes. » Le succès du naissain naturel ne se dément donc pas. Au jeu de l’offre - qui diminue depuis quatre ans - et de la demande, son prix s’envole. « Il a doublé depuis 2008 », estime, d’un rapide calcul, le même négociant.

« La réalité économique, ce sont les mortalités. Conséquence : chacun dans son établissement essaie de faire un peu plus de naissain pour lui, et pour en mettre sur le marché », détaille Michel Grasset. Le producteur est à Port-des-Barques, rive gauche de la Charente, et, parmi les 900 établissements ostréicoles charentais, l’un des cinq ou six établissements à consacrer 100 % de son activité au captage. Michel Grasset décrit l’intérêt des Bretons et des Normands pour le captage charentais. Un appétit décuplé depuis 2008, parce que la maîtrise de la ressource naturelle est aussi une parade à la mainmise des écloseurs.

Ainsi voit-il des pelleteuses revenir sur ces terrains ostréicoles naguère en friche. Michel Grasset sait que ce ne sont pas les sites qui affichent les meilleurs rendements - ou les moins faibles dans le contexte des surmortalités -, mais les producteurs prennent le risque. « Les surmortalités ont redonné de la valeur à ces terrains », ponctue le Charentais. Sur l’autre rive du fleuve, Daniel Coirier distille une autre vérité du moment : « Qui veut céder son activité n’a, dans ces secteurs de captage, aucun souci pour trouver preneur… »

6 ares pour 25 000 euros

Le prix des concessions flambe. Le sujet reste tabou. Mais les échos les plus prudents évoquent un doublement du tarif entre avant 2008 et aujourd’hui. Et il circule en ce moment en Charente-Maritime les rumeurs d’une transaction intervenue récemment à l’embouchure de la Charente. Six ares sur le banc de La Mouclière, l’un des plus productifs en naissain à l’embouchure de la Charente. Prix de vente : 25 000 euros avec la garniture de naissain correspondante. Huit fois environ ce qu’il aurait fallu débourser il y a cinq ans ! Encore faut-il que la rumeur soit fondée.


Les huîtres arcachonnaises ne pondent plus

Ce mercredi matin de mars, sur le port de Larros à Gujan-Mestras, ce jeune ostréiculteur regarde ses coupelles ramenées du Cap-Ferret qui sont tristes à pleurer : deux ou trois huîtres sur chaque, guère plus. Et encore, c’est là-bas que le captage a été le meilleur !

Depuis quatre ans, le bassin d’Arcachon n’est plus la plus grande nurserie d’Europe : alors que des milliers de petites huîtres se collaient sur les tuiles chaulées, les ostréiculteurs n’en trouvent que quelques dizaines cette année encore. Le captage 2011 représente à peine 10 % d’une année moyenne. Depuis sept ans, l’ostréiculture arcachonnaise n’a connu que deux années de captage correct, en 2006 et en 2008.

Fini le temps où un deuxième Noël nourrissait les trésoreries au printemps, parce que les ostréiculteurs arcachonnais vendaient leur naissain aux ostréiculteurs de la France entière, les Charentais compris. Ici, les huîtres ne pondent presque plus. Et personne ne comprend pourquoi.

Rien à faire, Isabelle Auby et Danièle Maurer, les deux chercheuses de la station Ifremer d’Arcachon, ne trouvent pas. Le constat est là : les huîtres arcachonnaises pondent moins et plus tard qu’avant : « Les huîtres ne lâchent pas tout, alors qu’avant, elles se vidaient complètement. Pourquoi ? On ne sait pas. »

Ifremer étudie le problème

Du coup, la survie dans le Bassin des cohortes de larves avant qu’elles ne se fixent sur des collecteurs devient primordiale. Et bien aléatoire. C’est ainsi que les maigres pontes de l’été 2011 ont été décimées par la chute de la température de l’eau du Bassin, due au mauvais temps de juillet.

Pendant l’hiver, à la demande du Comité régional conchylicole, les maires des 10 communes littorales du Bassin ont écrit à Jean-Yves Perrot, le PDG d’Ifremer, pour lui demander des moyens supplémentaires à la recherche des causes de ces pontes faméliques. La réponse positive du responsable d’Ifremer devrait déboucher sur des solutions en termes de recherche.

En attendant, les ostréiculteurs, comme chaque printemps, espèrent enfin une année de gros captage qui viendrait compenser les mortalités qui frappent depuis quatre ans les jeunes huîtres et réduit les stocks à peau de chagrin.

D. P.



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