Dernière mise à jour le mercredi 8 octobre 2008
Après les peintures à l’huile et à l’eau, voici la peinture à l’huître. Un bon filon pour l’usine de Kervellerin à Cléguer (56), qui fabrique la poudre de coquilles, et aussi pour la filière ostréicole bretonne.
Docteur en pharmacie, la lorientaise Martine Le Lu, gérante de la société morbihannaise (30 salariés), a vite compris que les déchets des parcs ostréicoles pouvaient intéresser l’industrie. Après trois ans de recherche, elle est parvenue à transformer les coquilles d’huîtres en poudre blanche pure. En partenariat avec la CCI du Morbihan et la filiale Prosign du groupe Bouygues, Martine Le Lu a concocté une nouvelle peinture pour la signalisation routière. Commercialisée depuis un an, Ostrea trace sa route. La poudre blanche intéresse aussi l’industrie des cosmétiques et du bâtiment. Après 15 années passées dans l’industrie pharmaceutique, Martine Le Lu a troqué son tailleur chic contre le jean cool en prenant la gérance de la PME de Cléguer il y a huit ans. Elle n’a pas pour autant perdu son sens aigu de la recherche et de l’innovation.
3.000 tonnes par an
Spécialisée depuis les années 60 dans les fertilisants naturels à base d’algues, la PME morbihannaise est en train de donner une seconde vie aux coquilles d’huîtres.
En incorporant la poudre de coquille dans la peinture de marquage routier, Martine Le Lu a créé un nouveau débouché pour les ostréiculteurs, confrontés chaque année à l’élimination des montagnes de déchets de leurs parcs. Dans le Morbihan, quelque 15.000 tonnes de déchets finissent chaque année dans les champs comme amendements ou sur les chemins côtiers et de campagne. 3.000 tonnes sont aujourd’hui collectées par l’entreprise de Kervellerin pour être séchées, concassées et broyées avant de finir en poudre pure.
Antidérapante et réfléchissante
La peinture blanche, écolabellisée, qui porte le nom d’Ostrea (huître en latin), est composée à 70 % de produits recyclés. Résine de pin et huile de soja remplacent les solvants et autres produits dérivés de la pétrochimie. La poudre de coquille d’huîtres remplace le carbonate de calcium, non renouvelable, issu des carrières. Utilisée aujourd’hui dans plusieurs départements, elle possède, grâce à la poudre ostréicole, des propriétés anti-dérapantes, réfléchissantes et résistantes au passage des véhicules. La demande s’accroît de 50 % par an. À terme, la pharmacienne chef d’entreprise pense traiter entre 5.000 et 10.000 tonnes de coquilles.
Nouvelles applications
La poudre intéresse d’autres secteurs industriels. Des laboratoires de cosmétiques effectuent des essais. Des industriels du bâtiment vont la tester pour réaliser des matériaux nouveaux. Martine Le Lu reste discrète sur le sujet. « La concurrence a un œil sur nous », indique-t-elle.
Yves Drévillon