Dernière mise à jour le jeudi 15 mai 2008
Spécialiste des grands fonds marins, auxquels elle a consacré un livre spectaculaire, Abysses (Fayard) et une exposition au muséum d’histoire naturelle de Paris (jusqu’au 8 mai 2008). Ambassadrice des océans à l’UICN, elle devrait interviendra à l’OMC le 19 mai sur la corruption qui règne dans le monde de la pêche.
a pêche illégale représenterait 20% des prises globales, représentant un manque à gagner de 50 milliards de dollars par an. La corruption gangrène la pêche à tous les niveaux, du pêcheur à l’étal en passant par les données scientifiques, qui émanent parfois de chercheurs appointés par des organismes de pêche , ou des institutions financées par des Etats réclamant des quotas de pêche. La corruption n’est qu’un effet du problème central : l’absence de gouvernance et la faillite des contrôles dans le domaine de la pêche. Il faut réclamer des accords internationaux pour imposer aux gouvernements de tracer leurs bateaux, unifier les registres et arrêter de distribuer des pavillons de complaisance, comme le font des pays comme le Panama, le Honduras, la Mongolie, le Nigeria, le Belize… et aucun registre mondial ne permet de les suivre.
Les quotas de pêche fixés par les institutions comme l’Europe sont déjà très élevés en regard de ce que demandent les scientifiques. Et pour les espèces très demandées, à forte valeur ajoutée comme le thon rouge, les quotas sont toujours très largement dépassés. Le problème, c’est qu’ils sont fixés sans tenir compte des prises illégales. Certains bateaux qui pêchent apparemment légalement procèdent aussi à des activités légales : en haute mer, les bateaux transbordent leurs excédents de stocks sur d’autres navires pour ne pas ramener au port plus que ce qu’ils ont autorisés à débarquer.
Malheureusement, dans le domaine de la pêche, même légale, la traçabilité est quasiment inexistante : les poissons pêchés sont le plus souvent expédiés en Chine, où il sont découpés en filets avant de revenir sur le marché occidental. Il règne une absence totale de transparence, même si certains industriels, comme Findus, commencent à mettre en place des filières durables de certification. Mais la surveillance est plus difficile que sur la forêt et le commerce du bois, où des mécanismes de gestion durable commencent à montrer leur efficacité. Ce qui n’empêche pas les consommateurs d’exiger plus de transparence et d’équité.