Dernière mise à jour le mardi 5 août 2008
Depuis le début du mois, les jeunes huîtres sont décimées par un mal mystérieux. Une surmortalité sans incidences pour le consommateur mais qui pourrait avoir de lourdes conséquences sur le renouvellement des stocks.
Comme disent les professionnels « ça casse partout ».
Du sud au nord. De la Méditerranée à la Manche. Pas un bassin ou presque n’échappe à la surmortalité mystérieuse qui touche les naissains. Sans que l’on sache encore pourquoi. Ce sont essentiellement les huîtres juvéniles, entre six et 18 mois, qui sont touchées.
Avec des variations assez étonnantes. « Il y a des secteurs où l’on ne constate rien de particulier et puis d’autres, à seulement un kilomètre de distance, où il y entre 40 et 90 % de mortalité », explique Alain Dréano, le secrétaire général de la section conchylicole sud-Bretagne. Le bilan précis de cette mortalité ne pourra être fait qu’en fin de semaine, lors de la prochaine marée.
Trop tôt pour s’avancer.
Bien sûr, à chaque début d’été, depuis le milieu des années 1990, des mortalités de jeunes huîtres surviennent mais jamais elles n’avaient atteint cette ampleur. De quoi vraiment inquiéter les professionnels, même si, on les comprend, ils n’ont pas envie de s’étendre sur le sujet par crainte d’une réaction irrationnelle des consommateurs. Le plus difficile pour les ostréiculteurs, c’est évidemment de ne pas savoir. Forcément, ressurgit le spectre des grandes crises des années 1970. Réchauffement climatique, virus, algues toxiques... Chacun y va de son hypothèse mais en l’état des recherches, rien ne permet d’en privilégier une plutôt qu’une autre. « Il est vraiment trop tôt pour s’avancer », souligne Goulven Brest, le président du Comité national de la conchyliculture. C’est aussi ce que dit Alain Gérard, chargé à l’Ifremer de coordonner les recherches (lire aussi ci-dessous). Le coup est en tout cas dur pour la profession qui pourrait manquer d’huîtres dans deux ans. Président du syndicat ostréicole de la rivière d’Etel, Jacques Carrer veut cependant rester positif. « On va réensemencer, il faut faire avec les aléas de la nature », souligne-t-il.
Remplacer la souche actuelle ?
Mais quelle que soit son origine, cette crise pose une redoutable question aux ostréiculteurs, celle d’une éventuelle disparition de la souche actuelle Crassostrea-gigas (*). Goulven Brest ne craint pas de mettre les pieds dans le plat. « Il est temps de trouver une souche plus résistante, notamment à l’augmentation de la température de l’eau. » Pour le président du CNC, il « faut croiser cette souche avec une autre ou carrément la remplacer pour avoir une parade en cas de gros problème ».
* L’huître Crassostrea-gigas
Cette souche, plus connue sous le nom d’huître japonaise, a été introduite après la disparition de l’huître plate portugaise en 1970. Des japonaises qui en fait venaient du Canada. Une origine qui pourrait expliquer que la Crassostrea-gigas résiste mal à l’augmentation de la température de l’eau.
Yvon Corre