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L’Ifremer retire sa caution scientifique aux lobbies de la pêche profonde

Dernière mise à jour le vendredi 29 novembre 2013

Article paru
sur le site "Frequence terre" - 28 Novembre 2013
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A 15 jours du vote en plénière au Parlement européen de l’interdiction du chalutage profond, coup dur pour les lobbies de la pêche industrielle en eaux profondes et leurs alliés politiques : l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) leur retire la très maigre caution scientifique que ceux-ci brandissaient pour justifier des activités de pêche injustifiables du point de vue écologique, économique ou de l’emploi.

Hier soir, au cours de la table ronde sur la pêche en eaux profondes organisée à l’Assemblée nationale par les Commissions des Affaires européennes, des Affaires économiques et du Développement durable, le directeur général délégué de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) a mis fin à une imposture scientifique française qui ne passait plus inaperçue en réfutant l’imaginaire « durabilité » des pêches profondes au chalut. Patrick Vincent a précisé que l’article servant d’alibi scientifique aux lobbies et aux élus n’était pas la « position » de l’Ifremer. Il a également rappelé que pour trois stocks, nous étions « conduits » vers la durabilité à « un horizon indéterminé » mais que pour les autres, les connaissances étaient « insuffisantes » pour en tirer des conclusions similaires. Philippe Cury de l’IRD a rappelé à ce propos que sur 54 stocks d’eaux profondes, 21 stocks, comprenant des espèces menacées d’extinction, étaient épuisés et 26 autres n’avaient aucune donnée scientifique !

32 publications scientifiques internationales prouvant la non durabilité des pêches profondes au chalut et 70 évoquant la destructivité du chalutage profond (voir http://www.bloomassociation.org/il-nexiste-pas-de-controverse-sur-la-peche-profonde-verifiez-vos-sources/) contredisaient radicalement les affirmations de cet article Web de l’Ifremer, sans statut ni signature, et qui avait déjà été dénoncé dans la prestigieuse revue scientifique Nature.

Cette prise de position de la direction de l’Ifremer laisse les lobbies industriels et leurs alliés politiques (Isabelle Thomas (PS) et Alain Cadec (UMP) au Parlement européen, Gwendal Rouillard (PS) à l’Assemblée nationale et Frédéric Cuvillier (PS) au Ministère de la Pêche) orphelins de la seule justification scientifique qui leur avait permis de tenter un tour de force politique : faire valoir une prétendue « durabilité » de la pêche profonde au chalut, semer le doute à propos du reste de la science publiée et retarder la prise de décision sur l’interdiction de cette méthode de pêche.

Le dernier joker des élus et des lobbies est désormais l’emploi. Ces derniers se refusent à évoquer la piste de conversion des chaluts profonds à la palangre proposée par la Commission européenne, bien que cette méthode de pêche soit six fois plus créatrice d’emplois que le chalut selon une estimation récente de la New Economics Foundation[1] (basée sur des chiffres de la Commission européenne). Au lieu de cela, ils n’évoquent que l’arrêt total d’activité des navires de pêche et brandissent des estimations d’emplois directs et indirects qu’ils ont multipliées par 15 entre 2010 et 2013 ! Ainsi pendant le Grenelle de la Mer, les industriels évoquaient-ils 200 emplois, aujourd’hui à bout d’arguments, ils n’hésitent plus à parler de 3000 emplois. Cela signifierait que les captures d’espèces profondes en France, qui ne représentent que 2,3 % de l’ensemble des captures françaises,[2] généreraient 17% de l’emploi du secteur de la pêche !

« Le seul chiffre correspondant à un semblant d’estimation est celui de 600 emplois totaux produit par le cabinet PwC sur commande de la Mairie de Lorient. Or cette étude fait un amalgame permanent entre toute la pêche au large et la pêche profonde et utilise des multiplicateurs extrêmement élevés pour estimer les emplois à terre à partir d’un emploi en mer que n’utilisent pas les économistes des pêches » affirme Claire Nouvian, fondatrice de BLOOM. Le cabinet PwC a répondu à BLOOM qui lui a demandé de s’expliquer sur la méthodologie utilisée que celle-ci était « confidentielle » (voir la réponse de PwC : http://www.bloomassociation.org/wp-content/uploads/2013/11/Réponse-PWC_Mars2013.pdf).

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