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L’industrie de l’énergie plaide pour un changement de politique européenne

Dernière mise à jour le vendredi 11 octobre 2013

Article paru
sur le site "Le Monde Planète" - 10 octobre 2013
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La 15e édition annuelle de l’Observatoire européen des marchés de l’énergie, dont le compte-rendu a été publié jeudi 10 octobre, ne pouvait mieux tomber : ce document est remis à la veille d’une conférence de presse que les patrons de dix grands groupes d’énergie du Vieux Continent tiendront vendredi, à Bruxelles, pour réclamer de la Commission européenne une modification radicale de sa politique énergétique.

Les PDG du français GDF Suez, des allemands E.ON et RWE, des italiens ENI et Enel, des espagnols Iberdrola et Gas Natural, du néerlandais GasTerra et du tchèque CEZ s’inquiètent notamment de la perte de rentabilité d’une partie des centrales électriques au gaz. La fermeture d’une partie d’entre elles risque, selon eux de déboucher sur des coupures de courant, voire un black out, si l’hiver 2013-2014 est très froid.

Plusieurs facteurs expliquent la crise que traversent ces grandes utilities : d’une part, le ralentissement de l’activité économique depuis la crise financière de 2008, qui a entraîné une baisse historique de la consommation d’électricité, et surtout de gaz ; d’autre part la concurrence des éoliennes et des panneaux solaires – notamment en Allemagne –, qui sont les premières sources d’énergie appelées sur le réseau électrique quand le vent souffle et que le soleil brille ; l’arrivée du charbon américain, détrôné outre-Atlantique par le gaz de schiste et vendu en Europe à des prix inférieurs de 30 % à ce qu’ils étaient début 2012.

Ces phénomènes se sont conjugués pour aboutir à un triple échec pour l’Europe de l’énergie. Malgré la libéralisation progressive du marché entre 2000 et 2007, le courant payé par les consommateurs n’a jamais été aussi cher. Le retour de la bonne vieille houille a entraîné un accroissement des émissions de CO2 dans certains pays, comme l’Allemagne, plombant le bilan carbone de l’Union européenne. Et la sécurité d’approvisionnement est menacée.

Pour aller plus loin (édition abonnés) : "Les effets pervers des choix énergétiques allemands"

Selon Capgemini, qui cite le cabinet américain IHS, 130 000 mégawatts (MW) de centrales au gaz sont menacés d’ici à 2016, soit 60 % de la capacité installée en Europe. Environ 50 000 MW a déjà fermé (l’équivalent de 50 réacteurs nucléaires) ou "mis sous cocon" en attendant des jours meilleurs... que les experts n’entrevoient pas avant la fin de la décennie. "Ces centrales, qui sont indispensables pour assurer la sécurité d’approvisionnement durant les heures de pointe, sont remplacées par des installations renouvelables (éoliennes, panneaux solaires) dont la production d’électricité est volatile et non programmable", explique Colette Lewiner, qui pilote l’observatoire de Capgemini. "D’autres marges de sécurité diminuent aussi, comme les volumes de gaz stockés, nettement plus bas que les années passées", note-t-elle avant de conclure que "la situation est grave".

DÉVELOPPER "UN MARCHÉ DE CAPACITÉ"

Les experts de Capgemini comme les patrons des groupes d’énergie européens jugent plus économique d’utiliser les capacités existantes avant d’en construire de nouvelles, au risque de renforcer les surcapacités. Ils réclament donc un arrêt des subventions aux renouvelables qui sont répercutées sur la facture des consommateurs, en constante augmentation. Ces aides doivent être réservées, selon eux, à la recherche et au développement de technologies encore non matures comme l’éolien en mer, les hydroliennes, le stockage de l’énergie et les "réseaux intelligents" (smart grid).

Il est également urgent, selon eux, de développer un "marché de capacité" au niveau européen, où les réseaux de lignes à haute tension sont de plus en plus interconnectés. En clair, il s’agit de financer des centrales au gaz qui ne fonctionneront que quelques semaines dans l’année (et perdront donc de l’argent), mais qui sont indispensables pour passer les grands pics de consommation de plus en plus élevés, notamment en France. La France devrait être pionnière, mais la première centrale, exploitée par Direct Energie, ne fonctionnera pas avant 2015 à Landerneau (Finistère).

Enfin, experts et patrons réclament un marché du carbone digne de ce nom. Sans un prix de la tonne de CO2 pénalisant réellement l’émission de gaz carbonique, les entreprises ne sont pas incitées à investir dans des installations "décarbonées", à moins d’être subventionnées. Or la "pénalité" est tombée de 30 euros la tonne de CO2 émise en 2008 à 5 euros en 2013. A ce prix, les énergies fossiles – surtout le charbon – ont encore de beaux jours devant elles.

Les compagnies d’énergie ne demandent pas d’aide financière. Mais sans ces réformes et une visibilité accrue, elles n’investiront pas. Or la Commission de Bruxelles évalue elle-même le coût de la modernisation de l’ensemble du système électrique à 1 000 milliards d’euros d’ici à 2020. Les utilities ont déjà drastiquement réduit leurs investissements, notamment en raison d’un très lourd endettement : il est passé de 140 milliards d’euros en 2005 à 320 milliards d’euros mi-2013 pour les 41 sociétés étudiées par Capgemini. GDF Suez, E.ON, RWE, Enel, EDF, toutes ont lancé des plans de désendettement et cèdent d’importants actifs (centrales, lignes à haute tension, gisements de gaz...).

La crise risque de durer, pensent les experts. Les cycles combinés gaz (turbines permettant de réduire les émissions de gaz nocifs et à effet de serre) perdront de l’argent jusqu’en 2017-2018, prévient Capgemini. Avant de retrouver – peut-être – une rentabilité au début de la prochaine décennie.

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