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La course au pétrole arctique manque de garde-fous

Dernière mise à jour le mardi 29 juin 2010

Le Monde.fr - Samedi 26 Juin 2010



La course au pétrole arctique manque de garde-fous

L’Arctique continue d’attirer la convoitise des chercheurs de pétrole. Alors que les projets de Shell d’exploration des mers de Beaufort et des Tchouktches, qui devaient débuter en juillet, sont suspendus par l’administration Obama jusqu’au début de 2011, à la suite de la catastrophe industrielle et écologique du golfe du Mexique, une autre campagne de recherche d’hydrocarbures devrait débuter début juillet au large de la côte sud-ouest du Groenland.

Une compagnie basée à Edimbourg (Ecosse), Cairn Energy, prévoit d’y procéder à des forages exploratoires, provoquant une réaction des autorités canadiennes, soucieuses d’éviter que l’île de Baffin ne soit touchée par des fuites. Cette série de projets de forage mobilise les populations locales et les ONG, qui estiment que dans l’Arctique, et notamment au nord de l’Alaska, le risque d’accident de forage et la difficulté d’organiser des secours dans ce milieu hostile sont sous-estimés.

La catastrophe de la plate-forme Deepwater Horizon exploitée par BP a renforcé la détermination des associations de défense de l’environnement, parmi lesquelles le WWF, Greenpeace, The Wilderness Society ou le Sierra Club. La suspension des nouveaux permis d’exploration en eaux profondes dans le golfe du Mexique et des forages en Arctique n’interrompt pas leur lobbying auprès de l’administration Obama et du Congrès. Leur objectif est de souligner la nécessité d’établir des garde-fous à la course aux matières premières.

L’Arctique recèlerait, en effet, près de 13 % des réserves de pétrole mondiales restant à découvrir et à exploiter, dont une très grande partie sur des zones offshore, selon des estimations de l’US Geological Survey (USGS). Sans compter d’importantes réserves de gaz et de minerais. Mais il s’agit d’un milieu très particulier et fragile. "Les risques de voir l’exploration provoquer des dégâts dans la flore et la faune de l’Arctique sont très mal évalués", pointe Bill Eichbaum, responsable de la politique de la mer et de l’Arctique au WWF Etats-Unis. L’affaiblissement de la faune aurait un impact sur les habitudes alimentaires et culturelles des populations locales, telles que les Inuits.

L’exploration pétrolière offshore passe notamment par des relevés sismiques des fonds marins effectués avec des canons à air comprimé produisant de fortes ondes sonores. Ce "bruit" puissant peut avoir des effets très négatifs sur les mammifères marins de la région, tels que les baleines. Ces derniers peuvent non seulement être effrayés, mais aussi voir leur capacité auditive endommagée, alors que le son leur est vital pour communiquer, se protéger ou naviguer.

Par ailleurs, une expansion de la production pétrolière offshore induit un accroissement du trafic maritime et le développement d’infrastructures sur terre, interférant avec les écosystèmes. Enfin, la présence d’icebergs rend la sécurité des vaisseaux et des plates-formes de forage difficile à assurer.

L’autre souci des associations tient à la grande difficulté d’organiser les secours en cas d’accident. Une préoccupation que la marée noire dans le golfe du Mexique vient souligner. "La navigation en Arctique est compliquée, avec des zones d’extraction qui peuvent être très isolées", note Christophe Rousseau, du Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre).

De plus, contrairement au golfe du Mexique, où des milliers de plates-formes ont créé un tissu de ressources techniques et humaines, dans de nombreuses zones désertiques du nord de l’Alaska, l’absence d’infrastructures portuaires et de centres de population proches oblige à apporter par la mer les éléments nécessaires à la lutte contre une fuite. Les conditions météorologiques peuvent se révéler particulièrement hostiles. Des vents violents et des blocs de glace dérivants peuvent perturber toute activité, en été comme en hiver.

Face à toutes ces craintes, le président de Shell, Marvin Odum, a précisé mi-mai que son entreprise allait prendre des mesures de sécurité supplémentaires, avec notamment le déploiement dans cette zone arctique d’un coffre, prêt à être mis en place en cas de problème, d’un submersible et la présence de plongeurs.

Par ailleurs, les compagnies pétrolières tentent d’expliquer que d’éventuels problèmes pourraient être minimisés par le froid arctique. Fin janvier, des scientifiques ont ainsi présenté à Tromso (Norvège) les résultats d’une étude menée de 2006 à 2009 par le Sintef, organisme norvégien de recherche, sur les réponses en cas de marée noire en zone arctique. Financée en grande partie par des compagnies pétrolières, cette étude souligne par exemple, selon ses promoteurs, qu’en cas de marée noire la glace pourrait ralentir la dispersion du pétrole et réduire l’action des vagues.

Mais des chercheurs et des ONG ont émis des réserves sur cette étude. Neil Hamilton, spécialiste de l’Arctique au WWF, souligne par exemple qu’"il ne suffit pas de voir la concentration de glace par mètre carré. La nature de la glace et la façon dont elle s’est formée sont de la plus haute importance". De plus, l’étude ne traite pas l’impact biologique d’une marée noire.

Les problèmes engendrés par l’exploration pétrolière en Arctique ne sont pas propres aux Etats-Unis sur la côte nord de l’Alaska ou au Canada dans le passage du Nord-Ouest. Ils soulèvent aussi la question de la gouvernance de toute la région et de la gestion de ses ressources. BP est, par exemple, présent en Arctique du côté russe, sur le site de Sakhalin, exploité avec le russe Rosneft. Sans compter que le transport d’hydrocarbures le long des routes arctiques pose aussi un problème de sécurité. "Nous n’en sommes qu’au début des recherches dans le domaine des plans de secours dans les zones froides comme l’Arctique", souligne M. Rousseau, du Cedre.

Bertrand d’Armagnac et Olivier Truc (à Stockholm)



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