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La pêche : jusqu’à l’épuisement des ressources ?

Dernière mise à jour le samedi 30 novembre 2013

Article paru
sur le site "France Culture" - 29 Novembre 2013
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On peut lire, sur le site prestigieux et international, Project Syndicate, un article du Chilien Andrès Velasco, ancien ministre des finances dans le gouvernement de Michelle Bachelet et professeur à Harvard, qui fait une bonne synthèse des préoccupations que devraient nous inspirer les océans.

Que dit Andrès Velasco ? Que la dégradation des océans, pour être moins visible que celle des forêts, et pour cause, n’en est pas moins aussi désastreuse. Car les effets combinés du réchauffement, de la pêche intensive et de la pollution sont en train de détériorer gravement ce poumon de la planète – les océans produisent la moitié de l’oxygène que nous respirons.

Il pointe le fait que les 2/3 des océans sont situés hors des zones exclusives des Etats et, par conséquent, n’appartiennent à personne. Aucune autorité n’ayant la responsabilité de ces immenses étendues de haute mer, il est bien difficile d’agir pour leur sauvegarde. Les utilisateurs ne sont pas les payeurs, même lorsqu’ils polluent, pillent ou détruisent ces ressources qui sont le bien collectif des habitants de la planète. Andrès Velasco plaide, au nom de le la Global Ocean Commission pour un système de paiement, qui servirait à doter un organisme de protection des océans.

J’ai parlé d’oxygène, mais il y a une autre ressource que nous fournissait l’océan, qui pourrait bien disparaître dans l’indifférence générale : ce sont les poissons. On se souvient de la panique qui a saisi les gastronomes japonais, ces dernières années, devant l’envolée des prix du thon rouge, dit Bluefin. Il était devenu tellement rare qu’il atteignait les 6 000 euros le kilo. Suite à une surexploitation, dans le Pacifique, dans les années 1990 et 2000, il était menacé de disparition. Aussi, en 2009, fut-il décidé par une commission internationale ad hoc de limiter la pêche, qui avait atteint les 60 000 tonnes par an, à 13 500 tonnes. Les professionnels de la pêche estiment que cette limitation, si elle est respectée, permettra de sauver cette espèce de la disparition programmée qui l’attendait. Mais nombreux sont les experts qui estiment que le rythme actuel d’exploitation des ressources halieutiques n’est pas soutenable. On estime généralement qu’au rythme actuel, le dernier poisson pourrait avoir disparu au mitan du siècle ! Et de fait, le poisson d’élevage tend de plus en plus, dans nos assiettes, à remplacer le poisson sauvage.

Récemment, Rodrigue Coutouly, un spécialiste de fiscalité environnementale, qui contribue au Cercle Les Echos, faisait les proposition suivantes : 1° exiger des Etats qu’ils consacrent au moins 10 % de leurs zones économiques exclusives à la constitution de réserves et les interdisent, par conséquent, aux pêcheurs, 2° privatiser une partie des mers, en attribuant à chaque entreprise de pêche des secteurs dont elle aurait la jouissance exclusive, afin de les responsabiliser sur la gestion des ressources, 3° mettre à contribution le consommateur, au moyen d’une taxe sur le poisson sauvage, destinée à financer la reconversion des pêcheurs qui devront passer du statut de « cueilleurs » à celui d’éleveurs-gestionnaires d’un secteur marin ».

Voilà une proposition qui peut être qualifiée de libérale, puisqu’elle vise à responsabiliser les acteurs. Entre le système de gouvernance mondiale de Andrès Velasco, et la privatisation de Rodrigue Coutouly, qui paraissent incarner deux alternatives radicales, y a-t-il des moyens termes, qui permettraient de garantir à nos descendants qu’il restera encore pour eux des poissons dans les mers et les océans ?

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