Dernière mise à jour le mardi 5 août 2008
Le télégramme de Brest Dimanche 15 juin 2008
Dossier réalisé par Michel Le Hébel
Trop de bars, trop de maquereaux, trop d’araignées pêchés par les pêcheurs plaisanciers ? Vieux débat et cohabitation délicate avec les professionnels. Même si on plaide le bon sens de part et d’autre.
Avec le boom de la plaisance (+ 2,5 %, chaque année, du nombre de bateaux), la cohabitation entre pêcheurs professionnels et pêcheurs plaisanciers se complique. Le conflit d’usage, surtout dans les zones côtières des 3 milles, là où les plaisanciers opèrent, est parfois problématique. Car d’un port à l’autre, que l’on se tolère ou se regarde en chien de faïence, le problème de fond reste le même : comment préserver la ressource, ce patrimoine commun, et coexister sans heurts ? De part et d’autre, on plaide pour garder du bon sens. Comme le montrent les débats apaisés entre professionnels et plaisanciers finistériens au sein du groupe de gestion halieutique du parc marin d’Iroise. Mais un rien entraîne des dérapages. Telle cette mobilisation de professionnels morbihannais, en mars, venus à Auray réclamer des comptes à des pêcheurs plaisanciers.
Frein sur la mitraillette
« Tous les étés, c’est pareil, ajoute Jean-Jacques Tanguy, le président du comité local des pêches (CLP) du Nord-Finistère, qui représente quelque 800 professionnels, côtiers, ligneurs ou caseyeurs principalement. Nos quotas de maquereaux sont alors atteints et on voit des plaisanciers débarquer des caisses entières de maquereaux pour des barbecues ou pour les distribuer aux copains. On a beau leur dire... » C’est aussi le cas pour d’autres espèces, comme le cabillaud en Manche, que les pros ne peuvent plus pêcher alors que le plaisancier en ramène sous leur nez. « Les gars, forcez pas trop sur la mitraillette » : à Moguériec, près de Roscoff (29), l’été dernier, la recommandation du président des plaisanciers, épinglée au tableau du port, avait été bien perçue par les professionnels. Conseil trop rare ? « Il faut que la réglementation s’adapte et c’est aux pêcheurs plaisanciers de faire des propositions pour que leur effort de pêche soit mieux maîtrisé », estime, quant à lui, Jean-Pierre Carval, de Plougastel, secrétaire du CLP du Nord-Finistère.
Des intérêts communs
« Nous, plaisanciers, ne sommes pas opposés aux professionnels. On souhaite créer un groupe de travail pour encadrer encore plus la pêche plaisance », avertit, pour sa part, le Vannetais Louis Herry, président de l’Union nationale des associations de navigateurs (Unan). Une grosse majorité de pêcheurs plaisanciers est favorable à la mise en place d’interdiction de pêche, durant les périodes de reproduction. Comme le repos biologique du bar, de février à la mi-mars, que le Perrosien Jean Kiffer, président de la puissante fédération nationale des pêcheurs plaisanciers, conseille de respecter. Le bar n’est, d’ailleurs, pas une espèce menacée, selon une étude effectuée par Ifremer. Bien que le tonnage pêché par les plaisanciers soit équivalent aux prises des professionnels. « On a des intérêts communs à défendre, même s’il y a beaucoup d’incendiaires de part et d’autre », tempère le Paimpolais Jacques Nicollet, de l’association locale pêcheurs-plaisanciers. Le département des Côtes-d’Armor a d’ailleurs été le premier à établir une charte anti-braconnage il y a trois ans. Il n’est pas interdit d’y croire.