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La promesse de l’algue

Dernière mise à jour le mercredi 18 avril 2012

Article paru sur le site "Le Figaro" - Vendredi 13 Avril 2012
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La promesse de l’algue

Carburant, nourriture, valorisation du CO2, traitement des rejets, les micro-algues seront-elles la nouvelle grande ressource de la planète ? Après la conquête de l’ordinateur et de ses réseaux au XXème siècle, celle de la mer représente-t-elle le prochain défi technologique du XXIème ? Reportage.

Tout semble placé sous le signe de l’eau à Townsville, paisible bourgade du Queensland, épinglée en haut de la côte est de l’Australie. L’océan cerne le voyageur tandis qu’une inlassable pluie ne lui laisse aujourd’hui aucun répit. Cet univers aqueux le poursuit jusque sur le campus de la James Cook University (JCU). Ici, on est à la pointe de l’étude du monde maritime. L’endroit n’a rien à voir avec la Calypso du commandant Cousteau et ses marins savants. L’un des plus étonnants laboratoires de la JCU offre en effet un visage beaucoup moins romantique : il ressemble à une exposition de piscines comme on en trouve dans les périphéries des grandes villes méridionales. D’énormes bassins en plastique thermoformés remplis d’une substance verdâtre, qui a du être un jour de l’eau, nourrissent l’activité d’une armada de chercheurs en bottes en caoutchouc. L’anglais se parle avec de multiples accents, car les membres de cette équipe viennent d’Allemagne, d’Autriche, de Grande-Bretagne, des États-Unis, de France ou encore de la proche Nouvelle-Zélande. Bienvenue dans l’univers cosmopolite des micro-algues.

Pourquoi donc cette tour de Babel d’éminents spécialistes de biologie maritime s’obstine-t-elle à patauger autour de ces cuves remplies d’une peu engageante matière ? Sans doute parce que ces scientifiques se sentent investis d’une mission, persuadés que les micro-algues sont un nouveau Graal dont ils sont à la fois les dépositaires et les premiers chevaliers. Ces petits organismes n’ont rien à voir avec les algues qui encombrent et empestent le littoral breton. Aussi méconnus que nombreux (il existerait plusieurs centaines de milliers de souches différentes), ils semblent eux parés de qualités surnaturelles. D’abord, ils peuvent assez aisément se transformer en biocarburant. Ils sont également capables de dégager l’hydrogène, nécessaire au fonctionnement des piles à combustibles qui feront avancer nos futures voitures. Les micro-algues sont également capables de nettoyer les eaux usées des ensembles immobiliers un peu à la manière d’une super fosse sceptique. Leur biomasse est de surcroît riche en précieux oméga 3 et 6 et fournit en prime des protéines sinon délicieuses, du moins comestibles.

Le meilleur pour la fin : les micro-algues ont besoin d’importantes quantités de gaz carbonique (CO2) pour leur croissance, transformant par un tour de passe-passe chimique ce vilain polluant en intéressant ingrédient. Avec des résultats sidérants : une tonne de CO2 permet, si tout va bien, de produire 1,8 tonne quotidienne de micro-algues ! Une aubaine tout aussi inattendue qu’inespérée pour tous les grands pollueurs de la planète, comme les industries métallurgiques et minières. Cela n’a pas échappé au groupe d’extraction minière Anglo Américan, qui est entré à hauteur de 20 % dans le capital de la société australienne MBD Energy, dédiée essentiellement à l’exploitation des micro-algues. Cette entreprise est partenaire de la JCU dont elle finance une bonne partie des travaux sur le sujet.

Sur le campus de Townsville, l’activité des chercheurs est du reste évaluée par Larry Sirmans, le directeur Technique de MBD. Physique d’aventurier, la petite quarantaine, ce personnage rond et jovial est un ancien militaire américain, blessé et mutilé (il lui manque un pouce) au début de la première Guerre du Golfe en 1991. Il aime se présenter comme un spécialiste des unusual energies, des énergies « inhabituelles ». Les micro-algues ont selon lui un véritable avenir. « C’est le moyen le plus performant pour valoriser les émissions de CO2 et donc de lutter contre l’effet de serre », dit-il, fasciné par leur capacité à « manger du carbone ». Leur faculté à produire de l’énergie, voire des aliments ne semble que secondaire à ses yeux. Larry tempère malgré tout son enthousiasme au regard des risques que les cultures intensives de micro-algues peuvent faire peser sur la biosécurité. « Créer et ensuite diffuser des espèces dangereuses pour les environnements locaux, comme nous l’avons fait avec certains batraciens et même quelques algues marines, serait un vrai drame », s’inquiète-t-il.

On sent en revanche chez le Pr Kirsten Heimann, chercheur d’origine allemande et principal responsable du département micro-algues de la JCU, beaucoup moins d’appréhension. L’importance et la nature du défi scientifique que les micro-algues représentent pour elle valent bien quelques prises de risques. « La culture du phytoplancton constituera l’un des principaux enjeux des hautes technologies de ce début du XXIe siècle », pronostique-t-elle. Les algues succédant à la micro-informatique et à Internet ? Un certain Bill Gates a discrètement investi quelques millions de dollars dans Sapphire Energy, entreprise spécialisée dans des carburants « verts » à base d’algues.

Le petit monde des micro-algues offre il est vrai de frappantes similitudes avec la Silicon Valley de la fin des années 1980. On y rencontre pas mal venture capitalist à l’affût de profits rapides et de créateurs de start up impatients de mettre en bourse leur société pour la revendre avec un bénéfice en forme de retraite dorée. Et aussi des pionniers, mi-hommes de sciences, mi-hommes d’affaires, tel Riggs Eckelberry. Ce géant de près de deux mètres à l’optimisme inépuisable préside OriginOil, une « jeune pousse » sise à Los Angeles spécialisée dans la technologie de pointe des micro-algues, dont il a une vision presque mystique. « Elles ont participé à la création du monde en purifiant notre atmosphère, assurant à l’homme ses conditions d’existence » dit-il, « elles n’ont pas fini de lui rendre service ». « Elles ont permis, voilà 600 millions d’années, de constituer les réserves d’énergie fossile que nous extrayons depuis », renchérit Pierre Tauzinat, président d’Ennsesys et représentant français d’OriginOil.

Féroce traque du CO2

La gourmandise de ces micro-organismes marins pour les nutriments leur ouvre une voie inattendue : une incroyable possibilité de traitement des eaux usées de l’habitat en agissant comme une super-fosse sceptique. Avec, à nouveau, l’imparable argument écologique de la réduction du gaz à effet de serre. « Les bâtiments représentent 44 % de l’énergie consommée en France et 25 % des rejets de CO2 », souligne Pierre Tauzinat, récemment chargé pour Bouygues de deux importantes missions d’études en Ile-de-France.

Mais la plus féroce traque du CO2 se déroule néanmoins dans le ciel plus que sur la terre. Les énormes quantités de CO2 produites par les réacteurs des avions commerciaux représente une chance pour l’« algokérosène ». Là encore, les micro-algues offre d’incroyables avantages. Le carburant issu de ces petits organismes possède en effet un double avantage technique par rapport aux autres biocarburants issus du monde végétal : un, il est miscible sans difficulté avec le carburéacteur traditionnel d’origine fossile, deux, il ne gèle pas à haute altitude. Les propulseurs du prototype de l’avion-fusée volant à 5 000 km/h dévoilé en juin dernier par EADS au salon du Bourget devraient pour partie fonctionner avec un jetfuel extraits de micro-algues. Associé avec Peugeot, EADS teste depuis plusieurs mois ce t incroyable biocarburant .

Plusieurs obstacles restent toutefois à franchir avant que les micro-algues investissent nos réservoirs d’essence et les canalisations de nos immeubles. Le premier d’entre eux est tout simplement le coût du pétrole sur le long terme.

Une tendance à la baisse n’incitera guère à l’investissement dans une recherche gourmande en capitaux. Et avant de pouvoir produire de grandes quantités d’énergies issue du phytoplancton, et à un prix le plus faible possible, il faudra s’assurer de la fiabilité et de la constance des performances de ces mystérieux micro-organismes. « Aucun de ces obstacles n’est infranchissable », estime le Pr Heimann. « Comme pour l’ordinateur, l’investissement sera largement remboursé, par la large diffusion des applications issues des micro-algues ». « Nous sommes encore loin de maîtriser l’ensemble des procédés d’exploitation. Et il ne s’agit pas non plus de créer une énergie qui exige plus de moyens, ou d’énergie, qu’elle n’en délivre », relativise pour sa part le Pr Jack Legrand, l’un des experts tricolores des technologies appliquées aux micro-algues.

Plusieurs projets d’envergure ont cependant été mis en œuvre. Bio Fuel System (BFS) produit de l’algocarburant à Alicante, et MBD a récemment ouvert une usine à Tarong, en Australie. Cultivées dans d’énormes poches, des champs de micro-algues profitent là-bas du soleil et des tonnes de rejets de CO2 dégagés à proximité par une centrale électrique fonctionnant au charbon.

Les futures taxes sur le CO2 favoriseront sans aucun doute le développement de l’industrie des micro-algues. Mais les multiples possibilités d’exploitation qu’elles offrent les placent au-delà du strict cadre écologique. Et elles n’encourront jamais le reproche d’être des « carburants de la faim » provenant de cultures vivrières entrant en concurrence avec l’alimentation humaine.



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