Dernière mise à jour le jeudi 26 janvier 2012
Article paru sur le site "Ouest-France" - Lundi 23 Janvier 2012
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Une commune en Finistère. Plus de la moitié de la production d’algues bretonnes y est débarquée. Cette pêche alimente deux usines qui vendent les alginates dans le monde entier.
La moitié des bateaux goémoniers
En 2011, 38 000 tonnes d’algues ont été débarquées au port de Lanildut. Soit 65 % de la récolte en mer d’algues bretonnes. Le petit port du Nord-Finistère bénéficie de la proximité de l’archipel de Molène, où pousse une bonne partie du plus grand champ d’algues d’Europe, s’étalant du Finistère aux Côtes-d’Armor. Quinze des trente-cinq bateaux goémoniers bretons, travaillant entre Paimpol et le Guilvinec y sont basés.
Deux grandes laminaires
La Laminaria digitata (48 000 tonnes en 2011) est arrachée au scoubidou, un outil tournant au bout d’un bras. La Laminaria hyperborea (8 500 tonnes en 2011) est plus grande. Son stip (le « tronc » qui peut atteindre deux mètres) et non les feuilles, intéresse les usines de transformation. Elle est arrachée à l’aide du « peigne norvégien », une sorte de râteau aux dents horizontales. Dix bateaux, plus larges, pratiquent cette pêche ouverte toute l’année et sur dérogation de janvier à avril.
Protéger la ressource
Le nombre de licences professionnelles est limité à 35. Les bateaux doivent faire moins de 12 mètres. Et la saison de la digitata est limitée de mai à octobre. Pour l’hyperborea, un système de jachères est mis en place sur les zones exploitées. Selon Martial Laurans, chargé du suivi à Ifremer, « l’exploitation de l’hyperborea est bien en deçà des quotas qui peuvent être alloués ». La ressource permettrait une exploitation trois fois supérieure. Des études d’impact du peigne norvégien sur l’écosystème sont en cours avec le Parc naturel marin d’Iroise.
La flottille a fondu
D’une manière générale, les apports sont « en légère baisse » selon Jean-Pierre Carval, secrétaire de l’ex-comité des pêches du Nord-Finistère, regroupé en comité départemental depuis peu. Trois explications à cela : la non-exploitation de la chaussée de Sein depuis trois ans, la baisse d’activité dans les Côtes-d’Armor et une plus grande sélectivité, à la demande des acheteurs. Le tosser, algue indésirable, est moins présent dans les débarquements. La flottille, elle, a baissé de 20 % en quelques années.
Deux usines : plus de cent salariés
Les alginates, extraits des laminaires, servent dans l’alimentation (crèmes glacées, sauces...) et en pharmacie (principes actifs de coagulation dans les pansements, anti reflux gastriques...). Il y a environ 3 grammes d’alginate par kilo d’algues fraîches. Les digitata produisent des alginates épaississants et les hyperbor
ea des alginates gélifiants. Deux usines absorbent depuis plus de 40 ans la quasi-totalité de la production : Danisco (groupe Dupont de Nemours depuis 2011) à Landerneau et Cargill à Lannilis. Elles emploient plus de cent salariés et produisent à elles deux environ 20 % des alginates alimentaires et pharmaceutiques dans le monde.
Jongler avec l’arsenic
En 2008, les normes de rejet d’arsenic en mer ont été divisées par sept. L’arsenic organique, présent naturellement dans les algues, se retrouve concentré dans les rejets d’eau des stations d’épuration. À Cargill, on dit avoir investi pour capturer l’arsenic dans l’eau avant les rejets. Danisco a réduit les quantités traitées chaque jour en période de pic, passant de 700 tonnes de capacité à 450 tonnes. Mais lissée sur l’année, la production reste stable, « similaire aux années 1980 », selon Erick Marec, son patron, confiant dans l’avenir.
« Qualité de la matière première »
Pour Joris Peters, directeur de Cargill Lannilis, « ici, le point clé, c’est la qualité de la matière première. Elle ne peut pas être égalée par les importations. Et la digitata est une spécificité locale. Notre localisation ici est stratégique ».
Sébastien PANOU