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Le "Titanic" attend son nouveau capitaine

Dernière mise à jour le mercredi 11 avril 2012

Article paru sur le site "Le JDD" - Dimanche 08 Avril 2012
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Le "Titanic" attend son nouveau capitaine

Cent ans après son naufrage, le "trésor" du "Titanic" -plus de 5.000 pièces- est vendu aux enchères à New York alors que son épave se détériore irrémédiablement.

Lundi 9 avril, 17 heures. Après, il sera trop tard… Le délai a déjà dû être reculé en raison de l’afflux de demandes. Guernsey’s, une maison d’enchères new-yorkaise, a promis d’en dire plus, mercredi 11 avril, sur les candidats qui se seront manifestés pour acquérir quelques uns des 5.000 objets repêchés à près de 4.000 mètres de fond au large de Terre-Neuve. Il serait question de riches particuliers, de musées et de deux villes, l’une en Europe, l’autre aux États-Unis… Le nom du nouveau "capitaine" du Titanic sera dévoilé le 15. Cent ans plus tôt, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, le plus célèbre des paquebots heurtait un iceberg avant de sombrer dans les eaux glacées de l’Atlantique Nord, entraînant dans la mort près de 1.500 personnes.

189 millions de dollars

Un centenaire synonyme de vente historique. Ce n’est pourtant pas la première à mettre en jeu des biens liés au Titanic. Mais cette fois, tous les objets proposés –de l’épingle à cheveux au morceau de coque pesant 17 tonnes, en passant par le chérubin en bronze qui ornait le grand escalier– proviennent directement du fond de l’océan. Le fruit de vingt-ans ans d’efforts et de passion depuis la découverte de l’épave, en 1985. Le résultat aussi de longues batailles juridiques et de millions de dollars investis… Il en coûtera d’ailleurs au minimum 189 millions de dollars –une estimation datant de 2007– au futur acquéreur. Ce dernier devra s’engager à ne pas disperser cette collection, à l’entretenir et à la présenter au public. Il pourra même devenir "l’intendant" du Titanic, en charge de "protéger et préserver le site du naufrage pour les générations futures", comme l’indique le vendeur, la société américaine Premier Exhibitions.

Rares sont ceux qui ignorent encore le scénario de la tragédie maritime depuis le succès planétaire remporté en 1997 par James Cameron et son film aux 11 oscars, qui vient opportunément de ressortir en 3D. Mais comment expliquer une telle fascination pour le destin du transatlantique de la compagnie anglaise White Star Line ? Passé le choc du naufrage en 1912, le drame du Titanic avait laissé place à l’histoire sanglante du XXème siècle et ses deux guerres mondiales. Un livre, A Night to Remember (La Nuit du Titanic), de Walter Lord, rédigé en 1955 à partir des témoignages de rescapés, et adapté au cinéma trois ans plus tard, va relancer la légende. L’intérêt pour le paquebot géant est relancé. Pour longtemps…

D’abord en Amérique. Yves Cornet peut en témoigner. Ce passionné de plongée sous-marine, alors à la tête de la société Taurus International, peut se vanter d’être à l’origine de la création de la Titanic Ventures, la société qui obtiendra les droits d’exploration. Son principal argument pour trouver des financiers : le succès phénoménal, à l’époque, de l’exposition Toutankhamon. Mais les grandes compagnies, comme Coca Cola, hésitent à associer leur image à un naufrage. "Ce sont des gens du Connecticut, des descendants d’immigrants, qui ont financé les premières expéditions, explique le Français. Qu’ils soient d’origine irlandaise, italienne, écossaise…, des millions d’émigrants sont devenus des citoyens américains en traversant l’Atlantique en bateau." "Des concessionnaires Mercedes du Canada, dont certains étaient des proches de victimes, se sont aussi engagés", complète le Britannique George Grosz, conseiller financier international, qui a participé aux négociations.

Un site protégé par l’Unesco

L’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), et son fameux sous-marin Nautile –déjà mis à contribution en 1985 pour la découverte de l’épave–, est également de la partie. À 75 ans, Yves Cornet, qui a effectué deux descentes sur zone, se souvient avec émotion de cette aventure : "Pour un scaphandrier comme moi, explorer l’épave la plus prestigieuse du monde, c’était un rêve qui se réalisait. Mais il y a eu aussi toutes les recherches passionnantes. On a, par exemple, développé des outils spéciaux –paniers et ventouses– pour récupérer les assiettes dans le sable…" Une aventure coûteuse aussi : "On a investi notre propre argent, environ 250.000 dollars. Nous avons été payés sous forme d’actions, mais il a fallu nous bagarrer pendant dix-sept ans pour réussir à valoriser ces actions. C’est arrivé en 2008, juste avant la crise des subprimes. De 18 dollars, elles sont passées à 0,50 dollars !"

Aujourd’hui, le devenir du bateau inquiète. L’épave s’envase, ses superstructures sont prêtes à s’effondrer. "Lorsque je l’ai découverte en septembre 1985, explique l’océanographe américain Bob Ballard au JDD, l’épave était en très bon état. Mais, depuis, des dégâts considérables ont été causés par des sous-marins. Il ne faut pas empêcher qui que ce soit d’approcher de l’épave mais elle doit être protégée parce que c’est une sépulture, celle de centaines de personnes qui ont péri dans le naufrage." "La justice américaine a donné à l’épave le statut non pas de cimetière, mais de mémorial", confirme le spécialiste du droit de la mer Jean-Paul Pancracio. Un site qui bénéficie dorénavant de la convention de l’Unesco sur la protection du patrimoine culturel subaquatique. Une protection contre les pilleurs d’épaves, mais pas contre l’usure du temps.

Faut-il laisser le Titanic s’envaser à l’intention des archéologues du futur ? Ou au contraire poursuivre l’exploration ? "La convention recommande la préservation in situ. Mais, pour des raisons scientifiques, d’intérêt du public ou de protection, des objets peuvent être remontés, explique Ulrike Guérin de l’Unesco. À condition de ne pas être revendus." La saga du Titanic est loin d’être achevée.

Stéphane Joahny, avec Amandine Alexandre à Londres



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