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Le chalutage en eau profonde continuera

Dernière mise à jour le jeudi 12 décembre 2013

Article paru
sur le site "Le Figaro" - 11 Décembre 2013
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Les pêcheurs en général et les Français en particulier vont pouvoir continuer le chalutage en eau profonde dans l’Atlantique Nord, au grand dam de scientifiques et des associations environnementales.

La décision a été adoptée hier à une courte majorité au Parlement de Strasbourg : 342 voix contre l’interdiction, 326 pour. « C’est une victoire de la raison », s’est enthousiasmée la socialiste Isabelle Thomas, qui ajoute « le chalut de grand fond ne sera plus autorisé que sur une zone qui représente environ 10 % des eaux internationales de l’Atlantique Nord-Est ». C’est la reconnaissance « que la pêche en eau profonde peut s’exercer de manière durable et responsable », renchérit Olivier le Nézet, président de Blue Fish, qui représente l’intérêt des armateurs.
« Une machine à détruire »

« La durabilité revendiquée tient simplement dans le fait que l’Europe se met en conformité avec des mesures approuvées il y a six ou sept ans par les Nations unies, qui consistent notamment à réaliser des études d’impact », s’inquiète en revanche la porte-parole de Bloom, Claire Nouvian, l’une des personnalités du monde associatif la plus en pointe sur le dossier. « Cette décision veut surtout dire que l’on va continuer à détruire des espèces menacées. »

Le chalutage est une technique de pêche qui consiste à tracter un filet gigantesque sur les fonds marins. « Le problème est que pour une poignée d’espèces convoitées (sabre noir et grenadier notamment), des dizaines d’autres sont rejetées à la mer », s’offusque la jeune femme. « Les taux de rejet varient de 20 % à 80 % de la pêche », souligne Philippe Cury, directeur de recherche à l’IRD (Institut de recherche pour le développement), « le chalutage en eaux profondes est une machine à détruire », ajoute-t-il.

En Atlantique Nord, sur 54 stocks (une espèce dans une zone déterminée), le Ciem (conseil international pour l’exploration de la mer) considère que 21 sont d’ores et déjà épuisés, que l’on ne connaît pas la situation pour une trentaine d’autres et enfin, que seulement 3 sont jugés en bon état.
Les professionnels de la pêche mettent en avant la protection de l’emploi

Pour défendre le chalutage, les professionnels de la pêche mettent aussi en avant la protection de l’emploi, entre 500 et 3000 selon les sources. « Mais il y a peu d’emplois sur ces gros bateaux », s’insurge Philippe Cury. Tandis que les bateaux qui pratiquent la pêche à la palangre, moins destructrice, pourraient augmenter les emplois, plaide Maria Damanaki, commissaire européenne chargée de la Pêche. Les palangres sont des lignes dérivantes où sont fixés des hameçons, « ce qui suppose de la main-d’œuvre à bord », ajoute Claire Nouvian. Ces méthodes ont d’ailleurs été adoptées en Méditerranée, en Antarctique et dans tout l’océan Austral, y compris par les bateaux français qui interviennent dans ces zones.

Le sujet est aujourd’hui suffisamment controversé pour que certains industriels de l’agroalimentaire ou de la grande distribution prennent les devants. Findus a été l’un des premiers à retirer de ses gammes de produits les poissons des grands fonds. Cette semaine, c’est au tour du groupe Casino puis hier de Carrefour d’annoncer qu’ils allaient à leur tour bannir ce type de poissons, l’un dès le 1er janvier 2014, l’autre d’ici au mois de juin. Ce n’est pas le cas d’Intermarché. La Scapêche, premier armateur national de pêche fraîche, contrôle six navires qui effectuent du chalutage des grands fonds pour son compte.

« Pour quelques tonnes de protéines, on choisit la solution la plus bête », regrette Philippe Cury, et on scie la branche sur laquelle on est assis

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