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Le déclin du phytoplancton met en péril la chaîne alimentaire

Dernière mise à jour le mercredi 4 août 2010

Le Monde.fr - Vendredi 30 Juillet 2010



Le déclin du phytoplancton met en péril la chaîne alimentaire

La menace est grave. Elle touche des organismes minuscules, mais qui sont à la base de toute la chaîne alimentaire : le phytoplancton. Depuis un siècle, celui-ci s’est dramatiquement raréfié, selon toute vraisemblance, en raison du réchauffement climatique. C’est ce que révèle une étude canadienne publiée dans la revue Nature du 29 juillet. Le constat est d’autant plus inquiétant qu’une seconde publication, canado-américaine, montre que la température océanique joue un rôle-clé dans la diversité des espèces animales marines.

Plusieurs travaux s’étaient déjà penchés sur l’impact du réchauffement sur la production de plancton végétal. Avec des résultats contradictoires. Ils se fondaient, pour l’essentiel, sur des images satellitaires couvrant la période récente. L’intérêt de la nouvelle étude est d’avoir collecté une masse énorme de données (près d’un demi-million d’observations), à la fois historiques et océanographiques.

En combinant les mesures de concentration de matière végétale disponibles sur plus d’un siècle, et l’analyse in situ d’échantillons, les chercheurs ont calculé qu’au cours du siècle passé la biomasse planctonique a régressé, à l’échelle du globe, de 1 % par an en moyenne. Le recul est particulièrement bien documenté dans l’hémisphère nord et à partir de 1950, avec, depuis cette date, une perte d’environ 40 %. La tendance vaut pour tous les océans, à l’exception de l’océan Indien, où est observée une progression. Elle est plus marquée dans les régions polaires et tropicales.

"Le phytoplancton est le carburant qui fait tourner les écosystèmes marins. Un déclin affecte l’ensemble de la chaîne alimentaire, humains compris", s’alarme Daniel Boyce, du département de biologie de l’université Dalhousie d’Halifax, qui a piloté l’étude. Au niveau économique, l’industrie de la pêche est directement concernée.

Ce n’est pas le seul risque. Le plancton végétal marin, formé d’algues et d’organismes microscopiques en suspension dans l’eau, absorbe en effet une forte proportion du dioxyde de carbone (CO2) émis par l’homme, en même temps qu’il produit la moitié de l’oxygène que nous respirons. En outre, il joue un rôle central dans la régulation de la machine climatique.

La cause de cet appauvrissement, affirment les scientifiques, est "la hausse des températures de surface des océans au cours du dernier siècle", dont les effets négatifs sont "particulièrement prononcés dans les zones tropicales et subtropicales". Pour se développer, le plancton marin a besoin de lumière, mais aussi de nutriments présents dans les eaux profondes. Or, en se réchauffant, les océans ont tendance à se stratifier en couches qui freinent la remontée de ces aliments vers la surface.

D’autres phénomènes, comme l’oscillation australe El Niño, influent aussi sur la production végétale, mais sur des échelles de temps courtes et sans infléchir la tendance à long terme. "Le déclin du phytoplancton dû au climat est une autre dimension importante du changement global dans les océans, déjà éprouvés par la pêche et la pollution, commente Marlon Lewis, coauteur de la publication. De meilleurs outils d’observation et une meilleure connaissance scientifique sont nécessaires pour affiner les prévisions sur la santé future de l’océan."

La seconde étude ajoute encore aux craintes. Une équipe spécialisée en biologie, écologie et milieu océanique, a dressé une carte mondiale de la répartition de plus de 11 000 espèces appartenant aux principaux groupes d’animaux et d’organismes marins, du zooplancton aux mammifères aquatiques comme la baleine, en passant par les coraux, les calamars ou les poissons. Ils ont constaté que, pour les espèces côtières, la biodiversité est particulièrement riche dans la partie ouest du Pacifique, tandis que pour les espèces océaniques, comme le thon et les grands poissons à rostre, elle est plus importante aux moyennes latitudes, dans tous les océans.

Les chercheurs ont ensuite passé au crible différentes hypothèses pouvant expliquer cette distribution spatiale. Et ils ont trouvé que le seul facteur environnemental auquel puisse être corrélée la plus ou moins grande diversité biologique est la température océanique. Même si, pour les espèces côtières, la disponibilité des zones d’habitat naturel entre aussi en jeu.

Il ne faut pas en conclure pour autant que des mers plus chaudes favoriseraient, à l’avenir, une explosion de la diversité de la vie aquatique. Bien au contraire, les scientifiques soulignent que "des changements globaux de température de l’océan pourraient avoir de fortes conséquences sur la distribution de la biodiversité marine".

Ce n’est pas tout. La cartographie révèle aussi, de façon inattendue, que les zones où la variété des espèces est la plus foisonnante - les "hotspots" - sont aussi celles où l’empreinte des activités humaines est la plus marquée. Plus que d’autres, elles peuvent donc en être affectées. Camilo Mora, de l’université Dalhousie, met en garde : "Les effets combinés de la pêche, de la détérioration des habitats, de la pollution et du changement climatique sont une menace pour la diversité de la vie océanique."

Pierre Le Hir



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