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Les écrevisses aussi peuvent être anxieuses

Dernière mise à jour le samedi 14 juin 2014

Article paru
sur le site "Figaro" - 13 Juin 2014
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Home ACTUALITE Sciences & Environnnement
Par Tristan Vey
Publié le 13/06/2014 à 17:38

Les écrevises sont des animaux naturellement curieux et belliqueux.

C’est la première fois que des chercheurs observent cette émotion chez un invertébré.

Les crustacés ne sont pas vraiment réputés pour leur finesse d’esprit ou l’originalité de leur conversation. Disons-le même franchement, ce sont des animaux plutôt stupides. Avec un cerveau de quelques milliers de neurones seulement, l’écrevisse ne fait pas exception. Des chercheurs français (université de Bordeaux/CNRS) viennent pourtant de démontrer qu’elle cachait derrière sa grosse carapace un secret inavouable : c’est une grande anxieuse.

Il s’agit du premier invertébré chez qui l’on démontre l’existence de cette émotion, définie en biologie comme une réponse comportementale au stress engendrant une peur durable des événements futurs. On pensait jusqu’à présent que cette réaction était l’apanage des mammifères et d’animaux intellectuellement plus développés.

Pour la mettre en évidence chez l’écrevisse, les chercheurs ont fait subir à des cobayes une série de chocs électriques extrêmement brefs sur une période de 30 minutes. Au bout d’un moment, ces décharges répétées ont poussé les crustacés à vouloir fuir l’aquarium. En plaçant les écrevisses effrayées dans un nouvel environnement, celles-ci ont alors spontanément recherché les zones sombres du labyrinthe pour s’y réfugier tandis que leurs congénères n’ayant pas subi cette expérience traumatisante exploraient quant à elles l’intégralité du lieu, même les zones les plus lumineuses.
Molécule anxiolytique

« Le phénomène dure environ une heure et demie, détaille au Figaro Pascal Fossat, auteur principal de l’étude parue vendredi dans Science. Après ce laps de temps, les écrevisses anxieuses reprennent un comportement normal. » Les scientifiques ne se sont pas contentés de cette seule observation. Ils ont aussi administré aux écrevisses, après les avoir électrocutées, une molécule anxiolytique similaire à celle que l’on retrouve dans des médicaments classiques. Et ce traitement a fonctionné. En dépit de leur expérience traumatisante, les cobayes n’ont plus cherché à se dissimuler dans les recoins sombres. Ils ont naturellement exploré l’ensemble du labyrinthe, comme si de rien n’était.

« Nous avons également mesuré une augmentation du taux de glucose dans le sang chez les écrevisses anxieuses », ajoute Pascal Fossat. Cette glycémie élevée est une manifestation de l’anxiété assez facile à comprendre : la crainte d’un danger à venir pousse l’écrevisse à s’y préparer. Les neurones donnent au corps l’ordre de libérer des sucres qui lui permettront de passer rapidement en mode fuite ou en mode combat.
Intéractions sociales très violentes

« C’est une vraie surprise de découvrir une émotion, même primitive, chez un animal aussi simple et sous une forme assez proche de celle rencontrée chez les mammifères, mais quand on y réfléchit ce n’est pas absurde, estime le biologiste. L’anxiété constitue vraisemblablement un avantage évolutif majeur. Que ce trait soit ancien et qu’il se soit transmis dans une grande partie du règne animal est loin d’être aberrant. »

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