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Les fonds marins à nodules seraient très sensibles à une exploitation minière

Dernière mise à jour le mercredi 18 avril 2012

Article paru sur le site "Actu-Environnement" - Vendredi 13 Avril 2012
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Les fonds marins à nodules seraient très sensibles à une exploitation minière

Composés de métaux de bases et rares, les nodules polymétalliques marins pourraient constituer une nouvelle ressource pour l’approvisionnement en minerais. Lénaïck Menot, chef de la mission et chercheur de l’Ifremer revient sur la campagne Bionod, qui s’intéresse aux impacts de leur exploitation.

Actu-environnement : Quelles sont les espèces retrouvées dans les zones avec nodules ?

Lénaïck Menot : Les nodules offrent un support à des espèces que nous ne retrouvons pas ailleurs : par exemple des coraux mous, des anémones, de grandes éponges. Nous observons également des foraminifères qui sont des organismes simples n’ayant qu’une seule cellule, mais extrêmement diversifiés. Les sédiments sous les nodules abritent également une grande diversité. Des collègues travaillant sur les échantillons d’une campagne précédente - Nodinaut - ont répertorié plus de 300 espèces de nématodes, des petits vers marins, sur une surface de quelques centaines de cm². La grande majorité de ces espèces cependant est inconnue pour la science. Elles n’ont jamais été décrites et pour la plupart ne le seront sans doute jamais compte tenu du manque d’expertise en taxonomie, la science qui a pour objet de décrire les espèces.

AE : Quels seraient les impacts potentiels d’une éventuelle exploitation des nodules ?

LM : L’enjeu environnemental peut être important. Pour être rentable, l’exploitation des nodules devra ratisser de grandes surfaces des fonds marins abyssaux. D’après certaines estimations, il faudrait extraire les nodules sur une surface de l’ordre de 500 km² par an et par concession minière, pendant une période de 10 à 15 ans. Outre l’impact direct de l’exploitation, qui détruirait l’habitat offert par les nodules, le panache des sédiments remis en suspension par l’exploitation pourrait se disperser sur de grandes distances et avoir un impact non négligeable sur des surfaces 2 à 5 fois supérieures à l’exploitation elle-même.

AE : Quelles sont les possibilités de régénération des écosystèmes ?

LM : La capacité de récupération de la faune abyssale est très faible. Les nodules ayant un taux de croissance de l’ordre de 1 mm par million d’année, c’est un habitat qui disparaîtrait définitivement dans les zones exploitées. S’agissant de la faune vivant dans les sédiments sous les nodules, nous avons pu, lors de la campagne Nodinaut, étudier la faune dans une trace de drague vieille de 26 ans et la comparer avec la faune environnante. La trace de drague, profonde de 5 à 10 cm, était parfaitement visible. Dans le fond de la drague, la densité et la diversité des nématodes, les petits vers marins, étaient toujours plus faibles que dans les sédiments environnants. La richesse spécifique élevée des plaines abyssales, l’habitat unique que constituent les nodules et les faibles capacités de colonisation de la faune abyssale font des zones à nodules un environnement très sensible à une potentielle exploitation minière.

AE : Quelles seraient les premières pistes à suivre pour une stratégie de préservation de la biodiversité associée aux nodules polymétalliques ?

LM : Il faudrait protéger des zones qui soient suffisamment grandes, nombreuses et proches pour d’une part être représentatives de l’hétérogénéité des habitats et de la faune de la zone à nodules. Un autre point à ne pas négliger : permettre un échange entre ces différentes aires protégées et les zones qui seraient exploitées. Il y a un compromis à trouver entre la taille, le nombre et la distance entre ces zones protégées. Il dépend en grande partie de la distribution des espèces et de leur capacité à se disperser. Par exemple, si les espèces ont une grande aire de répartition et qu’elles peuvent se disperser sur de grandes distances, quelques zones protégées suffisamment grandes pour être représentatives des différents habitats peuvent suffire. Dans le cas contraire, il faudra créer de nombreuses petites zones, chacune représentative d’une faune adaptée à un environnement particulier. Malheureusement, c’est un niveau de connaissance que nous sommes très loin d’avoir. Sachant que la plupart des espèces n’ont jamais été décrites, qu’elles n’ont pas de nom, nous ne pouvons généralement pas comparer nos résultats avec ceux acquis par d’autre. C’est un problème qui se pose pour toutes les recherches réalisées en environnement profond.

AE : Comment contourner cette difficulté ?

LM : Pour pallier ce problème, nous avons invité des taxonomistes à participer à la campagne Bionod. L’objectif serait de décrire un maximum d’espèces et les comparer entre nos deux zones d’études distantes de 1000 km. Par ailleurs, outre la description des espèces en fonction de leur morphologie, nous allons également y associer un code barre ADN, une empreinte génétique qui nous permettra plus facilement de les identifier par la suite. Un projet de création de zones préservées existe déjà et a été discuté à plusieurs reprises au sein de différentes instances de l’Autorité Internationale des Fonds Marins. Ce projet a été bâti en fonction des connaissances actuelles, et limité, concernant la distribution de la faune, dans la zone nodules. La campagne a pour but d’améliorer notre niveau de connaissance et de compréhension de la distribution de la faune. Ceci pourrait faciliter la mise en oeuvre d’un tel plan de préservation.

Propos recueillis par Dorothée Laperche



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