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Marée noire : que va devenir le "nuage" sous-marin ?

Dernière mise à jour le lundi 23 août 2010

Le Monde.fr - Vendredi 20 Août 2010



Marée noire : que va devenir le "nuage" sous-marin ?

Un long panache aux reflets brunâtre de 35 km de long, 2 km de large et 200 m d’épaisseur, à 900 m sous la surface de l’océan... Il n’existe pas encore d’images de ce "nuage", mais sa composition est bien connue. La nappe d’eau souillée par le pétrole du puits contient 50 microgrammes par litre d’hydrocarbures hautement toxiques. L’existence de cette nappe, étudiée par la Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI), a relancé les interrogations sur le devenir des 780 millions de litres de pétrole répandus dans le golfe du Mexique et sur leur impact futur.

Le 4 août, à la suite du rapport (PDF) de l’Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA), Carol Browner, conseillère de la Maison Blanche pour l’énergie et le climat, avait déclaré :"Les scientifiques nous disent qu’environ 25 % (du brut) n’a pas été récupéré, ne s’est pas évaporé ou n’a pas été pris en charge par Mère Nature". Pris en charge par "Mère Nature" ? La formulation est faussement rassurante. L’étude de la WHOI, publiée dans la revue Science, montre que les 16 % "naturellement dispersés" auxquels faisait référence Carol Browner sont loin d’avoir disparu.

Lorsque du pétrole est déversé dans l’océan, une partie remonte en surface, une autre se dépose au fond (la partie "résiduelle" de 25 % dont parle la NOAA), mais une quantité importante se dissout dans l’eau, où elle est dégradée par des bactéries, comme l’explique le Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre). Dans le golfe du Mexique, le phénomène de dégradation est bien constaté, mais il est moins rapide que les autorités ne le laissent entendre.

DES VOLUTES SOUS-MARINES ENCORE MAL CONNUES

"Beaucoup de gens se sont laissés aller à dire que les gouttelettes d’hydrocarbures présentes sous la surface se dégradaient facilement. Eh bien, ce n’est pas vraiment ce que nous avons observé : elles sont toujours bien là", affirme Richard Camilli, directeur scientifique de l’expédition montée par la WHOI pour suivre la traînée d’eau souillée. Ce type de pollution est sans doute le plus complexe. "Nous ne savons pas à quel point [la traînée] est toxique", explique Christophe Reddy, géochimiste expert des marées noires et membre de l’expédition, "ni comment elle s’est formée." Sans compter qu’elle n’est pas la seule à polluer le golfe : d’après des chercheurs de l’université de Géorgie cités par Science, une autre traînée se dirigeant vers la Floride serait cinq fois plus importante que celle étudiée par la WHOI.

Difficile de prévoir dans ces conditions quel sera l’impact des particules sur l’écosystème marin. Leur dégradation risque d’être plus lente dans les eaux froides où évoluent les volutes étudiées. Mais à cette profondeur, les repères manquent. "On ne sait pas quels organismes sont présents" ni leur tolérance aux concentrations d’hydrocarbures observées, ni même combien de temps celles-ci vont se maintenir, explique ainsi la toxicologue Carys Mitchelmore au magazine Wired.

En outre, les écosystèmes potentiellement affectés sont plus difficiles à suivre que sur les côtes ou le plancher océanique. Comme l’explique Eric Thiebaut, de l’observatoire océanologique CNRS/UNPC de Roscoff, "[le plancton] est un compartiment mobile, qui se déplace avec les courants : l’impact sur la durée est donc plus difficile à mesurer".

"AMOCO-CADIZ", "EXXON-VALDEZ" : DES ANNÉES DE DÉGÂTS

La station biologique bretonne a pu suivre sur le long terme les dégâts causés par une autre marée noire, sur les côtes françaises cette fois, celle de l’Amoco-Cadiz en 1978. L’équipe du laboratoire avait la chance de disposer à l’époque de données recueillies juste avant la catastrophe sur l’un des sites touchés, en baie de Morlaix. Elle a pu comparer l’écosystème des fonds marins avant et après la catastrophe. "Dès 1981 il n’y avait plus d’hydrocarbures dans les sédiments", explique Eric Thiebaut, "mais 20 % des espèces présentes et 80 % des individus – la proportion étant variable suivant les espèces – sur le site avaient disparu. [...] On a retrouvé un peuplement normal seulement dans les années 1990."

Parfois, les dommages paraissent irréversibles. En 2001, la NOAA a mené une étude sur les traces laissées par le désastre de l’Exxon-Valdez, la plus grande marée noire qu’aient connue les Etats-Unis, en 1989 sur les côtes sauvages de l’Alaska.

Douze ans plus tard, des traces d’hydrocarbures ont été retrouvées sur 58 % des sites inspectés. Non seulement certaines espèces n’avaient pas encore récupéré, mais les dépôts de pétrole seraient devenues une source de pollution chronique de la baie du Prince William, où a eu lieu le naufrage. Enfin, il s’est avéré que la présence (ou l’absence) de pétrole observable en surface était "un mauvais indicateur" de la présence d’hydrocarbures sous la surface.

Marion Solletty



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