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Overdose de coques au Crotoy

Dernière mise à jour le samedi 21 décembre 2013

Article paru
sur le site "Le Courrier Picard" - 20 Décembre 2013
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Quatre mareyeurs et un pêcheur à pied ont été jugés hier pour avoir trop pêché en 2008-2009. Ils auraient pu, ou auraient dû, être plusieurs centaines à la barre.
Ça aurait dû être le procès des surquotas. Mais ça ne l’a pas été. Car à la barre du tribunal d’Amiens hier matin, il manquait bon nombre d’acteurs. Seuls quatre mareyeurs et un pêcheur à pied étaient poursuivis. Alors qu’au Crotoy (Somme), où travaillent 345 pêcheurs de coques, chacun sait que la revente de coques, en quantité supérieure à celle autorisée, est un phénomène qui s’est banalisé. C’est en tout cas ce qui est ressorti des débats.

L’enquête des gendarmes a commencé en juin 2008. Cette année-là, les pêcheurs ne pouvaient pas revendre plus de 96 kg de coques par jour. Sur le papier, les règles sont simples : la récolte doit être répartie en trois sacs de 32 kg, avec des coques dont la taille ne doit pas être inférieure à 30 mm. Ça, c’est sur le papier. Car l’enquête a permis de constater que ce quota de 96 kg n’était pas respecté. Elle a révélé un système de surquotas à grande échelle de plusieurs centaines de tonnes de coques et des dizaines de milliers d’euros.

Les quatre mareyeurs l’ont avoué sans difficulté : ils achetaient bien des coques en surquota. Celui-ci, par exemple, reconnaît 150 tonnes en surquotas sur un total de 720 tonnes pour une saison. Les quatre professionnels l’assurent : ils « n’avaient pas le choix ». Celui-ci parle de « peur de représailles » s’il n’achète pas les coques. Tous disent qu’ils subissent la pression des pêcheurs. « Il y a une forte concurrence entre nous. Si on n’achète pas les coques en surquotas, le pêcheur ira chez le concurrent », explique cet autre.

Au Crotoy, deux gardes-jurés sont chargés de faire respecter la réglementation. « Ils ne sont que deux pour 350 pêcheurs, ils ne peuvent rien faire », commente ce prévenu. Son voisin dénonce le laxisme généralisé qui encourage les pêcheurs dans l’illégalité.

Les mareyeurs se sentent désunis face à l’inertie

Au cours du procès, les mareyeurs ont fait part de leur désarroi face à cette situation. « Tant que le système ne sera pas carré, ça continuera. Nous, tous seuls, on ne peut pas y arriver. Le problème est qu’on ne sait plus à qui s’adresser ». Ils réclament « des quotas cohérents avec des systèmes de contrôle efficaces ». Celui-ci voudrait que soit mise en place « une criée pour réguler le marché ».

Les avocats des prévenus ont dénoncé l’absence des autorités qui, dans cette affaire, n’agissent pas pour que les choses changent. « On a demandé au tribunal de résoudre un problème qui est avant tout politique : tant que ne sera pas mis en place un système de compensation ou de revenus minimum pour les pêcheurs, cela continuera », commente M e Jérôme Crépin.

Le seul pêcheur à pied poursuivi a expliqué ses difficultés : « Nous sommes obligés. Il y a des années où on ne fait rien. L’an dernier par exemple, tout le monde a crevé la dalle. On a des charges à payer ». Le président Laurent Manhes réagit : « Pour autant, est-ce que l’on doit piller les ressources naturelles ? »

Le substitut du procureur, Jean-Luc Soulhol, qui a regretté que les pêcheurs à pied en infraction n’aient pas été poursuivis, a requis des peines d’amende. « J’ai l’impression que le tribunal ne va rien régler. C’est aux Affaires maritimes de mettre de l’ordre dans la pêche aux coques du Crotoy ». Car selon lui, « rien n’a changé depuis ».
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