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Pêche en eau profonde, le "ouf" boulonnais

Dernière mise à jour le dimanche 22 décembre 2013

Article paru
sur le site "Les échos du Touquet" - 20 Décembre 2013
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Les professionnels de la place boulonnaise poussent un grand ouf de soulagement. Le Parlement européen a voté mardi matin en faveur du compromis et, donc, contre l’interdiction de chalutage en eaux profondes, par 16 petites voix d’écart (346 contre 322).

Pour 4 ans, la pêche en eaux profondes sera donc mieux encadrée, mais pas interdite. « C’est non seulement un bonne nouvelle pour les mareyeurs concernés, mais aussi pour les autres, car une telle interdiction aurait pu entraîner d’autres attaques des ONG sur la pêche européenne (chalutage notamment, drague...) », se réjouit le mareyage national et boulonnais. Il prévoit entre autres d’encadrer plus étroitement le chalutage des grands fonds, en protégeant les écosystèmes marins vulnérables, mais sans interdire ce mode de pêche. Une solution qui satisfait globalement les professionnels, mais laisse sur leur faim les lobbies écologistes.
Dans le détail, ce texte prévoit la création de deux types de zone : zones de pêche (délimitées selon les zones actuellement pêchées, avec donc un « gel de l’empreinte ») et zones de protection. Une étude cartographique réalisée dans l’année suivant l’adoption du texte, permettra d’exclure des zones de pêche les éventuels écosystèmes marins vulnérables. Et une évaluation est prévue au bout de 4 ans, sur les espèces et sur les fonds, avec si besoin une révision de la réglementation.
En coulisse, la bataille a fait rage. Les lobbies se sont livré à une véritable guerre de communication. D’un côté, les ONG environnementalistes, qui militent depuis des années pour la conservation des océans profonds. Fer de lance de ce combat, l’association Bloom, qui a reçu un soutien massif (et inattendu) du grand public grâce à une bande dessinée postée par Pénélope Bagieu sur son blog. En l’espace de deux semaines, la bande dessinée a fait le tour de Facebook et la pétition de Bloom, l’association écologiste de Claire Nouvian demandant l’interdiction de ce type de pêche, a recueilli près de 700 000 signatures. De l’autre, les professionnels, soutenus par leurs Etats respectifs, la France et l’Espagne principalement.
Au niveau local, pourtant, la réaction des écologistes se veut beaucoup plus nuancée. « Les ONG sont nécessaires mais elles adoptent parfois des positions de principe qui sont trop généralistes », commente Denis Buhagiar, d’Europe écologie les Verts. Et de préciser : « Toutes les espèces ne sont pas menacées et notamment celles pêchées par l’armement "boulonnais". En outre, ce dernier est entré dans une démarche de pêche responsable avec le label MSC (ndlr : le label MSC est une certification environnementale attestant que la pêcherie qui a prélevé le poisson certifié s’inscrit dans un principe de durabilité et de respect de l’environnement), cela signifie quelque chose. »
« Les ONG se trompent de combat »
Selon l’écologiste, les ONG se tromperaient de cible. « S’il y a aujourd’hui une pêche industrielle à condamner, c’est la pêche minotière qui réalise une ponction de près d’un million de tonnes de juvéniles et de poisson fourrage (lançons, sprat, etc), à la base de la chaîne alimentaire en mer du Nord. Personne n’en a rien dit dans le débat sur la réforme de la PCP, alors que cela concerne plus de 20 % des débarquements dans l’UE, sans doute parce que le Danemark et la Suède étaient d’ardents défenseurs de la privatisation et des projets de Maria Damanaki. Il paraît dérisoire de focaliser le débat, l’argent et les énergies sur quelque 4000 tonnes, quand l’ensemble de la mer du Nord est déstabilisé par la pêche minotière ». Mais il faut bien alimenter l’aquaculture tant vantée par la Commission européenne... N’empêche, si le Parlement européen a donné un peu de répit aux professionnels de la filière, le lobbying des ONG a quand même porté ses fruits.
« La mauvaise nouvelle, c’est qu’après Casino, Carrefour a décidé de retirer ces produits (d’espèces de grands fonds) de ses rayons. A quelques heures du vote, un tel geste a été perçu par beaucoup comme un acte politique, et non comme une décision commerciale. Cela ne risque pas d’améliorer le dialogue au sein de la filière, et cela en dit long sur la peur qu’inspirent les ONG aux GMS. », regrettent les mareyeurs.
C’est l’armement la Scapêche, basé en Bretagne, (Société centrale des armements Mousquetaires à la pêche), filiale d’Intermarché, qui est surtout montré du doigt. Premier armateur de France, la Scapêche est depuis des années le bouc émissaire des mouvements de défense des océans. À leurs yeux, elle a le tort d’être à la tête de 8 navires armés pour capturer des poissons d’eaux profondes.

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