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Pouces-pieds. Le trésor des inaccessibles

Dernière mise à jour le mardi 27 mai 2014

Article paru
sur le site "" - 20 Mai 2014
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C’est une pêcherie qui défraye plus la chronique pour ses braconniers (espagnols) que pour ses professionnels. Nous avons accompagné un pêcheur de pouces-pieds du Cap-Sizun pour comprendre l’originalité et la difficulté de cette traque au crustacé le plus étrange de nos côtes.

Jeudi 15 mai. Marée de 95. Basse mer vers midi. La baie de Douarnenez est calme sous le soleil. Les conditions semblent idéales. « On y va, mais ça sera peut-être juste », prévient Yves Prenel. Le rendez-vous a été pris à 8 h au petit port de Brézellec, dans le Cap Sizun. L’Hermine, un canot alu de 7,50 m, est au mouillage devant le port. Pour le rejoindre, il faut prendre l’annexe collective ou alors trouver un plaisancier qui fera un petit détour.

Yves Prenel est l’un des rares pêcheurs professionnels titulaire d’une licence pour le pouce-pied. « Il y a cinq licences ici, mais je ne vois jamais personne d’autre », confie-t-il.

La pêche au pouce-pied est une petite niche pour les professionnels locaux. « L’an passé, j’ai fait seulement une dizaine de jours », ajoute Yves Prenel, qui traque aussi la daurade, le maquereau...

Ce jeudi est seulement son deuxième jour au pouce-pied depuis le début de l’année. « La première journée, j’avais fait 45 kg et rapporté 380 € ». Pas la fortune pour le Capiste. Vu la petite quantité et l’irrégularité des apports, il n’a pas cherché de débouchés en Espagne où le crustacé est apprécié et dépasse allègrement les 50 € le kilo. Yves Prenel vend sa pêche à la criée d’Audierne. Le prix tourne entre 8 et 10 € le kilo.

Les mains en sang

Pas étonnant que les cailloux du Cap-Sizun ne soient pas vraiment grattés à ce prix-là. Le plus dissuasif reste l’accès aux zones de pêche, même par mer calme.

« C’est assez dangereux, confirme Yves Prenel. Il faut que je mouille mon bateau près du rocher avec toujours la peur qu’il bouge. Ensuite, je monte dans l’annexe pour aller sur le caillou ».

C’est parti. Passé l’abri de Brézellec, la houle se fait tout de suite sentir. Des tourbillons inquiétants blanchissent autour des roches. Il est 10 h. La marée sera au plus bas dans deux heures. Il est temps de sauter sur le rocher : le canot en plastique cogne violemment, s’écorche. Il faut bondir au moment ou la houle monte et s’accrocher aux roches qui écorchent les mains. La vague suivante a déjà trempé le téméraire. Voilà le pêcheur en poste sur le caillou découvert par la marée. Deux heures de boulot. Avec un burin affiné et un couteau à bout rond, le travail commence. Les pouces-pieds sont coincés dans les failles. Yves Prenel peste. Il a oublié ses gants. Il reviendra les mains en sang. Pour le moment, l’eau de mer insensibilise la peau. Les crustacés se décollent par grappes. Les plus beaux se trouvent sur des à-pics inaccessibles à cause du ressac. Tentant de prendre des risques.

40 kg

Midi approche. L’horaire est serré. Yves Prenel pourrait rester encore un peu, mais il faudra être à la vente de 16 h à la criée d’Audierne. Il est temps de se replier. Ce ne sera pas le plus simple. Quatre sacs d’une dizaine de kilos ont été remplis. Le pêcheur récupère l’annexe qu’il avait arrimée à la roche, jette les sacs à bord, puis, profitant encore de la houle, saute dans l’embarcation instable. Tout de suite, il prend la godille pour s’éloigner et se dirige vers l’Hermine. Le plus dur est fait. Le bateau revient au mouillage devant Brezellec. Il faut maintenant laver les pouces-pieds, enlever moules et algues. L’opération se fait à bord. Les trois caisses de criée remplie sont ensuite transférées à nouveau dans l’annexe, cap sur les marches taillées dans la roche du port. Il faudra encore les placer sur la plate-forme qui sera treuillée jusqu’au petit parking. Pas une minute à perdre.

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