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Pourquoi la lutte contre la pêche illégale est-elle un échec ?

Dernière mise à jour le mercredi 3 juillet 2013

Article paru
sur le site "Novethic" - xx Juin 2013
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Margot Stiles : Le marché des produits de la pêche est de plus en plus globalisé et complexe, et entraîne de plus en plus de dégâts. Il y a toujours eu une pêche qui ciblait les espèces menacées et violait les règles de protection. Mais aujourd’hui, l’appât du gain est encore plus fort, avec des exportations qui permettent de générer des profits énormes. Les braconniers ciblent en effet les espèces chères. On estime par exemple que quatre requins sur cinq seraient pêchés illégalement, ou encore la moitié des saumons. La persistance de la pêche pirate n’est pas surprenante compte-tenu des bénéfices qu’elle rapporte, notamment des produits de la mer hauts de gamme, et ce tout en échappant aux taxes et en s’acquittant d’amendes minimes.

Comment s’opère la pêche illégale ?

Notre étude insiste sur les liens entre la pêche illégale et l’approvisionnement en produits de la mer. Un cinquième des poissons pêchés illégalement est vendu aux consommateurs européens ou américains. Dans une précédente étude, nous avons montré grâce à des tests ADN qu’un tiers des poissons vendus aux États-Unis était mal étiqueté et distribué sous d’autres noms d’origine ou d’espèces.
La pêche illégale repose sur des tours de passe-passe. Les poissons pêchés frauduleusement sont collectés dans les cargos réfrigérés et mélangés aux stocks légaux. L’aquaculture fournit aussi un moyen de blanchir les poissons volés, en particulier les élevages de thon qui rachètent aux cargos de pêche les poissons en dessous des tailles réglementaires.

Pourquoi la lutte contre la pêche illégale obtient-elle si peu de résultats ?

Les efforts pour combattre la pêche illégale ont surtout cherché à prendre les criminels len flagrant délit. Or, c’est très difficile parce que les exactions se produisent à des kilomètres des côtes et la nuit. D’autant plus que de nombreux pays ne consacrent pas assez de ressource pour combattre les infractions. L’efficacité des organisations régionales de gestion de la pêche est également limitée, à l’image de leur volonté politique et de leur moyen. Même les navires qui sont inscrits sur les listes noires des organisations internationales ne sont interceptés qu’une fois sur quatre dans les ports.
On sait maintenant que ce qui est nécessaire est la traçabilité des produits de la mer, pour que chaque poisson puisse être suivi du bateau à l’assiette. Contrôler l’origine du poisson compliquera l’entrée du poisson illégal dans la chaîne d’approvisionnement. L’Union européenne a légiféré pour mieux contrôler la filière (1) et nous demandons aux États-Unis de faire de même.

Est-ce que le Code de conduite pour une pêche responsable, mis en place par la FAO en 2001, a permis d’améliorer les choses ?

Malheureusement, non. Ce code de conduite est volontaire, et les études récentes ont montré que le respect de ces recommandations est extrêmement bas. Cela dit, ce texte fournit des lignes directrices pertinentes pour les pays qui cherchent à améliorer la durabilité de leur pêche.

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