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Sauver les palétuviers pour protéger les poissons

Dernière mise à jour le lundi 30 juin 2014

Article paru
sur le site "Le Figaro" - 25 Juin 2014
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Des racines d’arbres dressées vers le ciel comme des rangées de herses quand d’autres s’arc-boutent au-dessus du sol, immenses tentacules en quête d’équilibre afin de supporter un tronc, ses branches et son feuillage. Les palétuviers, les seuls arbres au monde qui ont su s’adapter au milieu particulièrement hostile de l’eau salée, offrent un spectacle hors du commun : amphibie à marée haute, géants crochus lorsque la mer se retire. Sonny Tasidjawa est intarissable sur le sujet. Dans le petit village de Bahoi, à l’extrême nord de Sulawesi, la grande île indonésienne longtemps appelée Célèbes, ce membre de l’ONG locale Celibio veille sur les arbres. Le fruit de cinq années de discussions avec les villageois pour préserver ces forêts, interface entre la terre et la mer, dont de nombreux pays redécouvrent l’extraordinaire utilité.

Il y a quelques années, encouragé par le gouvernement indonésien, Bahoi avait été l’un des villages à accepter de créer une mini-aire marine protégée sur ses côtes. Lorsque les financements ont été suspendus, il est le seul à avoir persévéré. C’est ainsi que la fondation GoodPlanet, de Yann Arthus-Bertrand, l’a repéré avec l’appui d’Omega, l’un de ses partenaires depuis leur collaboration pour le film Planète Océan. Le soutien du village va durer trois ans, pour conforter la communauté dans son choix : restaurer la mangrove, les herbiers qui l’entourent et, plus au large, la barrière de corail.
Les mangroves sont soumises à une pression sans relâche

Les mangroves, qui occupent les trois quarts des côtes et deltas des régions tropicales (plus de 150.000 km2) dans quelque 120 pays dans le monde, sont soumises à une pression sans relâche. Pour la seule Indonésie, on estime qu’environ 2 millions d’hectares ont été détruits en vingt ans, soit près de la moitié de la superficie que comptait le pays. Et ce n’est pas fini. Les causes sont nombreuses : utilisation du bois comme combustible, projets immobiliers, pollution… Mais le plus dévastateur pour l’archipel a été la reconversion des bords de mer pour l’élevage de crevettes. Une situation d’autant plus terrible que certains élevages ont depuis disparu. Au sud de Sulawesi, sur le petit îlot de Tanakeke, GoodPlanet soutient ainsi un deuxième projet, « celui de replanter une mangrove qui a perdu 70% de sa surface depuis 1990 au profit de l’aquaculture, raconte Cédric Javanaud, docteur en biologie marine et représentant de la fondation pour la mer. Aujourd’hui, faute de rentabilité, 80% des bassins d’élevage sont abandonnés ».

L’intérêt des mangroves est largement documenté. « Exploitées durablement, elles fournissent de l’excellent bois, connu notamment pour résister aux insectes, elles servent à stocker le CO2, évitent l’érosion des côtes. Les arbres servent en quelque sorte de buvard pour le sel, ce qui évite que les puits qui se trouvent au bord de la côte deviennent saumâtres, insiste Cédric Javanaud. Quant à l’herbier, outre son intérêt pour les jeunes poissons, c’est aussi un formidable capteur de CO2. » Certaines études scientifiques tendent également à montrer que ces forêts de premier plan peuvent avoir un rôle protecteur en cas de tsunami ou de cyclones.
Une nursery pour les poissons et les crustacés

Mais pour les communautés locales, elles ont une autre fonction cruciale. Celle de nursery pour les poissons et crustacés, qui grandiront ensuite dans l’herbier avant de rejoindre la barrière de corail. Pour les pêcheurs de Bahoi, l’exploitation passée de la mangrove pour faire du bois de chauffe additionnée à des méthodes de pêches très destructrices de l’herbier ou des coraux, à l’explosif notamment, ont fait chuter la ressource. « Nous devons aller de plus en plus loin en mer pour trouver du poisson, raconte Maxi Lahading, l’un des pêcheurs du village, mais nous n’avons pas l’argent pour payer le fioul nécessaire pour le bateau. » Or sur 480 habitants, 100 sont pêcheurs.

La mise en place de l’aire marine protégée doit permettre aux poissons de se reproduire et de grandir. « C’est comme une banque, s’amuse l’un des habitants, les poissons y sont protégés, mais quand ils en sortent, on peut les attraper. » « J’ai pêché un jeune thon aux abords de la réserve marine, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps », se félicite Maxi Lahading. Akbar A. Digdo, de l’ONG locale Yapeka, se veut plus prudent : « Au dire des pêcheurs, les poissons reviennent, mais nous devons le confirmer par des données scientifiques. »

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