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Si on ne fait pas de paris, on sera en panne d’innovation

Dernière mise à jour le mardi 5 mars 2013

Article paru
sur le site "Monde Sciences" - 28 Février 2013
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Le physicien Pierre Papon a été directeur général du CNRS et président de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). Dans son livre Bref récit du futur (Albin Michel, 2012), il dresse un inventaire de ce que la science et la technologie pourraient apporter à l’horizon 2050 pour répondre aux défis qui se posent à l’humanité. Dans un grand entretien présenté en introduction du hors-série "Futur" publié par Le Monde, il décrit l’exercice prospectif auquel il s’est livré. Extraits.

Qu’est-ce que la prospective ? Tout d’abord, il faut préciser ce qu’elle n’est pas. La prospective, ce n’est pas de la prévision : on explore des sentiers possibles vers l’avenir, qui sont chaotiques, totalement incertains. Et donc on fait des hypothèses sur des évolutions, ou des scénarios à vingt, trente, quarante, cinquante ans, voire le siècle. (...) Je crois à la nécessité de la prospective parce qu’elle est une partie du processus de décision, notamment pour faire des paris sur l’avenir dans le domaine de la science et de la technologie. Si on ne fait pas de paris, on sera en panne d’innovation. (...)

Comment procède-t-on ? Il n’y a pas de méthode scientifique. Pour faire de la prévision technologique, il y a ce qu’on appelle les Delphi, où vous interrogez des experts, par exemple : "Quand pensez-vous que la fusion thermonucléaire va pouvoir être appliquée ?" Alors certains disent 2030, 2040, 2050. Moi j’ai tendance à dire : "Probablement jamais." Vous êtes sur une question un peu fermée, prisonnier d’une technique. Ces méthodes étaient souvent utilisées par les Américains ou les entreprises qui travaillaient notamment pour la défense ou l’aviation, là où l’avenir est, disons, à peu près programmable, même si vous savez que vous avez des verrous à faire sauter sur le plan technique

Mais, dans la plupart des domaines, ce genre de méthode ne marche pas. Alors, comment est-ce que je procède ? Eh bien, je pars des publications scientifiques, de livres, j’interroge un certain nombre de scientifiques. L’idée est, un peu comme un géologue, de repérer où des ruptures, des changements de paradigme pourraient se produire. (...)
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