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Surmortalité. « Vers une sortie de crise »

Dernière mise à jour le jeudi 29 décembre 2011

Article paru sur le site "Le Télégramme" - Mardi 27 Décembre 2011
Visualiser l’article original



Surmortalité. « Vers une sortie de crise »

Edouard Bédier, chef de la station Ifremer de La Trinité-sur-Mer, est confiant : les recherches sur la surmortalité qui touche les jeunes huîtres creuses aideront la profession à sortir de la crise.

Quel est l’impact réel de la surmortalité sur la production en Bretagne-Sud ?
Le phénomène est stable depuis 2009 : la surmortalité touche environ 70% des naissains, c’est-à-dire des huîtres de moins d’un an, avec des variations très importantes d’un secteur à l’autre.

Est-ce qu’on en sait plus aujourd’hui sur les causes de cette surmortalité ?
Un variant du virus communément appelé l’herpès de l’huître, et connu en France depuis 1991, a émergé en 2008 et est associé aux surmortalités actuelles. Les causes de l’émergence de cette nouvelle forme de virus ne sont pas clairement identifiées. L’urgence est d’abord de trouver des solutions à la crise.

Quelles sont les pistes pour lutter contre cette surmortalité ?
L’huître est un organisme qui n’a pas de défenses immunitaires. Il est donc impossible de le vacciner. Le virus est là et on ne peut pas l’éradiquer. Dès lors, on peut travailler sur deux aspects : 1. Faire évoluer les pratiques culturales (cheptel sain, transfert raisonné, concentration allégée) ; 2.Essayer de rendre l’huître plus résistante.

Comment fait-on pour rendre l’huître plus résistante ?
On peut implanter de nouvelles populations de la même espèce (crassostrea gigas), venues de l’étranger. Cette piste présente notamment l’inconvénient de pouvoir apporter d’autres agents pathogènes. L’autre solution est de sélectionner les huîtres les plus résistantes, à partir des écloseries et en repeuplant progressivement les bancs naturels. Nos études démontrent que ça marche : lorsqu’on fait se reproduire entre elles les 30% d’huîtres qui résistent au virus, on obtient des naissains plus résistants.

D’où viennent les tensions entre Ifremer et les professionnels, ces dernières années, sur le sujet ?
D’abord, le temps de la production ostréicole n’est pas le même que celui de la recherche scientifique, d’où une certaine impatience. On a aussi affaire à différentes conceptions de l’ostréiculture. D’un côté, on nous demande une solution scientifique, et de l’autre, on nous dit de laisser faire la nature.

Comment voyez-vous l’avenir ? On peut légitimement espérer s’orienter vers une sortie de crise à l’horizon 2015. Il faut croire en la capacité de l’huître française à s’adapter.

Propos recueillis par Mathieu Pélicart


Une chercheuse sur le terrain

La chercheuse indépendante Hélène Cochet travaille sur les techniques d’endurcissement des naissains, avec les ostréiculteurs de la région.

La biologiste marine Hélène Cochet, 34 ans, s’est mise à son compte en 2004, à Locoal-Mendon. À l’époque, elle commence à travailler sur le suivi de la reproduction de l’huître plate, pour le compte du Comité régional conchylicole (CRC) de Bretagne-Sud. « Avant, on faisait du captage de naissains dans le pays d’Auray, mais après deux épizooties les ostréiculteurs se sont reportés sur l’eau profonde, rappelle la jeune chercheuse. Ces dernières années, les captages sont mauvais et on cherche à savoir pourquoi ». Depuis 2007, elle sous-traite aussi pour Ifremer le suivi de la reproduction de l’huître creuse en baie de Bourgneuf et en rade de Brest.

Nouveaux débouchés

Parallèlement, avec l’association Cap 2000, qui regroupe agriculteurs et ostréiculteurs, et le laboratoire Armeria (Riantec), elle évalue la potentialité du captage de naissains dans la rivière de Pénerf et en baie de Vilaine. « Il faut une température de 20ºC pour que la larve de l’huître creuse se reproduise. Ça peut être possible certains étés chauds et offrir peut-être de nouveaux débouchés à la profession ». Mais ce qui fait l’actualité en ce moment, c’est son projet d’étude sur la mortalité des jeunes huîtres creuses. « Ça répond à une forte demande de la profession. Les ostréiculteurs ont besoin de réponses techniques qu’Ifremer ne peut pas leur apporter ». Hélène Cochet développe avec eux une technique d’endurcissement des naissains. « En plaçant les poches plus haut sur l’estran, on limite la croissance de l’huître pour favoriser sa résistance ».

Des résultats encourageants

Les essais réalisés à l’été 2010 sont « assez satisfaisants » : « D’un taux de 70% de mortalité, on est redescendu à 55-60% ». Une technique pas forcément avantageuse pour le rendement de la production. « Plus on redescend les huîtres tôt, plus elles rattrapent leur pousse. Il s’agit maintenant de trouver un juste milieu. Ça dépendra aussi des étés ». Car l’huître creuse semble plus sensible au virus lorsque la température de l’eau est élevée. Ailleurs en France, les études de certains centres techniques aquacoles viennent confirmer ces résultats. Un centre technique qui manque cruellement à la profession en Bretagne.

M.P.


Ifremer : la station de La Trinité surveille le milieu et la ressource

Créé en 1984, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) est un établissement public à caractère industriel et commercial (Epic). Outre les cinq grands centres de Brest, Nantes, Toulon, Boulogne et Tahiti, il déploie sur le littoral français de nombreuses stations spécialisées.

Missions opérationnelles

Celle de La Trinité-sur-Mer est un laboratoire « environnement et ressource » aux missions très opérationnelles. Depuis 2006, par exemple, elle intervient pour la reconquête du bon état écologique, dans le cadre de la directive-cadre sur l’eau. Concrètement, la station a deux missions : 1. Le suivi sanitaire et réglementaire pour le consommateur ; 2. le suivi de la ressource et de la qualité des coquillages. À travers des prélèvements réguliers, elle surveille les rejets issus de l’activité humaine (agriculture, réseaux d’eau et d’assainissement) et la présence de toxines naturelles. Elle doit aussi apporter des outils aux professionnels, pour les aider à mieux gérer la ressource, comme dans le cas de la surmortalité qui touche les naissains d’huîtres (lire ci-dessus).

20 personnes

Pour ce faire, la station de LaTrinité dispose de deux bateaux et d’une vingtaine de collaborateurs : chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs. Elle peut aussi faire appel à des sous-traitants, comme la chercheuse Hélène Cochet (lire ci-contre).



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