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"Tara-Océans" : navigation de l’extrême dans le passage du Nord-Est

Dernière mise à jour le mercredi 21 août 2013

Article paru
sur le site "La Croix" - 15 Août 2013
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La goélette océanographique Tara, partie de France le 19 mai pour un tour complet d’Est en Ouest de l’océan Arctique afin d’en étudier l’écosystème marin, est bloquée depuis 48H par la banquise en plein passage du Nord-Est, par 78° Nord, à l’extrémité septentrionale de la Sibérie Orientale.

Les 7 membres d’équipage et les 7 scientifiques du bord (océanographes, biologistes marins) doivent prendre leur mal en patience. Tara est immobilisée en eau libre à l’entrée du détroit Vilkitski, long d’une centaine de km et large d’une cinquantaine, entre le cap Tcheliouskine et l’île Bolchevik, passage obligé vers l’Est entre les mers de Kara et des Laptev, mais encore totalement bloqué par la banquise au mois d’août cette année.

"Plusieurs autres gros bateaux sont également immobilisés, ainsi qu’un brise-glace russe, a indiqué à l’AFP par téléphone satellite, le capitaine de Tara, Loïc Valette. L’année dernière à la même époque, le détroit était navigable, mais cette année, la débâcle de la banquise d’été permettant la navigation pendant trois mois dans le passage du Nord-Est a pris du retard".

Cette permanence de la banquise dans le détroit Vilkitski en août, s’explique par le printemps extrêmement froid qu’a connu l’Arctique cette année : "les grands fleuves sibériens comme l’Ienisseï et la Lena qui apportent dans l’océan glacial de l’eau plus chaude, ont fondu avec deux à trois semaines de retard, a expliqué à l’AFP Christian de Marliave, scientifique spécialiste des pôles. Ce décalage dans le temps s’est trouvé répercuté sur la débâcle de la banquise d’été le long des côtes de Sibérie".

François-Joseph, la perle de l’Arctique

C’est encore une fois la nature et elle seule qui décidera de la poursuite de la circumnavigation arctique de la goélette, une course de 25.000 km, qui doit dans un mois, de l’autre côté du pôle Nord, franchir fin septembre dans les confins glacés du grand nord canadien, le passage du Nord-Ouest, entre ce pays et le Groenland.

Seuls deux voiliers de plaisance ont réussi à ce jour le tour complet de l’Arctique en été, par les passages du Nord-Est (Russie) et Nord-Ouest (Canada).

Mais s’ils sont actuellement immobilisés, les scientifiques de Tara ne sont pas inactifs : "nous en profitons pour réaliser de nouvelles stations de prélèvement de plancton en lisière de banquise, là où ces micro-organismes, objet de notre mission d’étude, sont foisonnants", a indiqué Loïc Valette.

Avant de venir buter contre le mur de glace du détroit Vilkitski, les "Taranautes" ont découvert au septentrion de la Sibérie, "la perle de l’Arctique", l’archipel François-Joseph et ses 191 îles inhabitées, à moins de 1.000 km du pôle Nord géographique.

"Nous avons navigué au radar, sur la chaussée des icebergs géants, dans un brouillard à couper à la hache, a raconté le capitaine de Tara. Pâle et improbable clarté du jour permanent... Ecran radar constellé de taches vertes signalant les monstres de glace de toutes formes et sculptures... Navigation de l’extrême et extrême vigilance à très petite vitesse..."

Mais les 14 "copains du bord" ont vite été récompensés de leurs parcours à travers ce champ de mines glacé. Le Noroît s’est levé et a balayé l’océan de ouate en suspension, faisant surgir des flots les côtes de l’archipel couvertes d’immenses glaciers se jetant dans la mer.

Avec ses 36 mètres de long et ses mâts de 27 mètres, Tara a slalomé comme un bateau modèle réduit, le long de titans glacés et dérivant dont certains dépassaient la centaine de mètres de hauteur.

Puis vinrent les cris des oiseaux marins qui par milliers nichent sur le littoral de François-Joseph, au creux des corniches basaltiques, guillemots, mouettes miroir et goélands, mergules nains ou pingouin (à ne pas confondre avec les manchots de l’Antarctique)...

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