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Tara Océans : un succès qui pose questions

Dernière mise à jour le mardi 10 avril 2012

Article paru sur le site "Libération" - Mardi 03 Avril 2012
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Tara Océans : un succès qui pose questions

Le navire Tara est revenu samedi à son port d’attache, Lorient, de retour d’une mission autour du monde de deux ans et demi.

Un retour en fanfare - en bagad plutôt - dans une atmosphère de fête sublimée par un temps estival. Une fête complètement justifiée puisque la mission est un succès presque total. Les capitaines Hervé Bourmaud et Loïc Vallette se félicitent d’avoir ramené le navire - tout juste un peu cabossé - en bon état et de n’avoir enregistré aucun accident, après 115.000 kilomètres de navigation. Mais la réussite va bien au-delà.

Au delà par l’extraordinaire écho de la mission, des 19.000 scolaires qui l’ont suivi sur internet, des 5.000 enfants qui on visité le navire aux escales, de la venue à bord du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, lors de l’escale à New-York.

Mais surtout par le succès de son objectif scientifique principal : la récolte d’une banque de données planctoniques dans la plupart des écosystèmes marins. A bord du Tara, immobilisé à quelques centaines de mètres de l’île de Groix dans l’attente du sprint final vers le port de Lorient, Chris Bowler (ENS/Cnrs), l’un des coordinateurs scientifiques, en donne les chiffres clés : « 650 descentes de la rosette (un ensemble de cylindres permettant de prélever de l’eau à différentes profondeurs) jusquà’ 1000 mètres, 30.000 échantillons de plancton congelés, aujourd’hui bien conservés en laboratoire, le tout sur 150 stations dans la plupart des mers du globe. »(photo ©M.Ormestad Kahikai Tara Oceans)

Recueillies dans les filtres de 10 nanomètres à deux millimètres, les virus, bactéries, protistes, oeufs, larves, micro-algues du plancton. Un plancton qui peut compter 10 milliards de virus et dix millions de bactéries par litre. Des premières analyses génomiques sur une trentaine de stations réparties en latitude, Chris Bowler retient un résultat préliminaire pour le moins étonnant : il n’y aurait qu’un million d’espèces de protistes (des êtres unicellulaires à noyau d’ADN) dans le plancton de la zone photique, entre 0 et 100 mètres environ de profondeur. En revanche, le rapport entre ce nombre et celui des bactéries et des virus demeure inconnu.

Cette collection présente des caractéristiques exceptionnelles qui en font un trésor scientifique unique.

Réalisée en moins de trois ans, elle offre donc une simultanéité qui, bien exploitée, peut donner un état de référence au regard des évolutions futures des écosystèmes marins, bousculés par la surexploitation, les pollutions, le changement climatique et l’acidification des océans.

Réalisée dans des conditions standardisées, avec un seul équipement (rosette (photo à gauche), filtres), elle offre une collection dont les composantes sont comparables facilement. Réalisée en enregistrant soigneusement les paramètres physico-chimiques océaniques (température, salinité, profondeur, propriété optique de l’eau...) du lieu de prélèvement, elle permet de les relier aux descriptions futures des micro-organismes (virus, bactéries, larves, oeufs, protistes...) et des écosystèmes. Au delà même de ces paramètres, ce sont les situations précises de ces lieux de prélèvement relativement aux courants, fronts, à la topographie dynamique, grace au routage de précision de Sabrina Speich (professeur à l’Université de Bretagne Occidentale) en utilisant les données satellitaires tout au long de l’expédition, qui donneront tout leur sens aux travaux futurs.

Toutefois, cette collection n’est pas le but scientifique de l’expédition, elle n’en constitue que le préalable. L’objectif scientifique, établi il y a plusieurs années en particulier par Eric Karsenti (EMBL, laboratoire européen de biologie moléculaire de Heidelberg), consiste à étudier la biodiversité marine en se concentrant sur les protistes (unicellulaires eucaryotes où l’ADN est dans un noyau à la différence des bactéries) à l’aide d’imagerie cellulaire, de cytométrie et, surtout, d’un séquençage massif suivi d’une analyse des données génétiques et moléculaire tout aussi massive.

Cet objectif central, auquel se sont ajoutées d’autres missions sur les procaryotes (bactéries), les diatomées, les coraux... (voir ici une présentation exhaustive des équipes scientifiques de Tara Océans), suppose la mise en oeuvre de moyens lourds - en machines et en équipes, à la suite de l’expédition, afin d’en utiliser la collection planctonique. Pour l’instant, ils ne sont pas réunis.

Certes, le projet Oceanomics a été financé à hauteur de sept millions d’euros pour huit ans, qui serviront en particulier au Centre national de séquençage (Evry) dirigé par Jean Weissenbach, une belle récompense pour Colomban de Vargas qui le coordonne et le Cnrs qui a porté ce projet.

Il faut toutefois remarquer que la présentation officielle d’Oceanomics est pour le moins problématique. « Le projet s’appuiera sur des collaborations avec des partenaires industriels afin, notamment de transférer les nouvelles technologies et méthodes de séquençage/imagerie haut-débit à des études de cas en biomonitoring aquatique et de cribler des souches de choix pour leur composés bioactifs d’intérêt pharmaceutique, nutraceutique, en aquaculture, cosmétique, et dans les secteurs de l’agriculture et de l’environnement.

La banque des organismes marins stockés dans les laboratoires partenaires représentera une ressource pour les applications industrielles. Plusieurs industriels de l’environnement, de la cosmétique, des biocarburants et des produits nutraceutiques se sont associés au projet. Les résultats vont également avoir un impact dans le domaine de l’aquaculture. »

L’enjeu de connaissance de la biodiversité marine et du fonctionnement des écosystèmes planctoniques a complètement disparu... non du projet réel d’ailleurs, mais de son habillage destiné à justifier son financement dans le cadre des investissements d’avenir. Comme s’il était devenu impossible de présenter l’objectif de connaissances comme justifiant un investissement important. La connaissance est devenue un gros mot dans le discours officiel. Et l’on reprend sans précaution un discours de promesses d’applications, qui a déjà montré ses limites avec les programmes d’études des bactéries des abysses.

Bien sûr, il est tout à fait possible qu’en étudiant la biodiversité marine, en cherchant à la comprendre, les scientifiques découvrent des molécules et des gènes d’intérêts industriels ou pharmaceutiques. Et c’est même souhaitable. Mais cette réduction du programme à ses retombées possibles en économie, industrie et santé indique à quel point la gangrène de l’utilitarisme le plus primaire - et donc le moins efficace en termes d’applications, c’est tout le paradoxe de la situation - a pénétré notre système de recherche.

Ce discours réducteur en totale contradiction avec les propos tenus par les scientifiques à l’origine du projet est d’autant plus regrettable que ces 7 millions d’euros ne sont qu’une petite partie de ce qu’il faut mobiliser pour s’attaquer au séquençage massif et à l’analyse - du génome à l’écosystème - des échantillons de plancton collectés.

Franc Pattus, de l’Institut des sciences biologiques du Cnrs, m’informe que d’autres financements destinés à la recherche fondamentale devraient provenir d’autres programmes des Investisements d’Avenir tels que les infrastructures en biologie santé (France génomique pour le séquençage, EMBRC France pour la biologie marine).

Pour mobiliser les ressources nécessaires à une telle ambition, il faut passer au niveau d’un consortium mondial, réunissant les centres de séquençages les plus performants et un grand nombre d’équipes scientifiques. L’affaire dépasse en volume ce qui a été fait pour le génome humain. L’organisation d’un tel consortium - comparable à la mise sur pied du Programme mondial d’étude du climat par exemple - suppose que la communauté des biologistes marins s’empare du sujet, de l’offre que constitue cette collection, afin de la valoriser au mieux.

Le paradoxe de cette réussite est que le résultat du pari un peu fou de l’équipe de scientifiques qui a su saisir au bond l’opportunité présentée par la mise à leur disposition de Tara par ses mécènes (Agnes b et l’ensemble des financeurs publics et privés de Tara Océans) suppose de passer à une toute autre dimension pour exploiter à fond le succès de l’expédition.

Est-ce que la communauté scientifique concernée - biologistes marins, responsables des centres de séquençage, dirigeants des organismes de recherche - sera capable de dépasser des réticences initiales devant l’apparent "bricolage" de la mission ? Les réactions pour le moins divergentes à l’intérieur même du Cnrs - la mission a été bien supportée par l’Institut Ecologie et Environnement dirigé par Françoise Gaill, et par l’Institut des Sciences Biologiques, dirigé par Patrick Netter (tous les deux à Lorient) mais non par l’INSU - montrent que l’affaire est loin d’être jouée. Est-ce qu’il sera possible de convaincre les responsables politiques de la nécessité d’un financement de haut niveau pour la connaissance des océans, sans en survendre les applications immédiates ? L’argumentaire même laisse songeur... Ces questions sont posées. Les réponses viendront dans les années qui viennent.

Eric Karsenti (à gauche, ©F. Latreille_Fonds Tara) a déjà tiré une leçon de cette aventure. Le jour du retour de Tara à Lorient, il expliquait que cette mission scientifique n’aurait jamais pu être lancé par un appel d’offre compétitif, du type de l’Agence nationale de la recherche même si l’ANR a donné des crédits par la suite, une fois l’opération lancée. Puisque tout le monde s’accorde aujourd’hui à considérer que c’est un grand succès, peut-être faudrait-il en tirer la conclusion logique : il faut rétablir les financements directs aux laboratoires et organismes de recherche afin de permettre à leurs directions de démarrer de tels projets, ambitieux et innovants.



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