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Tempêtes. Les experts sur la brèche

Dernière mise à jour le lundi 13 janvier 2014

Article paru
sur le site "" - 12 Janvier 2014
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rogramme scientifique français né en 2010, Cocorisco sert à mieux comprendre et à anticiper les risques liés au littoral. Une trentaine de scientifiques, dont des Brestois et des Morbihannais de l’UBS, participent à ce projet interdisciplinaire. Récemment les dernières tempêtes leur ont donné du fil à retordre.

Mercredi dernier. Brigitte Van Vliet-Lanoë, géologue et directeur de recherche au CNRS, arpente la plage de La Torche (29) malmenée par les coups de tabac successifs. Ce chercheur du CNRS prend une multitude de photos et consigne, par écrit, ses premières constatations. « J’étudie ce secteur depuis longtemps. Comme d’autres confrères du programme Cocorisco (pour Connaissance, compréhension et gestion des risques côtiers). Regardez ces épaisseurs, explique-t-elle en montrant du doigt des couches de sable stratifié. Elles datent de 1052. Cette année-là, une énorme tempête avait touché la Bretagne et l’Irlande. Dans ce pays, des écrits ont été retrouvés mentionnant cet épisode tumultueux. Des historiens nous en ont fait part. Cocorisco, c’est un programme vraiment transversal auquel contribuent des scientifiques et universitaires de divers horizons ».

Hier, de retour dans son labo de l’Institut universitaire européen de la mer, à la pointe du Diable, à Plouzané (29), la géologue a retrouvé ses collègues, ses bases de données et son ordinateur. À ses côtés, Alain Hénaff, coordinateur scientifique du projet, revient sur la philosophie de ce programme. « Cocorisco a été créé en 2010 dans le but de mieux cerner l’évolution du trait de côte. De mieux comprendre ce qui est vulnérable pour le littoral. Une des finalités étant d’aider les collectivités à prendre des décisions en cas de risque avéré ».Plusieurs zones névralgiques - surtout dans le Sud-Bretagne, zone la plus exposée - ont été retenues : Pénestin (44), Le Tour-du-Parc (56), l’Ile-Tudy et Combrit, l’île de Sein et Guissény (29). Ces périmètres ont été élargis au Pays bigouden et à la baie d’Audierne.

Plongée dans l’histoire

Outre les nombreux relevés faits sur l’estran (dont des points GPS), des études topographiques sous-marines sont effectuées en mer pour mieux comprendre les phénomènes de sédimentation. Les chercheurs ont aussi pris le pari de remonter le temps. « On utilise beaucoup les archives. Notamment les anciennes cartes établies par les ingénieurs du roi. Ou encore la littérature. Ainsi, en lisant « La Guerre des Gaules » de Jules César, on apprend que la Bretagne a été touchée par deux très fortes tempêtes en 54 et 52 avant JC ».Tous ces éléments permettent aux scientifiques de modéliser les phénomènes. Il en ressort que le trait de côte, sous l’effet de la montée du niveau de la mer et des coups de vent, recule inexorablement depuis des siècles. Mais pas comme on pourrait le croire. Les périodes de retrait étant entrecoupées de phases d’aggradation ou reconstitution sédimentaire. « C’est ce qu’on a connu l’été dernier, par exemple. Le beau temps et la mer calme ont permis aux dunes de se reconstituer ».Et ce, malgré la baisse du stock de sédiments, comme l’explique Alain Hénaff. « Depuis quelques années, nous assistons à une pénurie d’apports sédimentaires par les cours d’eau qui nourrissent le littoral en sable. C’est dû, notamment, à la période chaude dans laquelle nous vivons qui ne permet pas la gélifraction, ou fracturation des pierres par le gel lors de l’âge de glace. Première étape vers la constitution des sables ».

La nature contrariée

Il faudra être patient pour que les choses reviennent à la normale. Car d’après les modélisations des scientifiques, la prochaine période de rafraîchissement du climat devrait intervenir vers 2100. Le prochain épisode de froid intense, de type âge de glace, est, lui, prévu dans 60.000 ans.À la fin de l’année, le programme Cocorisco prendra fin. Pour autant, les scientifiques ne déserteront pas le trait de côte. « Le problème, ce ne sont pas les tempêtes. La nature, si elle n’est pas contrariée, gère très bien les choses. La croissance des risques n’est pas, en effet, liée à la fréquence et à la puissance des tempêtes. Mais à l’occupation humaine et aux constructions qui ont été édifiées en dépit du bon sens », conclut Alain Hénaff.

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