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Thon rouge. Retour sous haute surveillance

Dernière mise à jour le jeudi 13 novembre 2014

Article paru
sur le site "Le Télégramme" - 12 Novembre 2014
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Le thon rouge a opéré un retour spectaculaire en Méditerranée et dans l’est de l’Atlantique, mais cela ne signifie pas qu’un stock durable soit déjà rétabli, met en garde Sylvain Bonhommeau, chercheur en écologie marine à l’Ifremer, à Sète.
Sylvain Bonhommeau est membre du comité scientifique de la Cicta, organisation des pays pêcheurs chargée cette semaine de renouveler le quota de pêche du fameux poisson largement exporté vers le Japon.
Que peut-on dire de la situation du thon rouge, qui il y a moins de dix ans a manqué de se retrouver sur la liste des espèces menacées de l’ONU ?
On a énormément de signes positifs, à travers les captures et, dans une moindre mesure, des campagnes de type suivis aériens dans le Golfe du Lion. En intégrant le tout dans nos modèles, on arrive à 550.000 tonnes de reproducteurs (on était tombé à 150.000 au milieu des années 2000, ndlr). Pourquoi ?
On est passé de 55-60.000 tonnes pêchées par an à la fin des années 90/début 2000 à un quota de 13.500 tonnes : on a divisé pratiquement par cinq le nombre de poissons pêchés ! On pouvait s’attendre à ce que la population reparte.
Mais après, la question c’est « le stock s’est-il rétabli ? Est-il capable de se renouveler ? »
Et là, on ne peut pas encore répondre. Des signes peuvent nous dire que oui mais on n’est pas à 100 % sûr s’il sera rétabli cette année, ou s’il va l’être dans un, deux, trois ans...
Pourquoi cette prudence ? Que recommandez-vous dès lors aux Etats ?
C’est tout le problème que d’avoir des modèles basés sur des données de pêcheries et pas des données scientifiques, dont on maîtrise le protocole. Par exemple nous n’avons plus d’information sur les petits thons pêchés par les canneurs espagnols, qui depuis deux ans vendent leurs quotas aux senneurs (pêcheurs industriels, ndlr). On a la même chose sur les madragues espagnoles (mode de pêche traditionnel), qui l’an dernier n’ont pas autorisé l’accès aux scientifiques.
Nos modèles sont basés sur sept indices, et six sur sept ont changé. L’explosion que vous voyez est donc à prendre avec des pincettes. On a moins d’incertitude sur un marché boursier que sur une valeur de biomasse féconde du thon rouge... C’est pour ça que ça reste assez flou et qu’on recommande soit un maintien du quota, soit une augmentation « modérée et graduelle ». Juste ne passez pas de 13.500 tonnes à 30.000 d’un seul coup, car on ne sera pas capable de voir les effets sur la population avant deux-trois ans.

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