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Toulon : l’une des plus belles épaves du monde va livrer son secret

Dernière mise à jour le jeudi 26 janvier 2012

Article paru sur le site "Var Matin" - Lundi 23 Janvier 2012
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Toulon : l’une des plus belles épaves du monde va livrer son secret

Sa découverte le 15 mai 1993 avait causé l’émoi dans le monde de l’archéologie sous-marine. En plongée au large de Toulon, le submersible d’Ifremer « Nautile » s’était alors retrouvé par un incroyable hasard face à un trésor enfoui à 90 mètres de profondeur : l’épave de « La Lune », vaisseau trois mâts de Louis XIV. Un navire oublié depuis son naufrage en 1664, au sud-ouest de la pointe de Carqueiranne. À son bord : ses 48 canons, l’intégralité de ses équipements et les dépouilles de près d’un millier d’hommes en arme. Pendant les 19 ans qui suivirent, faute de moyens techniques et financiers pour organiser des fouilles, l’épave avait pourtant été laissée là, en l’état. Ses 42 mètres de long tout juste authentifiés dans la vase. À peine scrutés. Vaguement « cocoonés » par les autorités. Depuis 1994, un arrêté préfectoral interdit ainsi toute plongée sur le site. La grande profondeur du gisement tenant de toute façon à l’écart les pilleurs amateurs.

La DRAASM ne pense qu’à La Lune

Mais durant tout ce temps, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), organisme du ministère de la Culture qui veille aux destinées des patrimoines immergés, n’a jamais cessé de penser à « sa Lune ». Jusqu’à ce que l’évolution des techniques de fouille et la réunion d’une logistique importante ne lui permettent enfin d’en envisager l’étude. Ce sera le cas fin mars : une première campagne d’expertise va être réalisée sur place avec les moyens conjugués - et inédits - de la DRASSM, d’Ifremer et de la Marine nationale. Après 350 ans d’obscurité, l’éclipse de « La Lune » va prendre fin. Pour Michel L’Houre, directeur de la DRASSM qui pilotera les opérations, il s’agit d’un Graal : « L’intérêt de " La Lune " ? Allez demander aux amateurs de peinture pourquoi ils cherchent à voir la Joconde… On parle là d’un navire royal. » Et si elle ne renferme ni vases Ming ni or inca, l’épave serait, pour Michel L’Houre, « l’une des plus belles au monde ». Mieux : « Un Pompéi sous-marin » !

Une épave préservée des pilleurs

Son naufrage soudain et sa préservation de l’avidité des plongeurs en feraient une relique dans un état de conservation « impressionnant ». Ce, malgré quatre siècles passés dans les abysses de la Méditerranée. Du coup, France 3 et Thalassa ont déjà prévu de poser leurs caméras sur les lieux de l’exploration. Tout comme Arte, qui devrait diffuser un documentaire de 90 minutes au printemps sur ces recherches tant attendues. Mais ce ne sera là qu’une première étape. Car après ce « constat d’état » qui devrait durer une quinzaine de jours, une deuxième phase de fouilles importantes est déjà en projet. Ni sa date ni sa durée ne sont arrêtées, mais celle-ci pourrait se prolonger des mois. Car la DRASSM n’a désormais qu’un objectif : plonger sur la Lune. Et l’éclairer pour l’éternité.


La Lune et le Roi Soleil

En 1663, exaspéré par les pirates en Méditerranée, le roi Louis XIV décide de résister à l’empire Ottoman qui les emploie. Il envoie une armada pour protéger ses intérêts et s’emparer du port de Djidjelli, dans l’actuelle Algérie. Mais après une guerre de six mois contre les Kabyles et les Turcs, le Roi Soleil doit se rendre à l’évidence d’une cuisante défaite. Sa flotte quitte le port précipitamment. Appelée en renfort pour évacuer les troupes en déroute, « La Lune », vaisseau en mauvais état construit sous Richelieu 23 ans auparavant, arrive à Toulon le 6 novembre 1664 surchargée d’hommes.

« La Lune coula comme un bloc de marbre »

On lui refuse pourtant le droit d’accoster, sous prétexte qu’elle pourrait amener la peste dans la ville. Il est donné l’ordre au navire et au millier d’hommes du régiment de Picardie à son bord de se mettre en quarantaine sur l’île de Porquerolles. Qu’importe si le bateau prend l’eau de toute part : un expert envoyé sur le pont déclare que « La Lune » peut encore faire le tour du monde ! Mais alors que le navire avait traversé « la belle bleue » sans encombre, un dernier coup de mer a raison de sa structure. Selon le témoignage du Duc de Beaufort, cousin du roi qui croise le navire en rentrant d’Alger, « La Lune coula comme un bloc de marbre ». Plus de 900 hommes périrent noyés. Et la centaine de rescapés qui serait parvenue à regagner Port-Cros y serait morte de faim. Selon les historiens, il n’y aurait eu, en tout, qu’une vingtaine de survivants.


Des moyens techniques inédits

La DRASSM va étrenner sur l’épave son nouveau navire de recherche ultra-moderne : l’André-Malraux. Baptisé demain mardi à La Ciotat, le bateau effectuera ses premiers essais sur le site où ses moyens de levage seront précieux. Côté Marine nationale, la Cellule plongée humaine et intervention sous la mer (CEPHISMER) apportera sa contribution dans le cadre de l’entraînement de ses plongeurs et de la requalification de son matériel. Un bateau support, un robot et un scaphandre seront utilisés. Des moyens militaires d’hélitreuillage pourraient aussi être mis à disposition. Le soutien technique d’Ifremer est aussi attendu, avec notamment l’emploi d’un robot téléopéré équipé d’un sonar multifaisceaux pour cartographier la zone.



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