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Un cadeau empoisonné ?

Dernière mise à jour le mercredi 18 janvier 2012

Article paru sur le site "Sud-Ouest" - Lundi 16 Janvier 2012
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Un cadeau empoisonné ?

Par Philippe Baroux

Faut-il pêcher les huîtres de l’estuaire de la Gironde, fussent-elles faiblement contaminées au cadmium ? Des ostréiculteurs sont contre, d’autres pour. Le projet reste en suspens

Les ostréiculteurs de Marennes-Oléron pêcheront-ils jamais des huîtres de l’estuaire de la Gironde ? Rien n’est moins sûr.

Ces huîtres de gisements naturels sont chargées de cadmium, un métal lourd qui les rend impropre à la consommation. Mais, en aval, plus on s’éloigne du lit du fleuve et plus on avance dans le temps, plus la concentration fléchit pour se rapprocher des normes autorisant la mise en vente des creuses. Ainsi, après une transition par des zones saines, le produit parvient finalement à satisfaire aux exigences de la sécurité sanitaire. Une sorte de quarantaine salutaire qui est démontrée scientifiquement.

Le président du Comité régional conchylicole Poitou-Charentes y voit une aubaine pour compenser la baisse de production, celle qui résulte des surmortalités des jeunes huîtres.

Feu vert de l’administration

Gérald Viaud est donc parti en croisade. Il a rallié à sa bannière les services de l’État, afin qu’ils autorisent une réouverture encadrée de ces gisements naturels d’huîtres. Sous réserve du respect d’un protocole strict de pêche et de décontamination, l’Agence nationale de sécurité alimentaire (Anses, ex-Afssa), la Direction des territoires et de la mer, et l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) ont donné leur accord.

Il était ainsi convenu que les huîtres de l’estuaire seraient (re) parquées au pied du pont d’Oléron, sur des parcs qui font face au Château-d’Oléron. Et qu’elles ne seraient pas vendues avant plusieurs mois, pas avant que la concentration en cadmium soit repassée sous la norme sanitaire.

L’automne dernier, le sujet était sur les rails. Gérald Viaud annonçait la tenue d’une réunion d’information des professionnels avant la fin de l’année, et les premières pêches en estuaire au début de cette année. De réunion, il n’y en eut pas davantage que de pêche. Et ce même président du Comité régional conchylicole joue aujourd’hui la prudence. « Le sujet est en stand-by, commente-t-il. Nous l’aborderons lors de la prochaine session plénière du Comité régional, sûrement début février. Il faut voir comment cela va évoluer. Il y aura très certainement un vote… »

Pression des opposants

Pourquoi l’attentisme prend-il le pas sur l’enthousiasme ? Selon Gérald Viaud, « le Grand Port maritime de Bordeaux annonce de gros travaux. Je crains qu’ils ne remettent de mauvaises boues en suspension. » Mais, outre la rumeur des dragues et des pelleteuses, le bruit que son projet propage dans les cabanes lui est aussi revenu aux oreilles.

Au point que l’on se demande si ces voix professionnelles hostiles à la pêche en estuaire ne seraient pas sa première motivation à lever le pied.

Gérald Viaud s’en défend. « À cette pression, je peux opposer celle des partisans du projet qui me pressent pour aller pêcher ces huîtres. J’ai une centaine de demandes. A 62 ans, je n’ai pas d’état d’âme, et je ne comprends pas les arguments de ceux qui sont contre ; c’est un groupe qui a fait monter la purée ! »

Ostréiculteur dans le chenal d’Ors, sur la commune du Château d’Oléron, Benoît Massé dit toutes ses réserves sur le projet. « J’y suis farouchement opposé, pour une question d’image liée au cadmium. Si, pour un scientifique ou pour une personne qui connaît le sujet, les taux sont très faibles et que cela ne pose pas de problème - ce qui est certain -, que comprendra le consommateur ? Il verra l’image catastrophique d’une profession qui fait n’importe quoi pour essayer de s’en sortir. »

« Un risque pour l’image »

Le producteur oléronnais active la balance entre les avantages et les inconvénients. « L’administration a très bien encadré les choses. Le protocole est si contraignant que ne pourront être pêchées que de petites quantités d’huîtres, ajoute celui qui est membre de la commission du domaine public maritime au Comité régional conchylicole. Du coup, je ne vois pas l’intérêt de risquer d’altérer l’image de la profession pour sortir quelques kilos d’huîtres. Toutefois, si un vote est organisé et qu’une majorité de professionnels est pour cette pêche, je me rangerai à cette majorité. »

Son voisin Cyril Pain est sur la même longueur d’onde. Le producteur oléronnais, membres du conseil d’administration du Comité régional, évoque l’importance de la mobilisation contre le projet : « On ne peut pas la réduire à quatre ou cinq ostréiculteurs. Tous les jours, avant les fêtes, je recevais plusieurs coups de fil. Ça a commencé avec des gars du Château-d’Oléron, puis de Dolus et de la Seudre. J’ai demandé aux collègues les plus remontés contre le projet de se calmer, pour ne pas trop faire de bruit sur le sujet pendant les ventes des fêtes. » Un autre élément brouille la lisibilité du projet du comité, s’il s’entend comme une solution de secours apportée à l’urgence de soutenir la production. « Or, souligne cet autre fin connaisseur de l’ostréiculture charentaise qui préfère conserver l’anonymat, la rupture de production (liée aux surmortalités) qui était annoncée il y a trois ans pour 2011 n’a pas eu lieu. Et, pour 2012, pourra-t-on dire qu’il y aura des difficultés de production ? Quand on discute avec les professionnels, je n’ai pas l’impression d’un trou de production tel qu’il empêche de faire des affaires à la fin de cette année. Aussi, je comprends cette crainte de l’effet boomerang d’une pêche dans l’estuaire. La mesure devait, au départ, être positive pour la profession, mais elle pourrait être totalement négative pour l’image du produit. »



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