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Un moratoire sur les poissons surpêchés en Europe serait rentableouvel article

Dernière mise à jour le jeudi 27 septembre 2012

Article paru
sur le site "le Monde" - lmercredi 29 Août 2012
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Ne plus pêcher de poissons dans l’Atlantique pendant quelque temps permettrait de protéger les stocks... mais aussi d’augmenter les revenus des pêcheurs de manière permanente. C’est la conclusion de la dernière étude de la New economics foundation (NEF), un think-tank basé à Londres, qui appelle à un moratoire de quelques mois à neuf ans sur les espèces les plus surpêchées en Europe.

"Des années de surexploitation ont conduit à la surpêche de près de la moitié de l’ensemble des stocks de l’Atlantique nord-est, situation nettement plus grave que la moyenne mondiale, alarme la NEF dans ce rapport, intitulé No catch investment et publié vendredi 14 septembre. Des dizaines de milliers d’emplois et des millions de tonnes de nourriture ont déjà été perdus du fait de la surpêche, et bien d’autres sont menacés si les dégâts qu’elle occasionne deviennent définitifs – la survie du secteur de la pêche dépend déjà de subventions."

De fait, les prises de poissons par les chalutiers européens dans l’Atlantique nord-est et en Méditerranée ont chuté de 7 millions de tonnes en 1975 à 4 millions de tonnes en 2010. Dans le même temps, la courbe des emplois a suivi la même tendance à la baisse : le secteur, qui comptait 30 000 pêcheurs en France il y a trente ans, n’en emploie plus que 10 000 aujourd’hui. A l’inverse, la consommation de poisson des Européens ne cesse d’augmenter, de 2 % par an selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, car aujourd’hui le Vieux-Continent importe 65 % du poisson mangé et exploite les ressources halieutiques d’autres pays qui n’ont pas encore épuisé leurs stocks.

TRIPLEMENT DE LA VALEUR DES STOCKS

Le centre de recherches britannique a étudié 54 des principaux stocks de poissons de l’Atlantique nord-est, dont 49 font l’objet de surpêche – sur plus de 150 que comptent les eaux européennes. En cas d’adoption d’un moratoire, 10 seraient reconstitués en deux ans, 28 sur quatre ans, 44 sur six ans et la totalité sur neuf ans. "La plupart des stocks de poissons peuvent être reconstitués d’ici cinq ans, y compris la morue islandaise et tous les merlus, maquereaux et merlans", indiquent les auteurs de l’étude.

Au-delà des bienfaits pour les écosystèmes, la reconstitution totale de ces stocks entraînerait de surcroît des bénéfices à long terme pour l’industrie de la pêche : à l’horizon 2023, 16,9 milliards d’euros de recettes brutes seraient ainsi générées chaque année, soit un triplement de la valeur totale actuelle des prises de poissons.

COÛT D’INVESTISSEMENT COMPENSÉ

A court terme, bien sûr, ce moratoire impliquerait un coût, puisqu’il faudrait compenser l’absence de revenus des pêcheurs et maintenir les navires pendant les périodes de non-pêche. Mais cet investissement, la NEF le chiffre à 10,5 milliards d’euros pour l’ensemble de la période de transition entre 2013 et 2022, soit bien moins que les bénéfices retirés à long terme par la mesure. "Pour un euro investi, un bénéfice de 1,48 euro est généré au cours de la première décennie. En l’espace de 40 ans, les profits sont de 14 euros pour 1 euro investi", calcule le think-tank, qui estime que ces coûts seraient essentiellement financés par des investisseurs privés intéressés dans la perspective d’un retour sur investissement.

A l’horizon 2023, 16,9 milliards d’euros seraient générés chaque année par la reconstitution des stocks de poisson, contre 10,5 milliards de dépensés, répartis entre 2013 et 2022.

Une source de financement public devrait par ailleurs être mobilisée en utilisant les énormes subventions consenties au secteur de la pêche dans l’Union européenne. Des subventions responsables de la surpêche, selon les ONG, car elles réduisent artificiellement les coûts d’exploitation des flottes et augmentent leur capacité de prises. Entre 2007 et 2013, le Fonds européen pour la pêche a ainsi injecté 4,3 milliards d’euros dans ce secteur d’activité, selon les chiffres de la Cour des comptes européenne.

"Pendant trop longtemps, on s’est concentré sur le coût à court terme d’une solution, plutôt que sur les bénéfices économiques, environnementaux et sociaux d’une bonne gestion des stocks, regrette Rupert Crilly, chercheur en économie environnementale à la NEF et auteur principal de l’étude. Nous avons constaté que la fin de la surpêche dans les eaux de l’UE est à la fois abordable et souhaitable. Les responsables politiques doivent maintenant prendre des mesures afin de garantir des stocks de poissons durables et en bon état pour les générations futures."

"Cette solution est drastique mais il n’y en a pas d’autres, renchérit Philippe Cury, directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement. Il faut sortir de la spirale infernale de la surexploitation. Si l’on ne renfloue pas les mers, les subventions publiques ne seront plus suffisantes pour maintenir les emplois à long terme. De nombreux pays, comme les Etats-Unis ou le Canada, ont adopté des moratoires sur certaines espèces. En Europe, nous devons en faire de même car les quotas ne sont plus suffisants."

DISCUSSIONS BLOQUÉES

Des discussions pour lutter contre la surpêche dans l’Union ont pourtant bel et bien été entamées, et ce il y a plusieurs décennies. En 2002, lors du sommet de la Terre de Johannesburg, les pays s’étaient notamment engagés à restaurer les stocks si possible d’ici 2015, en instaurant des captures maximales pouvant être autorisées sans compromettre le renouvellement des espèces, les fameux Rendements maximums durables (RMD).
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