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Un naissain famélique

Dernière mise à jour le mardi 21 février 2012

Article paru sur le site "Sud-Ouest" - Lundi 20 Février 2012
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Un naissain famélique

sabelle Auby et Danièle Maurer, chercheuses à Ifremer, ne comprennent pas pourquoi les huîtres du bassin d’Arcachon pondent aussi peu depuis maintenant quelques années.

Ces parcs sont tristes à mourir : les tuiles sont vides, ou presque. Depuis quatre ans, le bassin d’Arcachon n’est plus la plus grande nurserie d’Europe. Alors que plusieurs milliers de petites huîtres se collent sur les collecteurs lors d’une année médiane, les ostréiculteurs n’en trouvent que quelques dizaines en 2011.

Que se passe-t-il ? C’est la question à laquelle les chercheurs de la station d’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) d’Arcachon qui surveillent le captage dans le Bassin tentent actuellement de répondre.


Une lettre au Pdg

À la demande d’Olivier Laban, président des ostréiculteurs du Bassin, Michel Sammarcelli, président du Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon (Siba) a envoyé un courrier à Jean-Yves Perrot, le Pdg d’Ifremer pour l’interpeller sur les moyens à mettre en œuvre au sein de la station Ifremer d’Arcachon pour diagnostiquer les huîtres du Bassin : « Or, si on ne peut que saluer le travail de cette équipe, force est de constater qu’elle ne possède pas les moyens humains ni techniques susceptibles de répondre à cette préoccupation. Les communes sont prêtes à participer au financement des investigations complémentaires, mais c’est le savoir-faire de vos équipes qui est plébiscité à nouveau. En conséquence, je vous demanderais de bien vouloir nous faire savoir de quelle manière votre établissement pourrait s’investir dans cet énigmatique dossier, au-delà duquel la pérennité d’activités économiques ancestrales et des services connexes semble compromise. »


1 Le modèle des années 1999-2003

Les deux chercheuses arcachonnaises Isabelle Auby et Danièle Maurer ont publié en 2004 une « étude de la reproduction de l’huître creuse dans le bassin d’Arcachon » sur les années 1999 à 2003 (1). En effet, on ne trouvait en 1998 que 46 naissains par tuile.

Elles ont dégagé de cette étude un modèle pour appréhender le captage sur le Bassin. Il combine l’intensité des pontes et la survie des larves avec la température de l’eau. Peu de pontes et maigre survie donnent un petit captage. Peu de pontes et excellente survie donnent un captage moyen. Grosse ponte et bonne survie donnent un captage excellent, etc.

C’est à travers le prisme de ce modèle qu’elles ont travaillé sur plusieurs pistes : température, salinité, maladies, stock de géniteurs et leur localisation, contaminant perturbant la ponte ou la survie, nourriture disponible.

2 L’importance de la température

Tandis que la salinité n’a aucun impact, la température de l’eau joue un rôle primordial dans la survie des larves pondues. « Plus l’eau est chaude et meilleure est la survie. » Parce que les larves sont dans des conditions optimales pour se développer. Elles grandissent plus vite et se fixent plus rapidement sur les collecteurs (en moins de 15 jours si la température est haute), ce qui limite la dispersion vers l’océan. Enfin, elles sont moins attaquées par les prédateurs.

La chute brutale de la température en juillet 2011 a ainsi décimé les larves du Bassin. « La survie des larves est primordiale pour avoir un captage au moins correct, insiste Danièle Maurer. Or, la météo est plus instable qu’avant. Et c’est un facteur qu’on ne maîtrise pas. »

D’accord, mais alors pourquoi cette survie a-t-elle été bien meilleure à Marennes-Oléron où les conditions climatiques ont pourtant été les mêmes ? « L’inertie thermique y est plus forte qu’à Arcachon. Les volumes d’eau ne sont pas les mêmes. La chute de la température se répercute donc plus brutalement à Arcachon qu’à Marennes-Oléron. » Il faut des températures d’eau chaudes en été pour que les larves survivent. Surtout au moment où les larves sont de moins en moins nombreuses…

3 Y a-t-il assez de géniteurs ?

Les huîtres pondent moins. Leur effort de reproduction est plus faible qu’avant alors même que les huîtres du Bassin étaient celles qui, naguère, pondaient le plus.

Reste à savoir pourquoi. Y a-t-il assez de géniteurs dans le Bassin ? L’abandon de l’ostréiculture dans les hauts du Bassin pose-t-elle problème ? Le stock d’huîtres a-t-il diminué ? Globalement, le stock n’a pas trop bougé. On trouve dans le Bassin un peu plus de 65 000 tonnes d’huîtres sauvages et 16 600 tonnes d’huîtres d’élevage. Mais les sauvages pondent moins que les huîtres d’élevage et 30 % des huîtres d’élevage sont ici des triploïdes (c’est-à-dire stériles). À cela s’ajoutent les mortalités massives (jusqu’à 70 % d’une génération chaque année) des huîtres juvéniles dues à un herpès virus. « Ce qui est sûr, c’est que le stock d’huîtres d’élevage reproductrices a baissé. On peut donc s’interroger. »

Au printemps 2010, 150 tonnes d’huîtres mères bretonnes ont été plongées dans le Bassin afin d’enrayer la baisse du naissain. La conséquence n’a pas été significative.

4 Ont-elles assez de nourriture ?

Les deux chercheuses se sont intéressées à la nourriture disponible dans le Bassin. Plus les huîtres ont à manger, plus elles se développent et plus elles pondent, logique, non ? Certes. « Sauf que depuis quelques années, constate Isabelle Auby, qu’il y ait beaucoup ou peu de nourriture, la quantité de larves est faible. » En 2007, la nourriture du Bassin était pauvre, en 2011, elle était importante et le résultat est le même : de faibles pontes.

La qualité de cette nourriture est-elle en cause ? « Nous en discutons, avoue Danièle Maurer. Nous n’avons pas de réponse claire. C’est une hypothèse et il faut être prudent. » Isabelle Auby objecte en effet que le suivi du phytoplancton démontre que les mêmes espèces qu’avant circulent dans le Bassin. Mais les huîtres semblent néanmoins moins matures qu’avant.

5 L’intensité des pontes en cause

Les huîtres d’Arcachon pondent moins et plus tard. « Et on ne sait pourquoi, avoue Danièle Maurer. Avant, nous observions des pontes massives début juillet. Et maintenant, ces pontes ont lieu fin juillet. C’est un phénomène nouveau. » Pire, souvent, elles pondent partiellement. « En effet, les pontes ne sont pas complètes. Les huîtres ne lâchent pas tout alors qu’avant elles se vidaient complètement. Pourquoi ? On ne sait pas. »

Autre élément avancé par les deux chercheuses sur les éventuels problèmes de fécondité, l’importance du synchronisme des pontes démontré par Ismaël Bernard dans sa thèse publiée en 2011 : plus les huîtres pondent en même temps, plus le nombre initial de larves est élevé et plus le captage qui en résulte sera important.

Les chercheuses se posent des questions et n’arrivent pour le moment pas à y répondre : « L’exploitation des données provenant d’autres sites de captage (Marennes-Oléron, Baie de Bourgneuf, Rade de Brest), dans le cadre du programme national Velyger permettra, dans les prochaines années, de mieux répondre. »

En tout cas, leur modèle, dont nous parlons plus haut, permet d’insister sur un point : puisque les pontes sont peu importantes, le volume du captage des naissains se joue par conséquent quasi uniquement sur la survie des larves, d’où l’extrême importance d’une météo favorable sitôt après les pontes.

(1) Les rapports sont disponibles sur le site archimer.ifremer.fr



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