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recherche de nouvelles huîtres resistantes aux épidémies

Dernière mise à jour le jeudi 26 décembre 2013

Article paru
sur le site "Le Figaro" - 23 Décembre 2013
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Les huîtres sont un mets traditionnel des fêtes de fin d’année. Mais pour combien de temps encore ? Depuis plusieurs années, un virus herpès ravage les naissains, les jeunes individus de moins d’un an. Jusqu’à trois quarts de ces bébés huîtres meurent chaque année. Cet été, ce sont les huîtres adultes de deux à trois ans, prêtes à être commercialisées, qui ont massivement succombé, par endroits, à une maladie qui serait provoquée par une bactérie, Vibrio aesterianus.

Chez certains ostréiculteurs, on blâme les huîtres triploïdes d’avoir véhiculé ces infections. Ces huîtres obtenues par le croisement d’individus tétraploïdes (qui possèdent quatre copies de chaque chromosome) avec des individus diploïdes (qui ont des paires de chromosomes) sont stériles. Comme elles ne consacrent pas leur énergie à produire de laitance (nom donné aux gamètes, spermatozoïdes ou ovules fabriqués en été), elles grandissent plus vite. Deux ans au lieu de trois ou quatre pour atteindre une taille commerciale. Et comme les consommateurs ne sont pas très friands des huîtres laiteuses, elles se vendent mieux en été. Revers de la médaille, les ostréiculteurs doivent acheter les naissains de triploïdes chaque année à des écloseries commerciales puisque cette variété n’a pas de descendance. Aujourd’hui, ces huîtres, dites « des quatre-saisons », représentent 30 % des 80.000 tonnes de la production annuelle en France, selon l’Ifremer.

Comment et pourquoi ces huîtres seraient à l’origine de la mortalité croissante ? Mystère. Cette accusation n’est pour l’instant étayée par aucune donnée scientifique. Cette famille d’huîtres mise au point par l’Ifremer dans les années 2000 semble surtout coupable d’avoir été obtenue par des manipulations de laboratoire abusivement qualifiées de « génétique » par leurs détracteurs.

Avant 2008, les triploïdes semblaient mieux résister aux grandes vagues de mortalité qui touchaient leurs cousines fertiles. « On a supposé que le fait de ne pas consacrer d’énergie à la reproduction les rendait plus résistantes », se rappelle Tristan Renault, spécialiste de ces mollusques à l’Ifremer. Mais, en 2008, tout s’effondre. La mortalité des naissains de triploïdes atteint 70 à 75 %. Lors de la dernière hécatombe estivale, ce sont principalement des triploïdes qui sont mortes… « Ce sont les huîtres qui sont le plus vendues en été, et donc le plus manipulées. En laboratoire, elles ne paraissent pas plus fragiles », tempère Tristan Renault.
Manque criant de diversité

Le manque criant de diversité pourrait avoir fragilisé l’industrie. Une seule espèce, Crassostrea gigas, l’huître creuse japonaise, représente 98 % de la production. L’huître plate, Ostrea edulis, a été surexploitée à la fin du XIXe siècle mais on n’en produit plus en France que 1500 tonnes par an. C’est l’huître portugaise, Crassostrea angulata, importée par accident en 1870 - un bateau pris dans une tempête a largué sa cargaison au large des côtes bretonnes - qui a d’abord remplacé la petite autochtone dans le cœur des ostréiculteurs au début du siècle. Puis cette espèce importée fut ravagée par une épizootie dans les années 1970. L’État, les producteurs et les institutions scientifiques de l’époque décident d’importer une nouvelle variété pour la remplacer : l’actuelle huître japonaise. Si cette espèce ne survit pas à l’hécatombe actuelle, les scientifiques ne pourront plus importer une nouvelle espèce. Les normes européennes l’interdisent.

Pour tenter de lutter contre les épizooties, la piste de la sélection génétique est donc régulièrement évoquée. « Cela consiste tout simplement à prendre les coquillages survivants, supposés plus robustes, pour mettre au point des naissains résistants aux infections courantes », explique Tristan Renault. Les écloseries commerciales travaillent plus volontiers sur les triploïdes stériles qui rendent les producteurs dépendants de leurs naissains. Le comité national de conchyliculture développe en parallèle en partenariat avec l’Ifremer un projet concurrent de sélections, Score, sur des individus diploïdes afin de préserver l’indépendance des ostréiculteurs.

Cette sélection drastique est une mesure d’urgence. Mais ce n’est pas forcément la panacée. Qui dit sélection dit risque de contre-sélection. C’est peut-être ce qui s’est passé cet été : les années de sélection naturelle des naissains sous la pression du virus herpès ont peut-être conduit à la survie d’huîtres démunies face à une infection bactérienne. En sélectionnant des huîtres très résistantes au virus et à la bactérie aesterianus, on prépare peut-être le lit d’une prochaine hécatombe massive. Mais il n’y a pas vraiment d’alternative.

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