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[ARCHIVES] Pourquoi le sable s’échappe vers le Sud

Dernière mise à jour le mardi 17 mai 2011

Article paru sur le site "Sud-Ouest" - Samedi 14 Mai 2011
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[ARCHIVES] Pourquoi le sable s’échappe vers le Sud

Les fortes houles du golfe de Gascogne entraînent un déplacement du stock sableux du nord vers le sud. Lacanau et le Nord-Médoc sont privés de leur dot venue du nord par la rupture de l’estuaire

Les baigneurs, sur certaines plages, voient l’espace dévolu à leur serviette se réduire comme peau de chagrin. Samedi 20 juin, les scientifiques, réunis par la municipalité canaulaise lors du forum « Trait de côte, érosion des plages » devant un public attentif, ont expliqué pourquoi.

À l’origine, il y a le sable auprès duquel une part croissante de population vient vivre. Et s’allonger, l’été venu. Le sable provient de la dégradation des continents. Il s’est amoncelé, via les fleuves, sur le plateau continental (sous la mer jusqu’à une centaine de kilomètres) et en bordure de littoral. Premier problème : la machine à sable s’est tarie depuis déjà environ 6 000 ans pour des raisons climatiques.

Les dunes telles qu’on les connaît en bordure d’Aquitaine sont d’ailleurs assez récentes. Et ne cessent de bouger. Au XVIIIe siècle, les Soulacais ont déjà été contraints de reculer leur village et leur basilique de deux kilomètres à l’est. Le village initial était envahi depuis le milieu du XVIIe siècle non par la mer mais par… le sable de la dune. Depuis, les plantations napoléoniennes puis l’action de l’Office national des forêts (ONF) ont permis de réduire à presque rien les effets du vent sur la dune.

Réservoir de sable énorme

Le sable bouge. Pas seulement lui. Aujourd’hui, la mer menace les surfaces bâties trop près d’elle. Par bonheur, l’Aquitaine n’est ni l’Espagne ni le Portugal, dont l’urbanisation récente fut imprudente. Nos côtes disposent en outre d’un stock de sable énorme, stabilisé par la végétation. Car l’homme ne fait pas que des bêtises. Nos aïeux, en plantant la forêt de Gascogne sous Napoléon, ont livré sans le vouloir un réservoir de sable inépuisable aux baigneurs du XXIe siècle.

La situation n’est donc pas dramatique. Sauf pour les rares points, comme à Lacanau-Océan, où l’homme s’est trop avancé pour construire. « À Lacanau, on s’est implanté sur une coulée d’avalanche », a dit en coulisses l’un des intervenants à ce forum. Plus au sud, des implantations bien plus massives et imprudentes ont été conduites dans les Landes à Hossegor, Saint-Girons, Capbreton ou Seignosse. Sauf que les hommes sont inégaux face à la mer et à l’érosion littorale.

La faute de l’estuaire

Comment ça marche ? La houle, les vagues et les marées du golfe de Gascogne sont la principale cause du déficit en sable des points les plus exposés du littoral. En venant cogner par l’ouest contre le rivage, ces vagues parmi les plus fortes de l’Atlantique, induisent un courant parallèle à la côte qui entraîne le sable du nord vers le sud. C’est la dérive littorale. La flèche du cap Ferret doit son existence à cette dérive sableuse provoquée par l’océan.

Ce glissement irrépressible du sable du nord vers le sud est neutre dès lors qu’un point donné reçoit autant de sable venant du nord qu’il en déverse vers le sud. C’est la grande chance des audacieuses stations landaises. Leur bilan sableux, pour l’heure, est équilibré.

Le malheur des plus petites unités du Nord-Médoc, dont Lacanau-Océan, vient de l’estuaire de la Gironde, le plus grand d’Europe. L’estuaire déroute en effet le sable venu du nord et prive le Nord-Médoc de sa dot sableuse jusqu’au Porge. D’où le problème contre lequel Lacanau, entre autres, se bat depuis trente ans à grands renforts d’enrochements, de perrés et de pieux. Autant d’initiatives qui fixent la mer un temps mais provoquent des effets pervers de part et d’autre du point de fixation.

Le réchauffement

Entre 1825 et 1998, la côte a régressé de plus de 150 mètres de Montalivet à Lacanau. Le recul du trait de côte à Lacanau est évalué à un bon mètre par an. Plus haut, à hauteur de la pointe de La Négade, un promontoire très exposé non loin de Soulac, ce recul atteint 8 à 10 mètres par an. L’érosion côtière est de 2,5 m en moyenne sur le littoral aquitain, avec des situations très variées selon l’emplacement. Quand la plage de l’Amélie à Soulac accuse une érosion de 4,5 m, celles d’Hourtin enregistrent 1,5 m et au Porge, où l’effet « trou noir » de l’estuaire s’amenuise, on tombe à 0,5 m.

Grâce à divers acteurs (université, observatoire de la côte Aquitaine, GIP littoral), le « bilan sableux » des diverses stations est aujourd’hui assez précis. En revanche, l’on connaît moins le stock de sable happé par le large. Plus généralement, la connaissance des fonds marins à proximité de la côte (bathymétrie) est encore insuffisante.

Seule certitude, les effets induits du réchauffement climatique accélèrent ceux de la dérive littorale. L’océan s’est dilaté de 15 centimètres ces cent dernières années. À tel point qu’on estime aujourd’hui à un tiers la part du réchauffement climatique dans le phénomène général d’érosion du trait de côte en Aquitaine. Et ce n’est pas fini.

« L’effet attendu du réchauffement sur l’océan est une hausse de 20 à 80 centimètres du niveau de la mer entre 2000 et 2100 », a rappelé le climatologue Francis Grousset. Jean-Michel David, le maire de Lacanau, n’a pas cité par hasard la navigatrice Isabelle Autissier en début de forum : « Un quart du littoral français est en recul. Il faut songer à organiser la retraite. »



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