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Bête noire des pêcheurs, l’écolo veut devenir matelot

Dernière mise à jour le jeudi 12 mai 2011

Article paru sur le site "Ouest-France" - Jeudi 12 Mai 2011
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Bête noire des pêcheurs, l’écolo veut devenir matelot

Porte-parole de WWF France contre le pillage des océans, Charles Brain a croisé le fer médiatique pendant quatre ans avec les professionnels de la mer. Ces échanges rugueux ont tanné le cuir du jeune homme, endurci ses convictions et nourri son projet : devenir à son tour marin pêcheur en Bretagne.

Charles Brain ! Un tueur de pêcheurs ! » Sur les quais, le jeune homme né à Caen, n’a pas beaucoup d’amis. « Pour un certain nombre d’entre eux, je suis l’écolo-bobo, le donneur de leçons qui prend la défense des petits poissons et se fiche pas mal de l’avenir des marins. »

Le sourire jovial, Charles Brain avait fait une entrée fracassante dans le milieu maritime. Il venait à peine d’être embauché par WWF France que l’association le chargeait de la promotion d’un guide des poissons à ne pas consommer pour préserver les ressources halieutiques. Une bombe pour les ports de pêche. À Lorient notamment. Et pour cause. L’organisation écologiste mettait au ban deux espèces, le merlu et la langoustine, alors que la pêcherie lorientaise les bichonnait déjà pour préserver les stocks et éviter justement ce type d’embargo !

« J’ai été invité à venir débattre de pêche durable, mais il s’agissait d’un traquenard. » L’écolo descendu de Paris se retrouve face à une vingtaine de professionnels furibards. Les marins ne s’encombrant pas de circonvolutions, « pendant une heure je me suis fait pilonner. C’était vraiment très chaud. À 26 ans, c’était impressionnant. »

Le jeune ingénieur agronome ne se laisse pas démonter. « J’ai tenté de faire comprendre que défendre les poissons, c’est travailler à la survie de la profession. » Il n’a pas franchement convaincu, mais « j’ai eu le sentiment que certains ont compris qu’ils n’avaient pas affaire à un intégriste de l’écologie. »

Depuis tout petit, Charles Brain a la passion de la mer et de la pêche. « Le virus m’a pris très tôt. Nous passions toutes nos vacances dans une vieille maison familiale du Morbihan, à 100 m de la mer. En Normandie, la famille vivait auprès d’une rivière à truites. Alors, pendant des années, j’ai embêté tout le monde avec mes parties de pêche à la ligne. »

Lycéen dans un établissement chic du VIIe arrondissement parisien, l’adolescent discourt avec passion de la souplesse d’une canne ou de la vitesse d’un moulinet. « Mes copains me considéraient comme un Ovni. » Les jeunes filles lui prêtaient une oreille plus attentive. « Pour elles, qui entendaient parler golf et tennis, j’étais exotique. » Études bouclées à Rennes et diplôme d’ingénieur spécialiste en halieutique, en poche, il part à la conquête du monde maritime.

« Monsieur Dauphin »

Le désenchantement est rude. « Nous étions vingt de la même promotion, nous avons tous eu des difficultés à trouver un boulot. Pendant deux ans, j’ai expédié 400 curriculum vitae. » Pas suffisant pour briser son enthousiasme. « J’ai fait trente-six boulots. » Dans le milieu du mareyage, de la commercialisation du poisson, « avec quelques plans bien foireux », mais aussi dans l’automobile. « Essayeur de voitures ! Moi qui n’y connais absolument rien. » Finalement, un cabinet d’études le recrute. « Je me suis retrouvé en charge d’un vaste programme européen d’observation des captures accidentelles de cétacés. »

Commence une longue tournée des ports pour négocier l’embarquement d’observateurs. « Pas toujours facile, mais les contacts avec les patrons pêcheurs étaient plutôt sympas. » Très vite, on le surnomme « M. dauphin ». Plus amical que « tueur de marins pêcheurs » qui arrivera plus tard, après les escarmouches autour du thon rouge et des poissons de grands fonds.

Pendant ses quatre années à WWF, Charles Brain va défendre l’idée que la pêche a un avenir si elle accepte de revoir certaines pratiques. « Il faut sortir de la spirale du toujours plus. » Une démarche que la profession a elle aussi engagée. Mais le dialogue est difficile.

À 31 ans, « breton de coeur », il décide de tourner la page de l’activisme écologiste. « Je ne change pas de bord. J’étais pro pêche en étant écolo, je vais rester écolo en étant pêcheur. » Inscrit dans un lycée maritime de Bretagne, Charles Brain, avant de se lancer, va suivre une formation de capitaine 200, le diplôme pour piloter de petits navires. « Dans la pêche côtière. Parce que c’est un rêve de gosse, aussi parce que je veux vérifier mes théories sur le terrain. » L’apprenti matelot marque une pause. « J’ai besoin de me retrouver face à moi-même après avoir été embarqué dans un tourbillon médiatique à perdre ses repères. » Fatigué des plateaux télé, des débats tronqués, d’une certaine surenchère médiatique, « nécessaire pour se faire entendre quand on est une ONG », Charles aspire à la sérénité du large. « Et puis, je suis impatient de vérifier que j’ai bien le pied marin. Ça me met une pression énorme. »

Craint-il les vacheries de ses futurs collègues ? Pour l’instant, Charles Brain n’a annoncé sa reconversion qu’à une poignée de pêcheurs, plutôt touchés par ce défi. L’un d’eux, un Breton, lui est même tombé dans les bras. Bon début.

Jean-Pierre BUISSON. Photo : Thierry CREUX.



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