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« C’est de l’océan que naîtra le destin des civilisations à venir »

Dernière mise à jour le mardi 5 juillet 2011

Article paru sur le site "Rue 89" - Dimanche 03 Juillet 2011
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« C’est de l’océan que naîtra le destin des civilisations à venir »

L’architecte des mers Jacques Rougerie a imaginé maisons et vaisseaux sous-marins pour que l’homme « habite la mer ».

C’est l’histoire d’un homme qui avait un rêve : vivre sous l’eau. Un homme passionné par l’océan et mu par le désir de bâtir pour le futur. Devenu architecte des mers, Jacques Rougerie a bâti sa première maison sous-marine, Galathée, en 1977, parce que « c’est de l’océan que naîtra le destin des civilisations à venir ».

Jacques Rougerie.Jacques est un être « hybride, mi-homme mi-poisson, que l’évolution a privé de ses branchies ; il lui faudra donc imaginer de nouveaux habitats », écrit son ami, l’explorateur Jean Louis Etienne. Enfant, Jacques plongeait sous les eaux ivoiriennes avant même de savoir marcher.

« Mes premiers souvenirs de la vie, c’est l’océan, cette immensité bleue, ces grandes plages africaines. L’univers sous-marin me fascinait. »

Fils d’un explorateur, compagnon de route du célèbre Théodore Monod, Jacques entendait « les amis de ses parents parler du pôle Sud, du pôle Nord, de l’Amazonie ».

« J’ai été embarqué dans cet imaginaire. »

Jules Verne : « Dans l’avenir, ne faudra-t-il pas bâtir sur la mer ? »

De « 20 000 lieues sous les mers » aux récits de La Pérouse, Jacques est très vite imprégné de la conquête de la mer, et influencé par des grands hommes, comme Cousteau qu’il rencontre à 11 ans.

« Je voulais dessiner des engins pour aller sous l’eau. »

City in the Ocean (Agence Rougerie).« Dans l’avenir, ne faudra-t-il pas bâtir sur la mer ? » demandait déjà Jules Verne. Jacques a relevé le défi. Diplômé des Beaux Arts et de l’Institut océanographique de Paris, il commence par construire un village sous-marin. La réussite de ces premiers projets fait taire les plus sceptiques ; Jacques n’est pas un fou mais un visionnaire. « Je suis un rêveur pragmatique », affirme-t-il. Il écrit :

« En dépit du risque de montée des eaux induit par le réchauffement climatique, nos contemporains sont paradoxalement de plus en plus nombreux à se masser près des côtes. Pour accompagner cette tendance, de grands projets voient et verront le jour, adossés à la terre et chevauchant l’océan. »

Alors, Jacques dessine villes flottantes et palais sous-marins. Il imagine la Tour coquillage pour l’émirat de Sharjah, City in the Ocean pour Abou Dabi et le Sting Ray Hotel, édifices futuristes qui plongent dans les eaux littorales. Il explique :

« L’aménagement de la mer doit être le reflet d’une adaptation de l’homme à l’environnement marin, première étape de l’avènement d’une civilisation de la mer. »

« Il y a des gens que cela peut paniquer »

Parce que pour « habiter la mer », il faut d’abord la comprendre, Jacques commence par construire des maisons sous-marines dédiées à la recherche scientifique.

« Pour dessiner ces maisons, nous n’avions aucun référentiel. Tout était à inventer. Il fallait utiliser de nouveaux matériaux, et s’adapter à des contraintes particulières. On s’est alors inspirés de la vie sous-marine pour créer une architecture bionique en symbiose avec l’environnement marin. »

Avec sa forme ronde, ses grandes baies vitrées, et sa couleur presque translucide, Galathée ressemble à une méduse rattachée au sol par des câbles. Sous l’eau, les journées sont plus courtes, la notion du temps est différente. Jacques, qui a décroché le record du plus long séjour passé sous la mer – 70 jours –, explique :

« On ne dort pas de la même façon, on ne mange pas de la même façon, on ne bouge pas de la même façon. On a besoin de plus de sommeil, de plus d’énergie parce qu’on respire de l’air compensé. »

Les yeux rêveurs, il ajoute :

« Les réactions sont plus lentes, le rythme de vie en général est plus lent. Il faut recaler son esprit. Il y a des gens que cela peut paniquer. »

Le musée de l’archéologie sous-marine à Alexandrie (Agence Rougerie).Jacques ne pense pas que l’avenir de l’homme soit d’aller vivre définitivement sous l’eau – « L’homme est fait pour vivre sur Terre. » Mais il pourra y aller « se reposer, en vacances ou aire du tourisme », explique l’architecte qui a pour projet de construire un musée archéologique autour du palais de Cléopâtre, immergé sous les eaux d’Alexandrie.

« Des énergies, de la pharmacologie, des minerais… »

Il en est sûr, « l’océan représente le second souffle de l’humanité », mais il faut « mieux l’explorer, mieux l’exploiter ». Il continue :

« Il y a une telle potentialité dans cet univers gigantesque qui renferme tellement de choses. Au niveau des énergies, du nutritionnel, de la pharmacologie, des minerais. »

Capitaine Némo des temps modernes, Jacques a dessiné le SeaOrbiter, destiné à écumer les mers dans un esprit de recherche biologique et scientifique. « Dans la grande tradition des explorations maritimes », SeaOrbiter est un vaisseau qui doit aider à « la découverte de cette immensité pour favoriser l’émergence d’un nouveau rapport entre l’homme et la mer ». Une « sentinelle avancée sur la dernière frontière » qui permettra de poser les bases de notre avenir, habiter la mer. (Voir la vidéo)

« Un marin, c’est un aveugle de la mer »

Jacques fait partie du peuple des Mériens, une civilisation nouvelle en train de se bâtir.

« Un marin, c’est un aveugle de la mer, un Mérien, c’est un être en osmose avec le monde sub-aquatique. »

Les Mériens partagent, d’après lui, une philosophie, une culture et une identité propre au monde sous-marin.

« L’homme
s’est toujours adapté aux changements de son environnement et
continuera à le faire. Les Mériens seront les pionniers d’une nouvelle
ère où la mer tient une nouvelle place. ».

L’architecte, fan de science-fiction, affirme :

« Il faut pérenniser l’homme sous la mer, et pour cela il faut lui bâtir une culture propre à cet espace. »

Illustrations : Jacques Rougerie (DR) ; City in the Ocean ; le musée de l’archéologie sous-marine à Alexandrie (Agence Rougerie).



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