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Catastrophes naturelles : toujours plus fort ?

Dernière mise à jour le mardi 6 décembre 2011

Article paru sur le site "Les Echos" - Lundi 5 Décembre 2011
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Catastrophes naturelles : toujours plus fort ?

Les scientifiques constatent une hausse des événements géologiques et climatiques extrêmes. Peut-être à cause d’une observation plus systématique des phénomènes.

Depuis le méga-séisme de magnitude 9 qui a secoué la fosse sous-marine du Japon et soulevé des vagues meurtrières le 11 mars, les catastrophes extrêmes sont dans le collimateur des scientifiques et statisticiens. « Ces onze dernières années, la planète a connu trois tremblements de terre de cette ampleur, soit autant qu’au cours du siècle passé, constate le géophysicien Vincent Courtillot. Peut-on pour autant en déduire autre chose qu’une simple répartition du hasard ? »

La question est sur toutes les lèvres depuis que se succèdent les recensements funestes : quadruplement des épisodes de chaleur et doublement de la fréquence des précipitations intenses selon les prévisions du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) dans son dernier rapport sur la gestion des catastrophes ; doublement des phénomènes climatiques extrêmes ces deux dernières décennies, selon le Centre belge de recherche sur l’épidémiologie des désastres (CRED) ; hausse d’un tiers des catastrophes naturelles sur la planète selon le cabinet d’étude Ubyrisk...

Une certitude : les deux décennies écoulées ont été les pires qu’ait vécues la planète depuis 1950. Inondations (34 % des catastrophes), tempêtes (25,7 %), invasion d’insectes (8 %), mouvements de terrain (4,9 %), canicules (4,4 %), incendies de forêts (3,5 %) sécheresse (3 %), ont fait au total 1,2 million de victimes et causé 1.023 milliards de dollars de dommages, « même si une part sans doute non négligeable de l’augmentation du nombre de catastrophes est à mettre au crédit de meilleures observations », selon Debarati Guha-Sapir, directrice du CRED. « Malgré l’avalanche de données qui prouve une recrudescence de mouvements géophysiques et climatiques hors normes, on manque de recul pour tirer des lois sur un sujet qui se mesure à l’échelle des temps géologiques », renchérit Vincent Courtillot.

Les climatologues s’y risquent pourtant. Dans un résumé explosif de vingt-deux pages présenté opportunément à la veille du sommet de Durban, le GIEC anticipe un avenir climatique cataclysmique. « Avec au moins trois quarts d’informations nouvelles, cette compilation de données confirme les pires scénarios », explique le climatologue Jean Jouzel, qui a épluché quelques-uns des 18.000 articles scientifiques de 220 chercheurs internationaux pris en référence. Vagues plus fréquentes et sévères, sécheresse, pluies torrentielles, cyclones plus intenses, débordements massifs des cours d’eau... D’ici 2050, quelle que soit l’évolution des émissions de gaz à effet de serre (en hausse régulière de 3 % depuis le début du siècle), les épisodes de chaleur vont quadrupler et la fréquence des précipitations intenses va doubler. « Dans un monde saturé en gaz à effet de serre, affirme même Thomas Stocker, coprésident du groupe d’étude, il est même probable que la fréquence des jours de canicule sera décuplée dans la plupart des régions du monde ». Les pics de température rencontrés actuellement tous les vingt ans se produiront alors tous les cinq ans, et tous les un ou deux ans vers la fin du siècle.
Etude contradictoire

Une étude contradictoire publiée le 25 novembre dans la revue « Science » vient cependant relativiser ces prédictions. Andreas Schmittner, qui signe le papier, a eu la bonne idée de confronter aux modèles de simulation climatique, les teneurs mesurées en gaz carbonique dans des prélèvements du dernier maximum glaciaire, il y a 18.000 ans. Or le résultat de cette simulation inverse fait apparaître une température planétaire non conforme aux observations paléoclimatiques. Le chercheur propose donc que la sensibilité du climat à l’injection de gaz carbonique dans l’atmosphère soit revue à la baisse par rapport aux valeurs retenues dans le dernier rapport du GIEC. Selon ses conclusions, la température du climat futur devrait, du coup, se situer dans une fourchette comprise entre 1,7 et 2,6°C, à comparer à la mesure de 2 à 4,5°C, avec une valeur moyenne de 3°C, retenus par le GIEC. Mieux : le risque de dérapage climatique extrême, avec des valeurs de réchauffement global cataclysmique de 6°C prédites par certains climatologues, serait très improbable.

Pas sûr donc, même au niveau climatique, que le nombre d’événements catastrophiques augmente. « Nous avons cependant une certitude, estime Yorik Baunay, directeur du cabinet Ubyrisk : la pression démographique, la méconnaissance des risques et la dépendance de nos sociétés à la technologie nous rendent plus vulnérables ». Nul besoin de se tourner vers les pays en voie de développement pour en trouver des exemples. Cette année aux Etats-Unis, plus d’un millier de tornades a frappé les grandes plaines de l’Oklahoma avec une fréquence record sans doute favorisée par le réchauffement du golfe du Mexique, dont l’air plus humide qu’à l’accoutumée a butté longuement sur une dépression persistante au nord qui déversait des courants froids et secs du pôle. Plus intenses, avec des vents proches de 500km/h, ces tourbillons d’énergie ont fait ce printemps 350 victimes, soit sept fois plus que les pires années précédentes.

« Les hommes occupent des territoires de plus en plus vulnérables où se déchaînent des éléments de plus en plus violents », résume Debarati Guha-Sapir. En 2010, selon ses observations au CRED, 373 phénomènes extrêmes ont frappé la planète, tuant près de 300.000 personnes, affectant plus de 20 millions d’autres et coûtant 110 milliards de dollars aux Etats, selon son dernier rapport. Avec le tsunami japonais, le séisme turc, l’évacuation de New York et les inondations à Bangkok, le bilan 2011, dont les tout premiers pointages font état de 236 catastrophes, annonce un record, avec un cumul des destructions supérieur à 500 milliards de dollars. « La préparation doit être revue à tous les niveaux. Si nous n’agissons pas maintenant, nous allons au devant de catastrophes de plus en plus fréquentes en raison de l’urbanisation sauvage et de la dégradation de l’environnement », a récemment souligné Margareta Wahlström représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU pour la réduction des risques de catastrophe.

Les scientifiques sont mis à contribution. « Nos récents travaux sur les mécanismes des séismes extrêmes ont permis d’identifier les zones à risque et les fréquences de retour des plus gros tremblements », explique, par exemple, Vincent Courtillon. Le travail ne fait que commencer : on sait dire où va craquer la terre, reste à savoir quand.

PAUL MOLGA, Les Echos

Voir le diaporama des cinq plus grosses catastrophes naturelles en 2011


repères

1.244.230 décès depuis 2001 dus aux catastrophes naturelles
1.023 milliards de dollars : le coût des destructions, cyclones et tempêtes tropicales sont les plus coûteux.

7.563 accidents naturels depuis 2001, dont : 1.822 inondations, 893 incendies de forêts et 819 orages.

66,5 % des désastres sont d’origine atmosphérique, 33,5 % géologique et géographique. Les séismes ont causé 46 % des victimes•

L’Asie est le continent le plus touché (65 % des victimes), suivi par le continent américain (27,6 %) et l’Europe (7,5 %). L’Estonie, le Qatar, Bahreïn, les Emirats arabes unis et l’Andorre sont épargnés depuis 1900.
Sources : Ubyrisk Consultants / Catnat.net



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