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« Caulerpa taxifolia » : l’algue tueuse en voie de disparition

Dernière mise à jour le mercredi 31 août 2011

Article paru sur le site "Le Figaro" - Lundi 29 Août 2011
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« Caulerpa taxifolia » : l’algue tueuse en voie de disparition

Son invasion des fonds marins en Méditerranée, il y a vingt ans, avait alarmé les spécialistes.

On l’avait surnommée l’algue tueuse, la peste verte, l’Alien des mers… Caulerpa taxifolia s’avère finalement beaucoup moins dangereuse qu’on ne l’avait craint dans les années 1980 quand elle est apparue à Monaco. En trois décennies elle a envahi 15 000 hectares, soit la majeure partie des côtes entre Menton et Six-Fours-Les Plages, dans le Var. Sans parler des rivages italiens, croates, espagnols et tunisiens également atteints.

Mais, déjouant les prévisions qui la voyaient tout envahir et faire disparaître les espèces endémiques et toute la faune qu’elles abritent, l’algue tueuse est en train de dépérir et de disparaître.

« C’est une heureuse surprise, mais rien ne dit qu’elle ne va pas revenir » , avoue le professeur Alexandre Meinesz, qui l’avait identifiée et s’était rendu célèbre en alertant le monde sur le danger des espèces envahissantes pour la biodiversité.

Quand elle a été découverte, en 1984, elle couvrait un mètre carré à l’aplomb du Musée océanographique de Monaco. En 1989, elle s’étendait sur un hectare puis elle s’est propagée à la vitesse de l’éclair, raconte Alexandre Meinesz, spécialiste des caulerpes. C’est lui qui fut appelé pour diagnostiquer le phénomène et qui depuis surveille son avancée.

« Nous avons mis en place un réseau de surveillance des 152 zones où l’algue prospérait mais à partir de 2004, ces observateurs nous ont prévenus qu’elle commençait à disparaître et nous l’avons vérifié », explique le biologiste. Ses correspondants en Ligurie, en Croatie ou dans les Baléares ont fait les mêmes constatations.

Aujourd’hui, 80 % des surfaces colonisées auraient disparu, assure Meinesz. « Dans certaines zones, comme le cap Martin, où Caulerpa taxifolia était omniprésente, on ne la trouve plus et la vie retrouve peu à peu ses droits. C’est stupéfiant ! », ajoute-t-il.

Les causes de cet heureux dénouement ne sont pas encore avérées. Les scientifiques émettent plusieurs hypothèses. Ils ont d’abord pensé que plusieurs hivers froids et longs avaient eu raison de l’« algue tueuse ». « Nous avons comparé les données météorologiques et n’avons pas trouvé de corrélation », évacue Alexandre Meinesz. Deuxième hypothèse : la plante a épuisé les sols. L’idée est également rejetée car d’autres espaces restaient à coloniser. Alors le phénomène pourrait venir d’une dégénérescence génétique, l’algue initialement importée d’Australie pour agrémenter les aquariums, s’est reproduite par bouturage. Enfin, la morphologie de cette algue, un long tuyau pouvant atteindre 3 mètres dans lequel prospèrent des bactéries et des virus, pourrait être à l’origine de ce dépérissement. « Rien n’est prouvé et nous aurons du mal à avoir des financements pour étudier ce qui est finalement une bonne nouvelle », souligne Meinesz.

Pourtant, nous n’en avons pas fini avec les caulerpes, dont il existe une centaine d’espèces dans le monde. Deux autres, également venues d’Australie tempérée, sont à leur tour en train de coloniser nos côtes, la racemosa et la distichophylla. Elles semblent encore plus dangereuses que taxifolia : leur progression est fulgurante, elles se reproduisent de manière sexuée et ne craignent pas l’eau froide… « Ces espèces envahissantes introduites sont un gros danger pour la biodiversité globale car elles menacent les équilibres », rappelle le scientifique.

Par Aliette de Broqua



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