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Charente-Maritime : 50 000 kilos de coquilles Saint-Jacques rejetés à la mer

Dernière mise à jour le mercredi 9 novembre 2011

Article paru sur le site "Sud-Ouest" - Vendredi 28 Octobre 2011
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Charente-Maritime : 50 000 kilos de coquilles Saint-Jacques rejetés à la mer

Interdites à la pêche en 2010, les saint-jacques ont retrouvé leurs marins, hier matin. Ils en ont ramassé plus de 50 tonnes… pour finalement tout jeter.

Nous sommes le jeudi 27 octobre. Il est 10 h 37 au large du pertuis Breton de La Rochelle. La drague du Reine de la mer remonte sa première virée de coquilles Saint-Jacques. Les marins sont de bonne humeur, ils ont le sourire. Les coquilles reposent en paix dans les fonds marins depuis deux ans.

L’année dernière, la pêche avait été interdite à cause d’une trop forte concentration en toxine, nommée acide domoïque. « Il n’y a pas beaucoup de gars qui devraient manquer à l’appel… Ils sont sur les dents », explique Romuald Coutanceau, à la barre du bateau bleu et blanc, flanqué d’une sirène. Dans le silence et la concentration, Stéphane Bessus, son second, enroule les funes (1) et les déroule, trie les pectinidés et les « dépétule » - leur décolle les crépidules de la coque. À bord, se trouvent aussi Michel, qui, à la retraite, est venu prêter main-forte à son fils avec son vieil ami de plus de cinquante ans, Jean-Michel Salahun.


- Réunion de crise à la préfecture

« Suspension de la pêche aux coquilles Saint-Jacques et interdiction de la commercialisation des lots pêchés ». La préfecture a ainsi intitulé son communiqué de presse. Après deux heures et demi de réunion « un peu tendue », il n’en est pas ressorti grand chose.

C’est la confusion, à l’image de ces analyses qui un jour disent blanc, l’autre, noir. Ainsi, après deux résultats « positifs » (c’est-à-dire en-deça de 20 mg d’acide domoïque par kilo de saint-jacques) dans le pertuis Breton, la concentration a subitement doublé : de 19,9 mg/kg pour la semaine du 10 octobre à 10 mg/kg celle du 17 octobre, on est passé à 24,3 mg/kg pour celle du 24 octobre.

Pour le pertuis d’Antioche, la baisse est constante : 22,6mg/kg, puis 15,7mg/kg et enfin 9,6mg/kg (pour les mêmes dates). C’est donc plus par précaution que la pêche à Antioche a été suspendue.

« Le problème, dit-on du côté des pêcheurs, c’est que pour toute analyse, la réponse n’arrive que le jeudi à 14 heures. » La préfecture, les affaires maritimes, le comité régional et local de pêche, la commission du coureau, quelques pêcheurs et d’autres acteurs du secteur réunis ont donc décidé de suspendre uniquement l’activité de la coquille.

Pour un arrêt biologique

« Si ça n’ouvre pas, on va demander l’arrêt biologique », explique Romuald Coutanceau, le président de la commission du coureau. Un arrêt biologique signifie l’arrêt de toute pêche et a deux intérêts. Outre la possible indemnisation, cet acte permet de protéger les ressources en évitant que les lésés de la coquille n’essaient de se rattraper sur les stocks de soles, pétoncles, etc. C’est au préfet d’en faire la demande au directeur des pêches maritimes, Philippe Mauguin, organe du ministère de la pêche. (C. B. D.)


De frêles saint-jacques

La pêche à la saint-jacques est très réglementée : largeur de la drague, taille de son maillage, diamètre de la coquille, nombre de marées et d’heures. Les pêcheurs n’ont ainsi qu’une heure et trente minutes pour en ramasser le maximum.

L’objectif : mettre tout le monde au même niveau. Le temps est compté. Le casse-croûte préparé avec amour a requinqué les marins. Les vieux loups de mer triment comme les autres, 90 minutes non-stop. Pas de record pour autant pour cette ouverture de saison : les stocks sont un peu plus maigres que prévus, les saint-jacques plus frêles.

Midi pile. On entendrait presque les cloches sonner. On ralentit la cadence : il reste une petite heure de route pour rentrer au port et nettoyer les coquilles, tranquillement.

Mais peu avant 13 heures, Romuald, par ailleurs président de la commission du coureau au comité régional de pêche, reçoit un appel. Sa mine s’assombrit : il faut tout jeter.

Le comité vient de recevoir les résultats d’une analyse de routine effectuée par l’Ifremer (2) sur un prélèvement datant de lundi dernier. La concentration d’acide domoïque est supérieure à la limite légale, soit 24,3 mg par kilogramme de chair de saint-jacques mixée. Les caisses sont pleines, le port est à 15 minutes de bateau.

« Ils veulent nous tuer ! »

Au port justement, les affaires maritimes attendent les coureauleurs pour annoncer la nouvelle : « Vous allez à la pesée et vous rejetez le tout à la mer ! » Le Reine de la mer avait ramassé plus de 440 kilos de coquilles.

Demi-tour, on largue tout au large du pertuis d’Antioche. Ils n’étaient pas loin de 140 à être en mer hier pour draguer la saint-jacques, qui pour certains représente 30 % du chiffre d’affaires. Au bas mot, ce sont 50 tonnes qui sont retournées à l’eau.

À la criée, on râle, peste et jure. « Qui va payer mes charges ? » « Une journée de bénévolat ! » « Ils veulent nous tuer ! »

Le concombre espagnol

La faute donc à cette fameuse toxine : l’acide domoïque. Elle est amnésiante et peut donc entraîner des pertes de mémoire courtes. On préfère alors prévenir les effets que les guérir.

Mais du côté des marins, on doute du bien fondé de ces interdictions, et encore plus une fois, les bateaux chargés. Romuald Coutanceau le dit et tous le répètent : « Cette toxine n’a été recherchée et décelée qu’après la tempête [NDLR, Xynthia]. Si ça se trouve on en mange depuis toujours. Et puis, elle se trouve dans la boule noire [NDLR, la glande digestive de l’animal] qu’on ne mange pas. Alors où est le problème ? »

Autre avis partagé secrètement de beaucoup : la concentration en toxine a significativement augmenté depuis le déversement de la vase issue du dragage du port des Minimes. Hypothèse que l’Ifremer écarte d’un revers de main avec deux arguments : la Bretagne connaît des taux similaires sans dragage et la courbe de la concentration dans le pertuis d’Antioche depuis mars 2010 n’a pas connu de pics depuis le début des travaux des Minimes.

En tout cas, hier matin, du côté des coureauleurs du pertuis Breton, c’est la colère qui a pris le dessus. « On a repoussé d’une semaine la pêche par mesure de précaution [le taux était à 19,9 mg/kg] et surtout pour éviter ce qu’il se passe aujourd’hui. C’est-à-dire perdre une journée, explique Pascal Glajean. Les gars n’ont pas de salaire, on gaspille du gasoil et les mareyeurs n’auront plus de crédibilité face à une pêche qui ouvre et ferme comme ça. On est exactement dans la même situation que le concombre espagnol ! »

(1) Les câbles métalliques. (2) Institut francais de recherche pour l’exploitation de la mer.


- En chiffres

10,5 En centimètres, c’est le diamètre minimum d’une coquille Saint-Jacques pour être pêchée.

20 En milligrammes d’acide domoïque par kilogramme de chair de coquilles, c’est le maximum autorisé par les autorités sanitaires.

30 En pourcentage, le chiffre d’affaires que représente, en moyenne, la pêche à la coquille Saint-Jacques pour une entreprise de pêche locale.

50 En tonnes, c’est le total estimé des saint-jacques qui ont été rejetées à la mer hier après la pêche, à raison de 400 kilos en moyenne par coureauleur.

127 En nombre de licences de pêches à la saint-jacques délivrées pour la saison sur les zones de La Rochelle, Marennes-Oléron et les Sables d’Olonnes. Pour la journée hier, il faut ajouter les bateaux de Royan, la Cotinière, l’Aiguillon-sur-Mer et Bourcefranc-le-Chapus.

1 000 En euros, approximativement, le manque à gagner pour un pêcheur sur une journée travaillée et remise à l’eau entre les charges, le gasoil, la licence et les investissements.



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