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La Méditerranée, la mer la plus menacée du monde

Dernière mise à jour le mercredi 4 août 2010

Le Figaro.fr - Mardi 03 Août 2010



La Méditerranée, la mer la plus menacée du monde

Lancée il y a 10 ans, le colossal projet de recensement de la vie marine a publié lundi un rapport d’étape dans lequel les chercheurs s’inquiètent du sort de la flore et de la faune méditerranéennes.

Combien y a-t-il de poissons dans l’océan ? C’est à peu près la question que se sont posés les scientifiques à l’origine du pharaonique projet de recensement des espèces vivantes marines démarré en 2000. « Je me sens comme Diderot et les encyclopédistes », s’amuse Jesse Ausubel, un des co-fondateurs du projet qui réunit plus de 360 scientifiques à travers le monde. En attendant la publication début 2011 des travaux complets effectués par ce groupe sur la biodiversité marine, un rapport d’étape publié lundi rassemble les principales conclusions auxquelles sont arrivés les chercheurs. Et parmi elles, cette inquiétante nouvelle : la biodiversité marine méditerranéenne est très menacée.

L’impact des activités humaines dans cette zone géographique close et densément peuplée, et la destruction du milieu naturel associée, est certainement la première et la plus préoccupante menace qui pèse sur la Méditerranée. Les mammifères marins en sont les premières victimes. Le nombre de cachalots et de dauphins a grandement diminué, et le phoque moine a lui presque disparu de cette région.

Des importations d’espèces accidentelles et volontaires

Par ailleurs, un grand nombre d’espèces extérieures bouleverse l’équilibre de cet écosystème. Plus de 600 des 17.000 espèces observées sont exogènes (originellement étrangères au milieu), soit un ratio de 4%. Ce pourcentage est deux à quatre fois plus élevé que dans les autres zones passées au peigne fin par les scientifiques. Une majorité d’entre elles ont été introduites accidentellement par les bateaux franchissant les canaux de Suez et de Gibraltar, via l’eau de leurs ballasts (eau contenue dans les cales permettant d’assurer une ligne stable de flottaison). « La dispersion de la Mnemiopsis Leidyi (méduse américaine) depuis Israël jusqu’à l’Espagne en 2009 a provoqué de grandes inquiétudes en raison de son impact connu sur les écosystèmes et zones de pêche », explique par exemple le rapport.

Mais les importations accidentelles ne sont pas seules en cause. Certaine espèces implantées par l’homme, comme les huîtres ou les palourdes japonaises, mettent également en péril le fragile équilibre méditerranéen. « Les fermes à huîtres sont devenues de véritables portes d’entrées dans les eaux côtières, pour toute une série d’algues », est-il souligné.

230.000 espèces identifiées dans ce recensement

Toutes ces invasions sont d’autant plus inquiétantes que les eaux méditerranéennes se réchauffent, ce qui provoque une « tropicalisation » du milieu. Les espèces étrangères à l’écosystème méditerranéen se multiplient et gagnent des zones qui ne leur étaient pas favorables jusque là. Les chercheurs incitent fortement les autorités à développer des initiatives pour préserver la spécificité de la flore et de la faune dans cette région.

De manière plus générale, le rapport révèle que 230.000 espèces ont été identifiées (même si un grand nombre n’a pas encore de nom) et qu’il en reste probablement quatre fois plus à découvrir. Parmi les « citoyens de la mer », 19% de crustacés, 17% de mollusques et 12% de poissons. Les algues représenteraient environ 10% des espèces, les anémones et les méduses 5%. Les régions d’Australie et du Japon, les plus riches en biodiversité, recèleraient 33.000 espèces chacune, suivies par la Chine, la Méditerranée et le golfe du Mexique. Si les chercheurs sont désolés de la marée noire survenue dans le golfe, ils se réjouissent d’avoir pu faire « une bonne description des espèces vivantes avant la catastrophe ».

Tristan Vey



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