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Les oiseaux marins menacés de famine à cause de la surpêche

Dernière mise à jour le mercredi 28 décembre 2011

Article paru sur le site "Le Figaro" - Jeudi 22 Décembre 2011
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Les oiseaux marins menacés de famine à cause de la surpêche

Les effectifs des colonies d’oiseaux s’effondrent partout dans le monde là où les pêcheurs prélèvent trop de poissons.

Voilà près d’une quinzaine d’années que les océanographes tirent la sonnette d’alarme : les pêcheries industrielles attrapent trop de poissons et les chaluts dévastent les fonds marins. La pêche n’est pas « durable ». Autrement dit, les pêcheurs scient la branche sur laquelle ils assoient leur activité. Aucune zone des océans n’est épargnée. Si les captures continuent au rythme actuel, les pêcheurs ne ramèneront bientôt plus dans leurs filets que des méduses ou des crevettes. Les conséquences pour l’ensemble du milieu marin sont multiples et déjà perceptibles. Dans de nombreuses îles ou régions côtières de l’Atlantique, du Pacifique ou de l’Antarctique, les mouettes, les macareux, les sternes, les guillemots, les puffins, les fous de Bassan, les manchots n’ont plus assez de nourriture et leurs populations diminuent. La raréfaction des proies impacte directement les prédateurs.

Pour la première fois, une étude avance un chiffre précis : si, au large des côtes où des oiseaux marins sont installés, il reste moins d’un tiers des poissons par rapport à un maximum théorique, ces derniers ne peuvent plus se reproduire normalement. Si les pêcheurs dépassent ce seuil critique, les effectifs des colonies s’effondrent. Cela est vrai pour toutes les espèces et dans toutes les mers du globe. « Les oiseaux marins sont de précieux indicateurs de l’état des mers. Ils ont besoin de beaucoup de poissons. Quand il y en a moins, ils ont du mal à les attraper », indique Philippe Cury, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et directeur du Centre de recherche halieutique méditerranéenne et tropicale basé à Sète (Hérault), qui a piloté cette vaste étude internationale publiée aujourd’hui dans la revue Science.

Poissons-fourrages

Le chercheur et son équipe ont examiné en parallèle les résultats des pêches scientifiques réalisées dans sept écosystèmes différents et l’évolution des effectifs de quatorze espèces d’oiseaux marins dans ces mêmes zones. Ils se nourrissent tous de sardines, d’anchois ou de harengs.

Ces petits poissons pélagiques au développement rapide (des poissons-fourrages dans le jargon de la pêche) sont à la base de l’écosystème marin. Pêchés en énormes quantités, ils représentent près de 30% des 80 millions de tonnes de poissons capturées chaque année dans le monde. Les oiseaux en prélèvent aussi d’énormes quantités, notamment pour nourrir leurs progénitures. Quand les ressources disparaissent comme ce fut le cas en 1960, en Norvège, les puffins d’Atlantique furent décimés par la surpêche des harengs. Plus récemment, les manchots de Namibie ou les fous du Cap furent les victimes de la surexploitation de stocks d’anchois et de sardines.

« Il est temps de taper du poing sur la table »

« On sait depuis longtemps qu’il y a des interactions proies-prédateurs mais cela restait flou. On a été épaté de voir que partout où on descend au-dessous d’un tiers de l’abondance moyenne de poissons, les populations d’oiseaux périclitent. Ce résultat est d’une robustesse incroyable », souligne Philippe Cury. « Le monde de la pêche ne veut jamais entendre parler des oiseaux marins. Il est temps de taper du poing sur la table », ajoute-t-il. Près d’un quart des « stocks » de poissons sont actuellement au-dessous du tiers optimum. Sans compter les menaces liées à la destruction des habitats côtiers et au changement climatique.

« Il est très difficile de découvrir des règles générales en écologie. Je crois que cette étude en a découvert une », juge Daniel Pauly, de l’université de Colombie-Britannique (Canada). « Elle montre qu’il faut une gestion écosystémique de la pêche et ça n’a pas de sens de raisonner par rapport à une seule espèce », souligne Yvon Le Maho, de l’Institut Hubert Curien (CNRS, université de Strasbourg).

« La conclusion pratique est simple : si on veut protéger les oiseaux de mer, il faudra leur laisser plus de poissons », résume Daniel Pauly.



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