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Les plages bretonnes entre algues vertes et vagues promesses

Dernière mise à jour le mardi 9 août 2011

Article paru sur le site "Libération" - Samedi 6 Août 2011
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Les plages bretonnes entre algues vertes et vagues promesses

Enquête - Les associations environnementales s’inquiètent de la portée limitée des mesures prévues par l’Etat pour lutter contre le phénomène

Par PIERRE-HENRI ALLAIN Rennes, de notre correspondant

Si l’on ne déplore plus aucune victime sur la plage de Morieux (Côtes-d’Armor), la guerre des mots autour des marées vertes et de la mort des sangliers bat son plein en Bretagne. Une forte suspicion pèse sur les algues vertes, celles qui se nourrissent de l’azote agricole, dans ces décès - 36 sangliers et un ragondin. Lassées d’être prises pour cible, la chambre d’agriculture et la fédération départementale des syndicats agricoles (FDSEA) des Côtes-d’Armor sont montées au créneau, jeudi, pour allumer des contre-feux. Evoquant une « manipulation » de la part de certains écologistes, elles s’étonnent de la « surmédiatisation » de l’hypothèse hydrogène sulfuré, le gaz toxique dégagé par la putréfaction des algues. Selon elles, la thèse de l’empoisonnement des sangliers est « beaucoup plus plausible ».

Autopsie. Le même jour, la préfecture des Côtes-d’Armor s’emmêlait les pinceaux en annonçant, d’abord, que les recherches d’hydrogène sulfuré dans les cadavres de sangliers étaient terminées puis, après un rétropédalage tardif, que finalement, pas du tout, toutes les analyses jugées nécessaires sur les sangliers, de même que sur le ragondin, seraient effectuées. Vendredi, six scientifiques demandaient la publication complète des rapports d’autopsie « pour pouvoir statuer de façon catégorique sur la cause de cette hécatombe d’animaux ».

Ces prises de position masquent peut-être l’essentiel : quelle que soit la cause de la mort des sangliers, le problème des marées vertes reste entier. Et, aux yeux des scientifiques comme des défenseurs de l’environnement, il risque de le rester encore longtemps. Le volet préventif du plan de lutte contre les algues vertes initié par le gouvernement en février 2010, laisserait en effet fortement à désirer. A ce jour, seule la baie de Lannion, sur les huit retenues, fait l’objet d’une charte dûment ratifiée par tous les acteurs concernés pour promouvoir de meilleures pratiques agricoles. Une charte unanimement saluée pour les « réels efforts » auxquels elle astreint les agriculteurs afin de diminuer les fuites d’engrais azotés dans les sols et les rivières (lire ci-contre).

Ce qui n’est pas tout à fait le cas pour le prochain contrat de baie, qui concerne Saint-Brieuc et devrait être signé en septembre. Il est vrai que ce dernier concerne environ dix fois plus d’exploitants (1 500) et un territoire beaucoup plus vaste. Reste qu’au début de l’année, le comité scientifique de suivi émettait un avis très critique sur les dispositions élaborées. « D’une part, le diagnostic sur ce territoire nous est apparu très incomplet et, d’autre part, les mesures prévues étaient beaucoup trop vagues, se limitant à du conseil et à l’accompagnement des agriculteurs dans leurs pratiques, sans objectif quantitatif de réduction des excédents azotés », souligne Pierre Aurousseau, membre du comité et président du Conseil scientifique de l’environnement de Bretagne. Selon cet hydrologue, point de salut, en effet, sans une diminution drastique de ces excédents, qui sont estimés pour la baie de Saint-Brieuc à 3 000 tonnes par an.

Après l’avis négatif du comité, les agriculteurs ont dénoncé en avril « une provocation » et claqué la porte de la réunion au cours de laquelle le préfet de région leur a demandé de revoir leur copie. Finalement, après quelques corrections, le projet de charte a été validé. Sans toutefois l’aval de l’association Eau et Rivières de Bretagne, qui s’est abstenue.

« Seulement 20% de la surface agricole utile est concernée pour des actions de restauration de zones humides et, alors que ce territoire ne compte déjà que trente exploitations en agriculture biologique, on n’en prévoit que trente autres d’ici à 2015 », indique Jean-Paul Guyomarc’h, un porte-parole de l’association. Laquelle estime également exagérés les financements prévus pour la méthanisation - la transformation du lisier en biogaz susceptible de produire de la chaleur ou de l’électricité. Une technique chère à Nicolas Sarkozy qui, le 7 juillet à Crozon, dans le Finistère, a déclaré « y croire beaucoup ». Cela ne résoudra rien, estiment les écologistes, qui relèvent que les quantités d’azote restent identiques dans les « digestats » après traitement des lisiers. Mais tout le monde reconnaît au moins le bien-fondé des mesures de reliquats d’azote dans les sols après les cultures, même si Pierre Aurousseau s’étonne que tous les résultats de ces analyses (4500) n’aient pas été rendus publics.

Lisier. Pour l’heure, un autre sujet préoccupe la Bretagne, presque autant que la mort des sangliers : le projet de décret gouvernemental qui, pour contourner les exigences de l’Europe en matière de qualité de l’eau, changerait le mode de calcul des quantités autorisées d’épandage de déjections animales. Le calcul se ferait désormais sur toute la superficie d’une exploitation agricole et non plus seulement sur la surface épandable comme c’est le cas aujourd’hui. Ce qui aboutirait à augmenter d’environ 25% la quantité de lisier et donc d’azote épandue, selon les associations. Autant dire que cette mesure annihilerait d’un coup, ou presque, les laborieux efforts qui peuvent être faits, par ailleurs, sous l’égide du même gouvernement pour lutter contre les algues vertes.



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