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Olivier Laban : « Il ne faut pas brader l’huître »

Dernière mise à jour le lundi 24 janvier 2011

Article paru sur le site "Sud-Ouest" - Mercredi 19 Janvier 2011
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Olivier Laban : « Il ne faut pas brader l’huître »

En 2010, les ostréiculteurs ont navigué entre espoirs (disparition du test de la souris) et désillusions (mortalité des naissains). Quels sont leurs attentes et leurs projets pour 2011 ? Le point avec Olivier Laban, le président de la section régionale conchylicole (SRC).

« Sud Ouest ». La disparition du test de la souris reste-t-il l’événement marquant de 2010 ?

Olivier Laban. Oui. Nous en avions eu connaissance en fin d’année par le ministre puis l’Europe a acté notre demande et la dérogation est tombée le 1er juin. Aujourd’hui, c’est un gros soulagement, mais il n’en demeure pas moins que si l’on fait une rétro des six dernières années, on constate que les entreprises ont été conditionnées par ce test. On vivait à l’heure de la souris. On a démonté une profession financièrement et mentalement. Et à présent, au moment où l’on pourrait souffler, on est rattrapés par le problème de mortalité.

Comment expliquer cette mortalité des naissains ?

Depuis trois ans, les mêmes causes produisent les mêmes effets : dès que la température dépasse les 16 °C, les huîtres qui poussaient normalement meurent. Nous avons la preuve que le virus affecte les huîtres de plus d’un an, surtout les huîtres mères, et qu’il touche les larves au moment où elles se fixent. Depuis deux ans, les collecteurs sont très faibles. Et depuis trois ans les stocks d’huîtres sont à plat. C’est une crise majeure. On estime d’habitude la production à 120 000 tonnes par an. Là, nous en sommes à 80 000. Pour Noël 2010, nous avons raclé les fonds de tiroirs. Si la réintroduction d’huîtres mères nous a permis en 2010 d’avoir un meilleur captage qu’en 2009, elle ne nous a pas permis d’endiguer le problème (1).

Quel a été l’impact financier auprès des acheteurs ?

Les expéditeurs ont augmenté entre 20 et 30 % leurs prix. Les enseignes ont joué le jeu et les huîtres ont disparu des têtes de gondoles ce qui à mon sens est une bonne chose car j’estime qu’elles valent plus qu’un produit d’appel. Chaque huître a été touchée par la main de l’homme et a un vrai prix de revient. On peut difficilement la brader.

Comment pallier le problème de mortalité ?

L’avantage du bassin d’Arcachon est qu’il est une écloserie disposant d’un énorme potentiel d’huîtres sauvages venant des crassats (gisements naturels) ou des concessions. Elles représentent une grosse réserve pour les entreprises de taille moyenne. Leur inconvénient est qu’elles sont « déclassées », elles n’ont pas la même forme que les autres, et qu’elles nécessitent beaucoup de nettoyage. Pour autant, le parc marin a réservé un budget pour les quantifier. Il y a par ailleurs un programme de sélection génétique en cours visant à trouver des huîtres résistantes au virus. Il est mené à Bouin, en Vendée, en partenariat entre l’Ifremer (l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) et les groupements d’écloseurs. Et puis, il y a la piste des huîtres du Japon.

Pourquoi de nouveau le Japon (2) ?

Il existe un suivi des huîtres à travers le monde et la piste japonaise est la plus sérieuse. Actuellement des huîtres sont en quarantaine dans les laboratoires de l’Ifremer à la Tremblade. Elles y subissent des tests destinés à vérifier leurs caractéristiques pathogènes et tester leur résistance au virus. Nous connaîtrons les résultats en mars. Et l’on peut déjà imaginer un partenariat avec la production japonaise dès l’été 2011.

Vous cherchez par ailleurs à diversifier l’activité. Quelles pistes s’offrent à vous ?

Il y a d’une part le nettoyage du domaine public maritime au profit des collectivités. Il faut voir si c’est rentable et nous travaillons sur une cartographie avec le SIBA (Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon). Cela prendra effet au cours de l’année. Il y a d’autre part le pescatourisme (3) qui nous permet de promouvoir nos produits en sensibilisant les gens à notre cause. Il a existé de tout temps, les ostréiculteurs ont toujours embarqué des gens à la marée. Les contrôles font qu’aujourd’hui, on a besoin des autorisations idoines. Il y a également le volet dégustation (d’autres produits que les huîtres, NDLR). La semaine dernière (4), nous avons eu une réunion en sous-préfecture autour du projet d’arrêté lequel reprend la charte déjà signée. La dégustation n’est pas un accessoire mais une réelle partie de notre chiffre d’affaires.

Enfin, nous nous inscrivons dans un plan « ports propres » qui va d’abord porter sur La Teste-de-Buch et Gujan-Mestras et qui vise à relooker nos ports, à offrir un nouveau visage. Et l’on sait qu’à terme, cela paye.

(1) La profession a réintroduit sur ses fonds propres 150 tonnes d’huîtres. (2) Suite à la mortalité des huîtres plates, puis des huîtres creuses, il y a 40 ans, c’est l’huître du Japon, la Gigas, qui a été implantée dans le Bassin. (3) Activité visant à embarquer les touristes sur les bateaux de pêche pour leur faire découvrir le métier et soutenue par l’Union européenne. (4) La réunion a eu lieu le 13 janvier.



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