Cookie Consent by PrivacyPolicies.com

Manger la mer, Invitez la mer à votre table !

Accueil > Actualités de la mer > Quand l’homme donne la gastro à l’huître

Quand l’homme donne la gastro à l’huître

Dernière mise à jour le dimanche 13 février 2011

Article paru sur le site "Le Figaro" - Vendredi 11 Février 2011
Visualiser l’article original



Quand l’homme donne la gastro à l’huître

Dans l’étang de Thau, la contamination est provoquée après de fortes pluies coïncidant avec un pic de gastro-entérites.

Les ostréiculteurs de l’étang de Thau n’avaient pas besoin de ça. Alors que, depuis deux ans, près de 80 % de leurs élevages sont décimés durant la belle saison par un virus (l’herpès virus OsHV-1), voilà qu’ils n’ont plus le droit de vendre leurs huîtres depuis le 6 janvier. Leurs mollusques sont contaminés par un autre type de virus : les norivirus d’origine humaine qui provoquer chez les sujets infectés des gastro-entérites aiguës, caractérisées par l’apparition brutale de diarrhées et de vomissements. En période normale, 12 000 tonnes d’huîtres et 3 600 tonnes de moules sont produites dans l’étang qui borde la ville de Sète.

Ce n’est pas la première fois que les norivirus contaminent le bassin de Thau. En 2003, 2006 et en 2009, des épisodes identiques avaient déjà eu lieu. Il s’en est déjà aussi produit en baie de Morlaix et dans le Morbihan où les palourdes de la Petite mer de Graves ont été plusieurs fois touchées. Les huîtres de Thau sont néanmoins particulièrement vulnérables et exposées aux pollutions humaines car l’étang a peu d’échanges avec la mer. Le temps moyen avant que l’eau se renouvelle est estimé à 64 jours, ce qui en fait un milieu particulièrement confiné par rapport à Arcachon (19 jours). Dix cours d’eau s’y déversent et la densité de population du bassin versant est élevée (240 habitants/km²) à laquelle s’ajoutent 1,3 million de touristes chaque année.

Virus pathogènes

L’élevage des huîtres dans ces conditions relève du défi. Dans un avis rendu public jeudi, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) le souligne et fait toute une série de recommandations. En effet, le scénario de contamination des coquillages par les norivirus est connu et il se répète à chaque fois. Il intervient quelques jours après de très fortes précipitations coïncidant avec un pic épidémique de gastro-entérites. Résultat, les stations d’épuration, les bassins, les flaques d’eau sale débordent et se déversent dans l’étang, charriant des milliards de virus pathogènes d’origine fécale excrétés par des malades. Les norivirus étant particulièrement résistants, ils peuvent rester actifs à l’intérieur des huîtres pendant deux mois. Dans cette affaire, c’est donc l’homme qui contamine d’abord les huîtres et elles qui infectent ensuite ceux qui les consomment. La sensibilité aux norivirus varie d’un individu à l’autre.

« Les facteurs de risque de contamination étant bien repérés, il faut renforcer les systèmes d’évacuation des eaux dans les zones où ils sont défaillants », assure Valérie Baduel, directrice générale adjointe de l’Anses. L’ostréiculture est une activité sensible et les élus doivent intégrer dans leur schéma d’urbanisme. »

Les interdictions à répétition pour cause de norivirus sont évidemment pénalisantes pour la profession. Elles devraient aussi entraîner une modification prochaine de la réglementation. « Aujourd’hui, une analyse d’ADN viral par PCR ne coûte plus que 10 € », souligne en effet Fabrice Pernet, chercheur au centre Infremer de Sète. Cela change évidemment la donne. Les norivirus devraient donc bientôt être intégrés dans le cadre du système de surveillance de la qualité sanitaire des élevages de coquillages destinés à la consommation humaine. Ce n’est pas encore le cas. La surveillance en routine s’exerce seulement sur les bactéries fécales ( Escherichia coli ). Une réflexion est menée en ce sens au niveau européen et un groupe de travail planche sur une définition d’un seuil réglementaire de norivirus chez les coquillages.



Suivre la vie du site RSS 2.0 | Contacts | Qui suis-je ? | Remerciements | Plan du site | SPIP