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Quel avenir pour l’éolien marin français ?

Dernière mise à jour le jeudi 23 septembre 2010

Article paru sur le site "Le Figaro.fr" - Mardi 21 Septembre 2010
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Quel avenir pour l’éolien marin français ?

La seconde quinzaine du mois de septembre devrait être décisive pour l’éolien marin français. En effet, le 24 août dernier, la France apprenait à l’occasion d’un reportage diffusé par la chaîne de télévision TF1 qu’une série d’appels d’offres allait être lancée dans ce domaine. Et si la nouvelle a eu autant d’écho, c’est qu’il s’agit d’un projet d’ampleur : 600 éoliennes marines pour une puissance de 3GW, soit selon le quotidien économique Les Échos, l’équivalent de « la production de deux centrales nucléaires ou la consommation de Lyon et de Marseille réunies », pour un montant avoisinant les 15 à 20 milliards d’euros d’investissements. Les chiffres ont convaincu quelques réticents et parmi eux, quelques régions susceptibles d’être concernées.

En effet, pour l’implantation de ces 600 mâts, le gouvernement aurait identifié plusieurs régions prioritaires : les Pays de la Loire, le nord de la Bretagne, le Languedoc-Roussillon et la Normandie.

Il est temps d’agir ! À ce jour, la France malgré sa politique proactive en matière d’énergies renouvelables et son vaste littoral de près de 5800 km de côtes, ne dispose d’aucune capacité éolienne installée en mer contrairement à d’autres pays de l’Union Européenne où la présence de 950 mâts a pu être comptabilisée fin juin. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Un premier appel d’offres avait, en effet, été lancé par le gouvernement en 2004 pour la construction d’un parc éolien offshore sur la Côte d’Albâtre pour une puissance de 105 MW, mais ce projet n’a jamais vu le jour. Car les français n’aiment les éoliennes que sur papier ! La pratique est toute autre : une éolienne fait du bruit, clignote de lumières rouges, jaunes et blanches, et ce même en pleine nuit, vibre en permanence… Au point que l’on commençait à se demander comment la France compte honorer ses engagements, maintes fois clamés, d’atteindre les 6GW d’éoliens offshores construits d’ici à 2020…

Les expériences passées et le haut risque d’échec des projets marins poussent donc le gouvernement à la prudence. La nécessité d’études poussées des fonds marins où les projets seront développés a été avérée, car ce sont précisément ces données qui font sensiblement varier les prix proposés. Pour simplifier : plus le fond est profond, plus l’installation et l’exploitation des mâts est coûteuse, plus le prix de revente de l’électricité produite sera élevé.

Ainsi, pour les appels d’offres lancés en septembre 2010, l’installation des éoliennes n’aura pas lieu avant début 2015. La première raison est la durée très longue de l’appel d’offres, qui comprendra, selon le quotidien économique Les Échos, une période de « levée de risques ».

Les entreprises seront invitées à soumissionner pour les régions en ne manquant pas de préciser le prix auquel elles seront en mesure de vendre l’électricité à l’opérateur EDF. Et c’est précisément ce sujet épineux du dossier qui fera certainement couler beaucoup d’encre, dans la mesure où le gouvernement souhaite avant tout éviter les dérives que l’on a pu constater en matière de prix de rachat de l’électricité de source photovoltaïque. Car en matière d’éolien offshore, on prévoit un prix de revente au kilowattheure deux fois plus cher que pour l’éolien terrestre, qui est lui-même plus cher que le nucléaire ! Par conséquent, les candidats présélectionnés ne seront retenus définitivement qu’après une période d’environ un an et demi, au terme de laquelle ils auront confirmé la faisabilité du prix proposé. S’ils n’y parviennent pas, la procédure sera rouverte.

Dans les régions, où la phase finale de la concertation animée par les préfets de région pour définir les contours des « zones propices » à l’éolien offshore bat son plein, la fronde s’organise et les réunions se multiplient.

C’est notamment le cas en Bretagne, où le lundi 13 septembre, le préfet a tranché sur le sort de l’éolien offshore dans sa région. Alors que la Bretagne ne produit que 8% de sa consommation d’électricité, la construction d’un parc éolien offshore breton apparaît comme une nécessité. Le préfet proposera donc au gouvernement de retenir une vaste « zone propice » de 190 km2 au large de Saint Brieuc, en épargnant la zone Saint-Malo, très fréquentée par les chaloupiers, sur demande expresse des pêcheurs de la région.

Un choix qui se veut conciliant mais qui n’emporte pas l’adhésion des pêcheurs, des professionnels du tourisme et des riverains qui rejettent le voisinage de ces moulins à vent.

Un conseiller auprès de Jean-Louis Borloo expliquait récemment que « la prolifération des projets et le manque de visibilité ont freiné le développement de l’éolien marin. » Selon lui, les craintes ne pourront être dissipées que par « la planification, la concertation et le regroupement des parcs en grands ensembles. »

Ces recommandations ont été suivies à la lettre par la Compagnie du Vent, filiale du groupe GDF Suez, dans le cadre de son projet de parc éolien offshore en Normandie au large du Tréport, qui a pour objet l’installation de 140 éoliennes sur 75km2 pour une puissance de 700 mégawatts et un investissement de 1,8 milliard d’euros.

Au terme de six mois de discussions animées au cours d’un débat public, la Compagnie du Vent a présenté une version amendée de son projet initial en vue de désamorcer la fronde locale. Pour répondre aux demandes des pêcheurs et rendre son projet compatible avec toutes les activités de pêche, y compris la pêche de chalut la Compagnie du Vent propose : d’éloigner les installations à 18 kilomètres des côtes au lieu de 14, de les décaler vers le sud-ouest pour les rendre plus discrètes, d’aligner les éoliennes dans le sens des courants marins, d’enterrer les câbles reliant les éoliennes à 1m50 de profondeur, et de mettre au point des modalités de pêche et de navigation adaptées à l’espacement des éoliennes. Cependant, un périmètre de sécurité restera interdit à la navigation et à la pêche à proximité immédiate de chaque éolienne. Ce périmètre sera mis à profit par la création d’une réserve à poissons favorisée par la mise en place de récifs artificiels, mais la perte de surface de pêche restera malgré tout de 1/1000ème du territoire de pêche des chalutiers du Tréport (au lieu de 5% dans le projet initial).

Bien que ces aménagements représentent des millions d’efforts sur 30 ans, selon M. Kolb, directeur des affaires offshore à la Compagnie du Vent, la bataille ne semble pas gagnée d’avance. D’après Le Monde, le maire de Tréport s’est dit incrédule devant « quelques promesses, mais aucune assurance » pour les 240 marins et le millier d’emplois indirects liés au secteur et le comité régional de pêche assure que le parc, même dans cette dernière version, détruirait une « zone très poissonneuse où travaillent de nombreux navires, avec des conséquences pour les habitats marins et des conflits d’usages pour les professionnels. » C’est sans compter les vives réactions des chasseurs, inquiets pour les oiseaux migrateurs que les pales pourraient prendre au piège ou des paysagistes pour lesquels ce sont désormais l’économie, la politique et les décisions administratives qui font le paysage français !

Alors la question que tout le monde se pose aujourd’hui, c’est de savoir si la Compagnie du Vent va poursuivre le projet et résister à l’opposition… ?

À ce titre, Monsieur Kolb avoue avec précaution qu’il reste dans l’attente du rapport de la CNDP pour prendre sa décision. Mais surtout, il n’y a aucun doute sur le fait que la Compagnie « attend de connaître les conditions de l’appel d’offres national annoncé par le gouvernement pour savoir si nous [la Compagnie du Vent] sommes candidats. »

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’éolien offshore sème la discorde en France et même si les pouvoirs publics ainsi que les constructeurs, dans un souci d’économie qui est propre à chacun, « pistonnent » l’éolien marin en cette rentrée des classes, l’avenir de ce secteur n’est cependant pas promis, dans l’immédiat, à de longs jours tranquilles…



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